Le monde arabe en mutation

L'armée égyptienne revient sur la scène politique

Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Le reportage de Raymond St-Pierre

Écartée du champ politique après l'élection de Mohamed Morsi à la présidence, l'armée égyptienne a fait son retour mardi en appelant la classe politique à une rencontre de dialogue sur « l'unité nationale » fixée mercredi après-midi.

Le ministre de la Défense et chef d'état-major, le général Abdel Fattah Al-Sissi, a adressé l'invitation aussi bien aux partis politiques de l'opposition qu'à ceux qui soutiennent le président Morsi. Mais aussi aux juges, aux médias, à Al-Azhar, la plus haute institution sunnite, ainsi qu'à l'Église copte.

Il a expliqué dans son invitation que le dialogue proposé par l'armée ne porterait pas sur des questions politiques ni sur le référendum prévu sur le projet de constitution, que l'opposition rejette, et dont la première phase est prévue samedi.

« Nous ne parlerons ni de politique ni du référendum. Demain [mercredi], nous prendrons place ensemble à la même table en tant qu'Égyptiens », a-t-il dit, cité par la télévision d'État.

Un proche du président Morsi a expliqué que l'appel du ministre de la Défense avait été lancé après consultation et approbation du président.

L'armée égyptienne a expliqué dans un communiqué qu'elle n'accepterait « aucun autre moyen que le dialogue » pour mettre un terme à la crise politique qui secoue le pays depuis plus de trois semaines.

La confrérie des Frères musulmans, dont est issu M. Morsi, a d'ores et déjà déclaré qu'elle participera à la rencontre.

Par contre, le Front du salut national, une coalition qui regroupe les partis de gauche et les libéraux, a indiqué qu'il se réunirait mercredi matin pour décider de sa participation ou pas.

Hamdeen Sabahi, une des figures de l'opposition, a déploré que l'armée n'ait fixé aucun ordre du jour à cette rencontre et craint qu'il ne s'agisse que d'une « opération de relations publiques ».

Des pouvoirs conférés à l'armée sont dénoncés

Avant cet appel, le président avait ordonné à l'armée de maintenir la sécurité jusqu'aux résultats du référendum constitutionnel et de protéger les institutions étatiques. Il a par ailleurs donné le droit à l'armée de faire des arrestations de civils, un droit décrié pendant la période où les militaires ont dirigé le pays.

« Les officiers et sous-officiers des forces armées participant aux missions de préservation de la sécurité et de protection des installations vitales de l'État [...] ont tous les pouvoirs d'arrestation judiciaire », est-il écrit dans le décret.

Amnistie internationale a dénoncé le texte, disant y voir une « faille dangereuse qui pourrait bien se traduire par des procès de civils devant des tribunaux militaires ».

Le général Al-Sissi a été nommé par le président Morsi, après le limogeage surprise en août dernier de Hussein Tantaoui, qui été le ministre de la Défense de l'ex-président pendant dix ans.

Un référendum en deux phases

Par ailleurs, la commission judiciaire chargée de surveiller le bon déroulement du scrutin a annoncé que le référendum sur le projet de constitution se déroulera en deux phases, soit le 15 et le 22 décembre.

Cette instance explique que sa décision est liée au manque de magistrats, car de nombreux juges ont décidé mardi de ne pas participer au contrôle du scrutin.

Le président Morsi a été sollicité pour promulguer une loi permettant le déroulement du référendum en deux temps.

Les manifestations se poursuivent

Des milliers de partisans et d'adversaires du président égyptien, Mohamed Morsi, sont descendus dans les rues du Caire et d'Alexandrie pour manifester leur soutien ou leur rejet au projet de constitution.

Lors de précédentes manifestations dans la nuit du 5 au 6 décembre, des violences avaient éclaté, faisant sept morts et des centaines de blessées.

Dans la nuit de lundi à mardi, neuf personnes ont été blessées par des assaillants qui ont lancé des cocktails Molotov sur des manifestants qui campaient place Tahrir. Les manifestants ont alors répliqué en scandant des slogans hostiles à Mohamed Morsi, tout en chantant : « Le peuple veut la chute du régime ».

Des véhicules de police encerclent la place depuis le début de la protestation lancée le 23 novembre contre un décret du président qui place ses pouvoirs au-dessus de tout recours en justice. Depuis, le pays est plongé dans une importante crise.

À la suite des violences meurtrières, le président Morsi a décidé d'abroger son décret controversé, mais il a refusé l'annulation du référendum du projet de constitution, confirmant que les Égyptiens iront bel et bien aux urnes à compter de samedi.

L'opposition laïque et libérale, qui estime que le projet de constitution ouvre la voie à l'islamisation du pays, juge les concessions du président Morsi insuffisantes et demande le report de la consultation.

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