Face-à-face israélo-palestinien

La guerre à Gaza en 7 questions

Jean-François Lépine Jean-François Lépine  Photo :  Lisa Marie Noël

Qu'est-ce qui a mené au conflit actuel à Gaza? Quelles sont les forces en présence? Les enjeux régionaux? La genèse du conflit?

Pour décoder une situation complexe, qui s'inscrit dans plusieurs décennies de tensions, l'animateur d'Une heure sur Terre, Jean-François Lépine, a répondu à vos questions pendant une heure. Elles ont porté tant sur le côté historique que la situation actuelle et la couverture médiatique. Résumé de ses réponses en sept points.

  • 1. Le rôle de la communauté internationale

Max Henault se demande si une solution existe pour ramener la paix et prend à partie la communauté internationale. Mais « les solutions doivent d'abord venir des parties impliquées dans le conflit, malheureusement. L'ONU et les puissances traditionnelles n'ont pas vraiment d'influence. Si elles avaient de l'influence, après toutes les tentatives qui ont été faites depuis des décennies, le conflit aurait été réglé depuis longtemps », estime Jean-François Lépine. Et d'ajouter : « C'est malheureux pour les populations qui sont impliquées. »

  • 2. La position du Canada

Ce qui nous amène à la position du Canada, notamment à la suite de l'appui à Israël de John Baird mardi dernier. Cet appui soulève les interrogations de plusieurs internautes.

Réponse de Jean-François Lépine : « Le gouvernement Harper est très influencé par l'idéologie de la droite chrétienne conservatrice qui appuie depuis des années l'existence d'Israël et le droit des Israéliens de se défendre, peu importe les moyens qu'ils emploient. Traditionnellement, le Canada avait toujours respecté une certaine neutralité dans toute la question israélo-palestinienne. Mais pour la première fois depuis l'arrivée au pouvoir de Stephen Harper, nous avons pris carrément position en faveur d'Israël, ce qui a beaucoup nui à notre image dans le monde arabe. »

Notre expert en questions internationales ajoute plus tard, en réponse à Bernard Huot qui qualifie les propos canadiens d'« incendiaires », que « la dernière fois qu'un espoir de paix est vraiment apparu dans le conflit israélo-palestinien, c'était au moment des accords d'Oslo (au début des années 90) où les États-Unis sous Bill Clinton s'étaient posés en médiateur en tentant de rendre justice équitablement à chacune des parties. »

  • 3. Les forces en présence - Du côté palestinien

Justement, quelles sont ces parties?

Du côté palestinien, il y a le Fatah, le Hamas et d'autres factions comme le Jihad islamique, qui adoptent des positions différentes dans l'actuelle crise.

« S'il y a une chose que la crise récente révèle malheureusement, c'est le gouffre qui sépare de plus en plus deux parties importantes de la population palestinienne. Le Hamas et ses partisans et l'Autorité palestinienne appuyée par une population plus modérée. C'est ainsi que, alors qu'on lance des missiles en provenance du territoire de Gaza, le gouvernement de Cisjordanie s'apprête à retourner devant l'assemblée générale des Nations unies pour demander qu'on accorder à la Palestine un statut d'État non membre », analyse Jean-François Lépine.

« Deux démarches, deux visions des choses qui s'affrontent et qui créent au sein de la population palestinienne une division terrible qui n'a pour effet que de retarder toute forme de solution. » — Jean-François Lépine

Il évoque aussi le rôle du Jihad islamique, qui aurait tiré une roquette sur une voiture de l'armée israélienne et contribué à l'engrenage vers la crise actuelle. « Que ce soit le Jihad islamique ou la branche armée du Hamas, les roquettes ont été lancées par des factions extrémistes de la bande de Gaza. Je ne crois pas qu'Israël ait blâmé un mouvement en particulier avant de déclencher son offensive », écrit M. Lépine.

  • 4. Les forces en présence - Du côté israélien

Quant à Israël, Jean-François Lépine note que « le pays est en campagne préélectorale ». « Le premier ministre Nétanyahou devait répondre à la pression des habitants des régions proches de Gaza qui se plaignent depuis toujours des tirs de roquette », explique-t-il en évoquant une « recrudescence des tirs de roquettes ».

« On peut penser que dans le contexte préélectoral actuel en Israël, les partis de droite ont trouvé une occasion de se rendre plus populaires en misant sur la sécurité de la population et en organisant une riposte musclée. » — Jran-François Lépine

Dans l'opinion publique, « les Israéliens, majoritairement, appuient les ripostes actuelles de l'armée israélienne, même si cela cause beaucoup de mortalité à Gaza ». Notre journaliste remarque cependant que seulement « une minorité de la population était prête à appuyer une offensive militaire terrestre, comme ce fut le cas en 2008 lors de l'opération Plomb durci.

  • 5. Le contexte régional

Jean-François Brabant s'inquiète sur notre page Facebook d'assister à la préparation d'une Troisième Guerre mondiale.

« Il faut faire attention avec les généralisations un peu catastrophiques, mais il est évident qu'il y a actuellement une recrudescence des tensions en provenance du Moyen-Orient qui peut nous inquiéter : la montée de l'islamisme, le pouvoir déstabilisateur exercé par l'Iran, l'incertitude entourant la Syrie » , lui répond Jean-François Lépine.

Il évoque le printemps arabe, qui aurait favorisé les extrémismes au lieu de livrer ses promesses d'ouverture.

  • 6. Le rôle des médias

Un autre citoyen, Louis Lyonnais, estime que les médias sont pro-israéliens et s'interroge sur leur rôle. Mais « le gouvernement israélien, lui, pense que la presse dégage une image beaucoup trop négative d'Israël », note l'animateur.

Évoquant la complexité de la situation, il note qu'il est difficile de « décrire un bon ou un méchant ou de donner des torts à l'un ou à l'autre ».

  • 7. Quel chemin vers la paix?

Devant la situation actuelle, Éric Boulay se demande quels sont les préalables pour une paix durable.

« Du côté israélien, il est évident qu'il faut briser l'étau militaire qui bloque le développement des populations de Cisjordanie et de Gaza. Mais en retour, il faut impérativement que tout le monde du côté palestinien s'entende pour travailler à une solution pacifique du conflit. Ce n'est pas le cas actuellement », lui répond Jean-François Lépine.

« Comme je l'ai expliqué plus tôt, beaucoup de factions extrémistes prônent encore la destruction militaire d'Israël et refusent de reconnaître le droit d'Israël d'exister. Si jamais ces préalables se matérialisaient, il faudrait par la suite, advenant un accord de paix, que chaque partie tienne ses engagements », conclut-il.

Vous pouvez relire l'intégralité de la discussion en direct ci-dessous.

Israël-Palestine, les racines d'un conflit. Consultez notre dossier.

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