La quête d'indépendance des Catalans

Ximena Sampson
Radio-Canada
Manifestation en faveur de l'indépendance de la Catalogne, le 11 septembre 2012, à Barcelone. Manifestation en faveur de l'indépendance de la Catalogne, le 11 septembre 2012, à Barcelone.  Photo :  AFP/Lluis Gene

Les Catalans vont aux urnes le 25 novembre pour choisir un nouveau Parlement, un vote qui est vu comme une première étape vers un possible référendum sur l'indépendance d'une des régions les plus riches d'Espagne, mais aussi l'une des plus endettées. D'après les derniers sondages, les partisans de l'indépendance devraient obtenir la majorité absolue.

D'où vient l'élan indépendantiste catalan?

La Catalogne a été conquise par l'Espagne en 1714. Depuis, le sentiment nationaliste est resté très puissant. Pendant les années de la dictature franquiste, puis pendant la transition, d'autres priorités ont pris le dessus. Au retour de la démocratie, la Constitution adoptée en 1978 a accordé à la Catalogne (ainsi qu'au Pays basque) un statut de communauté autonome. Mais les Catalans continuent de sentir que leur caractère distinct n'est pas reconnu par Madrid, dont les tendances centralisatrices vont à l'encontre de leur volonté d'affirmation. Les relations entre Barcelone et la capitale se sont détériorées depuis l'élection, en novembre 2011, du Parti populaire (PP), fermement opposé à toute décentralisation.

En 2006, les Catalans ont approuvé par référendum un nouveau statut d'autonomie qui reconnaît la Catalogne en tant que nation et qui augmente l'autonomie de leurs institutions. Appelé par le Parti populaire à se prononcer sur la question, le Tribunal constitutionnel espagnol a déclaré inconstitutionnels plusieurs pans du nouveau statut.

Cette décision a été perçue comme un camouflet par les Catalans, explique Ferran Requejo, professeur de sciences politiques à l'Université Pompeu Fabra de Barcelone. « Le Tribunal constitutionnel espagnol a créé beaucoup d'indépendantistes en Catalogne. Ceux qui n'étaient pas pour l'indépendance, qui appuyaient plutôt une solution négociée, un développement des communautés autonomes et une transformation vers une fédération, se sont rendu compte que ce n'était pas la bonne voie », souligne-t-il, en entrevue à Radio-Canada.ca.

L'autre point de discorde est le partage des richesses. Les Catalans soutiennent envoyer beaucoup plus d'argent à Madrid qu'ils n'en reçoivent en retour, soit 16 milliards d'euros par année (plus de 20 milliards de dollars), ce qui équivaut à environ 8 % du PIB de la région. Jusqu'à maintenant, les demandes de la Catalogne pour obtenir l'autonomie fiscale, comme le Pays basque, ont été rejetées par Madrid.

S'ajoutent à cela les questions linguistique et culturelle, ainsi que l'autonomie politique. « Dans tous les secteurs, c'est le pouvoir central qui décide. Les communautés autonomes ne peuvent que compléter, mais le pouvoir central ne leur laisse pas beaucoup de place. [...] Les gens ont dit : on en a assez de tout ça », soutient Ferran Requejo.

La Catalogne en chiffres

Quelle est l'importance des élections de dimanche?

Le 11 septembre 2012, entre 600 000 et 1,5 million de personnes sont sorties dans les rues de Barcelone pour réclamer l'indépendance de la Catalogne, à l'appel de mouvements de la société civile.

Le 25 septembre, le président de la Generalitat (le gouvernement autonome de Catalogne), Artur Mas, au pouvoir depuis novembre 2010, a appelé à des élections législatives anticipées, après le rejet par le gouvernement central de sa demande d'une plus grande autonomie budgétaire. Il cherche également à renforcer sa majorité, afin de se donner une marge de manoeuvre pour enclencher le processus d'autodétermination.

Ferran Requejo soutient que Convergencia i Union (CiU), le parti d'Artur Mas, attendait de jauger l'appui populaire au projet d'indépendance. « Ils sont montés dans le tsunami qui s'est créé pendant des années et qui s'est exprimé le 11 septembre. Sans l'appui populaire, c'est difficile de mener une telle rupture. Ils ont attendu le moment où les Catalans ont exprimé leur ras-le-bol en disant : "Nous faisons face à un mur du côté du pouvoir central, nous allons tenter de faire notre propre chemin" », dit le professeur Requejo.

Au Parlement catalan, Artur Mas a annoncé que le temps était venu « d'exercer le droit à l'autodétermination » et que le Parlement qui serait élu aurait « une responsabilité historique ».

« Pour la première fois, le principal enjeu est l'élection d'une majorité favorable à la tenue d'un référendum sur la construction d'un nouvel État. » — Ferran Requejo

L'appui à l'indépendance oscille entre 44 % et 57 %.

À quoi peut-on s'attendre dimanche?

Le président catalan Artur Mas Le président catalan Artur Mas  Photo :  AFP/Lluis Gene

Le Parlement catalan compte 135 sièges. Il en faut donc 68 pour avoir la majorité absolue.

Selon les sondages, les partis en faveur de l'indépendance devraient obtenir la majorité, avec une soixantaine de sièges pour CiU, entre 15 et 18 pour Esquerra Republicana ERC (Gauche républicaine) et une dizaine pour Iniciativa per Catalunya - Esquerra Unida ICV-EUiA (Initiative pour la Catalogne - Gauche unie).

Du côté des partis opposés à l'indépendance, le grand perdant serait le Partit dels Socialistes de Catalunya (PSC), qui perdrait une dizaine de sièges. Le Parti populaire (PP) devrait quant à lui pouvoir conserver les 18 sièges qu'il détient.

Quelle sera la prochaine étape?

Donné gagnant des élections, Artur Mas soutient qu'au lendemain du vote, il a l'intention de convoquer un sommet avec tous les partis catalans pour discuter de la tenue d'un référendum sur l'autodétermination de la Catalogne.

La Constitution espagnole proclame « l'indissoluble unité de la nation espagnole, patrie commune et indivisible de tous les Espagnols ». De plus, elle ne permet pas un référendum sur l'autodétermination tenue par une des régions. Il faudrait demander au pouvoir central la tenue d'une telle consultation, ce qu'il n'acceptera jamais, soutient Ferran Requejo.

Le gouvernement catalan, qui souhaite que la Catalogne demeure au sein de l'Union européenne, pourrait alors se tourner vers des instances internationales, explique Ferran Requejo. « Quand la voie espagnole sera épuisée, l'intention du gouvernement est de chercher une autre sorte de légalité, de se tourner vers des observateurs étrangers. Le chemin est compliqué, mais le CiU ne peut plus retourner en arrière. La demande citoyenne n'est plus d'avoir une plus grande partie de leurs impôts ou un peu plus d'autonomie, la demande est maintenant plus radicale », conclut-il.

Un texte de Ximena Sampson

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