Le monde arabe en mutation

Égypte : une décision du président Morsi fait ressortir les manifestants

Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Le récit de Frédéric Nicoloff

La place Tahrir, qui a servi de champ de bataille pour renverser l'ex-président Hosni Moubarak, est réinvestie par les manifestants qui réclament du président Mohamed Morsi de revenir sur sa décision de s'octroyer de nouveaux pouvoirs.

Des milliers de personnes sont rassemblées vendredi dans cette place emblématique au centre du Caire et entendent y rester.

« Toutes les forces politiques révolutionnaires se sont mises d'accord pour commencer un rassemblement vendredi », a déclaré dans un communiqué le Courant populaire dirigé par Hamdeen Sabbahi, candidat de gauche arrivé troisième à l'élection présidentielle de juin, appelant à une grande manifestation mardi.

Selon les organisateurs du rassemblement, 26 mouvements politiques et associatifs prendront part au rassemblement.

Plus tôt dans la journée, les opposants au président égyptien ont saccagé des bureaux du Parti de la liberté et de la Justice, l'appareil politique de la confrérie des Frères musulmans, dont le siège du parti à Alexandrie.

Les manifestants en colère se sont introduits dans l'immeuble d'Alexandrie avant de jeter le mobilier par les fenêtres sur le trottoir et d'y mettre le feu.

Des violences ont aussi éclaté entre partisans et opposants du président Morsi près de la principale mosquée d'Alexandrie, deuxième ville en importance en Égypte.

La police égyptienne a dispersé la foule en lançant des gaz lacrymogènes.

Charm el-Cheikh, Port-Saïd et Ismaïlia

Les bureaux du Parti de la liberté et de la Justice, issu des Frères musulmans, ont aussi été incendiés lors d'émeutes dans les villes de Port-Saïd et Ismaïlia.

Selon des témoins cités par l'AFP, des partisans des Frères musulmans ont tiré en l'air pour disperser les manifestants à Port-Saïd.

Des centaines de manifestants ont aussi envahi les rues dans la ville balnéaire de Charm el-Cheikh en scandant : « Non à l'autoritarisme ».

Cette flambée de colère dans les rangs de l'opposition égyptienne survient au lendemain de la publication d'un décret du président Morsi qui lui accorde des prérogatives élargies jusqu'à l'élection d'un nouveau Parlement.

Le décret place les décisions du chef de l'État à l'abri de toute contestation légale, tant qu'une nouvelle Assemblée n'est pas élue, ce qui prendra encore des mois.

Renforcé par son succès diplomatique dans l'imposition d'une trêve entre Israël et les Palestiniens de Gaza, Mohamed Morsi, issu du mouvement islamiste des Frères musulmans, a justifié sa décision par sa volonté de « plaire à Dieu et à la nation ».

Des pouvoirs étendus

Le décret présidentiel promulgué jeudi empêche également toute dissolution, par la justice, de l'Assemblée constituante et du Conseil de la Choura, la chambre haute du Parlement.

En vertu des nouveaux pouvoirs qu'il s'est attribués, le président Morsi a limogé le procureur général d'Égypte, Abdel Maguid Mahmoud, qu'il a présenté comme un vestige de l'époque de l'ancien président Hosni Moubarak. Mohamed Morsi s'est aussi arrogé le pouvoir de nommer son successeur.

Présenté par la présidence égyptienne comme un moyen de « protéger la révolution », le décret neutralise également une quarantaine de recours judiciaires contre la composition de l'Assemblée constituante, sur lesquels la Haute Cour constitutionnelle devait se prononcer.

Pour « protéger la révolution »

Vendredi, le président Morsi a défendu ce décret en expliquant à ses milliers de partisans réunis devant le palais présidentiel au Caire que l'Égypte demeurait sur la voie « de la liberté et de la démocratie ».

Le président égyptien Mohamed Morsi (archives) Le président égyptien Mohamed Morsi (archives)

« Je suis pour tous les Égyptiens. Je n'agirai jamais en défaveur d'un fils de l'Égypte », a-t-il affirmé devant la foule.

Les mouvements d'opposition égyptiens, qui ne voient pas la chose du même oeil, accusent le président de profiter de sa situation pour renforcer son pouvoir et installer les islamistes à la tête du pays. L'opposition l'a même accusé jeudi de s'élever au rang de « nouveau pharaon ».

Vendredi, Mohamed Morsi a déclaré ne pas craindre l'opposition, affirmant qu'elle doit être « réelle et forte » dans la nouvelle Égypte qu'il tente de construire avec ses concitoyens.

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