Le monde arabe en mutation

L'opposition syrienne jouera sa légitimité au Maroc

Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Le chef de la nouvelle coalition syrienne, Ahmed Moaz Al-Khatib Le chef de la nouvelle coalition syrienne, Ahmed Moaz Al-Khatib  Photo :  PC/Thibault Camus

Le groupe des Amis du peuple syrien se rassemble mercredi à Marrakech, au Maroc, offrant une occasion à la coalition nationale syrienne de consacrer sa légitimité en allant chercher une pleine reconnaissance des États-Unis.

Les pays arabes et occidentaux tâcheront aussi de bonifier l'aide à la population syrienne alors que l'hiver approche et que la situation sur le terrain est loin de s'améliorer.

Sur le plan politique, il s'agira pour ces États de « soutenir la coalition nationale », « un interlocuteur très crédible » rassemblant « des personnalités, des fractions de l'opposition très élargie », a déclaré le ministre marocain des Affaires étrangères, Saad Eddine El-Othmani.

Le groupe des Amis du peuple syrien est composé de plus d'une centaine de pays arabes et occidentaux, dont le Canada, d'organisations internationales, ainsi que de représentants de l'opposition syrienne.

Le chef de la diplomatie canadienne John Baird sera de la rencontre de mercredi. Il « fera connaître les nouvelles mesures de soutien du Canada au peuple syrien », a indiqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. « Le peuple syrien attend de l'opposition qu'elle propose une idée claire de l'allure que prendra la transition politique dans l'ère post-Assad », a fait valoir le ministère.

La communauté internationale avait fait pression sur les opposants syriens au régime de Bachar Al-Assad pour qu'ils forment une coalition qui a vu le jour le 11 novembre. Des pays comme la France et le Royaume-Uni l'ont déjà reconnue comme la seule représentante du peuple syrien.

Les États-Unis pourraient faire de même. « Maintenant qu'une nouvelle opposition s'est formée, nous allons faire ce que nous pouvons pour la soutenir », a affirmé la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, qui devait participer à la réunion.

La chef de la diplomatie a dû annuler son voyage prévu cette semaine au Maroc, en Tunisie et aux Émirats arabes unis en raison d'un « virus gastrique », a annoncé lundi soir son principal conseiller au département d'État, Philippe Reines.

La nouvelle coalition d'opposants devrait officialiser mercredi la formation d'un commandement militaire commun. Ce bras armé chapeautera la plupart des groupes rebelles, hormis le Front Al-Nosra. Ce mouvement djihadiste qui a pris lundi la dernière base de l'armée à l'ouest d'Alep préoccupe Washington qui pourrait l'inscrire sur la liste des « organisations terroristes ».

Vers une reconnaissance commune?

D'autres pays poussent pour que les pays présents à Marrakech signent une reconnaissance commune de la Coalition.

« Nous espérons qu'un maximum de pays rejoigne nos lignes, mais je ne sais pas si cette reconnaissance se fera de manière groupée ou individuelle », a dit un porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

Interrogé sur une possible reconnaissance commune, le chef de la nouvelle coalition, Ahmed Moaz Al-Khatib, s'est dit optimiste.

Il a exhorté « la conférence à être fidèle à son nom » et ses participants à montrer qu'ils sont « de vrais amis de la Syrie en apportant leur soutien avec toutes les ressources possibles », mentionnant comme « priorité » l'aide humanitaire.

Pour l'heure, les États-Unis se limitent à offrir une assistance humanitaire de 200 millions de dollars et à envoyer du matériel « non létal » à la rébellion.

Toutefois, le président français avait estimé à la mi-novembre qu'il fallait aborder la question de la livraison d'armes à l'opposition syrienne, à laquelle Paris s'était auparavant opposé.

Si l'administration Obama refuse officiellement tout approvisionnement en armes, elle a récemment indiqué qu'il y avait une « ligne rouge » à ne pas franchir. Elle s'inquiétait alors de la possibilité que l'armée syrienne utilise des armes chimiques.

Le régime de Damas a soutenu qu'il n'emploierait jamais de telles armes contre sa population et a retourné ces accusations contre les insurgés.

Sur le terrain

Des djihadistes se sont emparés lundi de la base Cheikh Souleimane, dernière place forte de l'armée à l'ouest d'Alep, renforçant leur emprise sur le Nord syrien.

En prenant le contrôle de cette base, « l'opposition armée a enregistré un gain significatif », a estimé le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), une ONG basée à Londres, Rami Abdel Rahmane.

Toutefois, même si l'Armée syrienne libre (ASL) « tente de revendiquer la victoire, ce n'est pas la sienne. C'est celle du Front [islamiste radical] Al-Nosra et des groupes qui lui sont liés », a-t-il expliqué.

Un chef local d'Al-Nosra a revendiqué l'attaque, et une source au sein de l'ASL a reconnu que son groupe s'était fait doubler.

Pendant ce temps, le nord de Damas a connu ses affrontements les plus violents en 21 mois de conflit, tandis que l'aviation et l'artillerie du régime pilonnaient la périphérie de la capitale pour en chasser la base arrière de la rébellion.

Au total, 64 personnes, dont 26 soldats, 19 civils et 19 rebelles, ont été tués lundi à travers le pays, d'après un bilan provisoire de l'OSDH.