Israël n'exclut pas d'autres opérations contre Gaza

Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Le compte rendu de Luc Chartrand

Si l'on en croit les déclarations des dirigeants israéliens, une opération d'envergure est prévue dans la bande de Gaza, après l'assassinat du chef militaire du Hamas mercredi.

Le ministre israélien de la Défense, Ehoud Barak, a signifié qu'Israël poursuivra ses opérations contre Gaza.

« Nous en sommes au début, pas à la fin, de cette opération. Il n'y aura pas de solution miracle, mais nous atteindrons les buts que nous avons fixés », a souligné M. Barak.

Il a également exhorté les dirigeants de la région à agir « judicieusement et garder la tête froide afin de promouvoir la stabilité et le retour au calme ».

De son côté, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, s'est exprimé après le raid et a indiqué qu'Israël avait adressé un « message clair » au Hamas et est prêt à « étendre » son opération à Gaza si nécessaire.

« Le Hamas et les organisations terroristes ont choisi d'intensifier leurs attaques sur les citoyens israéliens ces derniers jours. Nous ne tolérerons pas une situation dans laquelle ces derniers sont menacés par des tirs de roquettes », a déclaré M. Nétanyahou après des consultations avec son cabinet de sécurité.

La porte-parole de l'armée israélienne, le lieutenant-colonel Avital Leibovich, a annoncé que le raid marquait le début d'une opération plus vaste baptisée Pilier de Défense.

« Après les tirs de roquettes de ces derniers jours contre Israël, le chef d'état-major a décidé d'autoriser une opération contre les organisations terroristes de Gaza, le Hamas, le Djihad islamique et d'autres », a-t-elle déclaré.

Par ailleurs, le cabinet de sécurité israélien a autorisé mercredi soir le rappel de certains réservistes, mais le porte-parole de l'armée a précisé qu'il ne s'agissait pas d'une mobilisation générale.

Le ministre israélien de la Défense Ehoud Barak (à gauche) et le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou (à droite) à Tel-Aviv le 14 novembre 2012. Le ministre israélien de la Défense Ehoud Barak (à gauche) et le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou (à droite) à Tel-Aviv le 14 novembre 2012.  Photo :  AFP/JACK GUEZ

Réunion d'urgence du Conseil de sécurité

En soirée, le Conseil de sécurité des Nations unies s'est réuni d'urgence à New York pour discuter des frappes aériennes d'Israël contre la bande de Gaza, mais sans finalement prendre de décision.

À l'issue de la rencontre à huis clos, les pays membres ne seraient parvenus qu'à se mettre d'accord sur la nécessité de publier un communiqué indiquant qu'une réunion d'urgence avait eu lieu.

Alors que des représentants de pays arabes avaient demandé que le Conseil de sécurité condamne Israël, l'ambassadrice des États-Unis à l'ONU, Susan Rice, a plutôt soutenu la riposte militaire israélienne.

« Rien ne justifie la violence à laquelle ont recours le Hamas et d'autres organisations terroristes contre le peuple israélien », a-t-elle déclaré.

« Israël, comme toute autre nation, a le droit de se défendre contre de telles attaques brutales. Nous appelons ceux qui en sont responsables à cesser immédiatement ces actions lâches », a-t-elle ajouté.

« Attaquer Israël quasi quotidiennement ne fait rien pour aider les Palestiniens à Gaza ni ne rapproche le peuple palestinien de son auto-détermination et de son indépendance », a poursuivi Mme Rice.

L'ambassadeur israélien à l'ONU, Ron Prosor, a quant à lui déclaré qu'« aucun peuple ni aucun gouvernement n'accepterait que ses citoyens soient la cible quotidienne de terroristes », tout en précisant que l'objectif d'Israël était clair : « dissiper la menace qui pèse sur les Israéliens ».

De son côté, l'ambassadeur britannique à l'ONU, Mark Lyall Grant, a également vivement condamné les tirs de roquettes du Hamas dans le sud d'Israël, qui « menacent les civils et risquent d'envenimer la situation dans la bande Gaza ». Il a appelé Israël d'agir de façon à éviter une escalade de violences dans la région.

Par ailleurs, le président américain Barack Obama s'est entretenu au téléphone avec le premier ministre israélien et le président égyptien Mohamed Morsi. M. Obama a lancé un appel à une désescalade.

L'Égypte monte le ton

L'Égypte, qui joue le rôle de médiateur entre le Hamas et Israël, a immédiatement réagi à l'assassinat d'Ahmad Jaabari en rappelant son ambassadeur en Israël et en convoquant le chargé d'Affaires israélien au Caire.

De son côté, le Parti de la liberté et de la justice (PLJ), l'aile politique du mouvement des Frères musulmans et dont est issu le président Morsi, a prévenu que Le Caire ne « permettrait plus que les Palestiniens soient l'objet d'une agression israélienne comme par le passé ».

Israël « doit se rendre compte que les choses ont changé dans le monde arabe et en particulier en Égypte », a souligné le PLJ.

Par ailleurs la Ligue arabe, dont le siège est au Caire, se réunira samedi.

Les États-Unis, qui disent surveiller de « près » l'évolution de la situation à Gaza, soutiennent le droit d'Israël à se « défendre contre le terrorisme », a déclaré mercredi le porte-parole du Pentagone, le lieutenant-colonel Stephen Warren.

Le ministre russe des Affaires étrangères Serguei Lavrov a appelé à l'arrêt des attaques et de la violence dans la bande de Gaza.

Le Canada a assuré mercredi Israël de son soutien. « Nous croyons fondamentalement qu'Israël a le droit de se défendre et de défendre ses citoyens contre les menaces terroristes », a déclaré le ministre des Affaires étrangères, John Baird, dans un communiqué.

« Trop souvent, le peuple juif se retrouve en première ligne dans la lutte contre le terrorisme, qui constitue le grand défi de notre génération », a écrit le ministre.

Le chef des opérations de la branche armée du Hamas tué

L'aviation israélienne a abattu le chef militaire du Hamas, mercredi, au cours d'une offensive d'envergure dans la bande de Gaza. Au total, l'aviation israélienne a effectué plus de 20 frappes qui ont fait au moins six morts et une soixantaine de blessés dans le camp palestinien.

Un chasseur israélien a tiré un missile qui a détruit le véhicule dans lequel se trouvait le chef des opérations de la branche armée du Hamas, Ahmad Jaabari. Un autre passager du véhicule a également été tué, alors que le garde du corps de M. Jaabari a été blessé.

Les services de sécurité intérieure israéliens, Shin Beth, ont confirmé avoir mené l'attaque. Ils ont précisé que Jaabari avait été éliminé en raison de « ses dix années d'activité terroriste ». Selon Israël, il est « directement responsable de l'exécution d'attentats terroristes contre l'État d'Israël ces dernières années ».

L'aviation israélienne a mené des attaques contre d'autres cibles dans la bande de Gaza. L'opération conjointe du Shin Beth et de l'armée « visait à paralyser la chaîne de commandement et de contrôle de la direction du Hamas, ainsi que son infrastructure terroriste », selon le communiqué.

L'armée israélienne a précisé avoir visé des sites de tirs de roquettes à longue portée.

Le chef de la branche armée du Hamas, Ahmad Jaabari, a été vu le 18 octobre 2011 du côté égyptien de Rafah. Le chef de la branche armée du Hamas, Ahmad Jaabari, a été vu le 18 octobre 2011 du côté égyptien de Rafah.  Photo :  AFP/MAHMUD HAMS

Officiellement lieutenant des Brigades Ezzedine al-Qassam, Jaabari était reconnu comme « le général » ou le « chef d'état-major » de la branche armée du Hamas. Il est devenu chef exécutif de la branche armée du Hamas en 2003. Il avait déjà été visé par des tentatives d'assassinat, dont un raid aérien qui avait coûté la vie à son fils aîné, son frère et plusieurs de ses cousins en 2004.

Les Brigades Ezzedine al-Qassam ont promis de riposter en soutenant que les Israéliens avaient « ouvert les portes de l'enfer ». La branche armée du Hamas s'est engagée « à poursuivre la résistance ».

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