Réformes, corruption et croissance au menu du 18e congrès du Parti communiste chinois

Radio-Canada avec Agence France-Presse et Reuters
Portrait de Xi Jinping

Le président chinois sortant, Hu Jintao, a ouvert le 18e congrès du Parti communiste chinois avec un discours portant sur la nécessité de renforcer la démocratie, d'enrayer la corruption et d'adopter un nouveau modèle de croissance.

« La réforme de la structure politique est une part importante des réformes globales de la Chine », a-t-il souligné, appelant à « attacher plus d'importance à l'amélioration du système démocratique ».

Devant ses 20000 délégués réunis dans l'immense hall du Palais du peuple, le président a affirmé que la corruption « peut causer l'effondrement du Parti et de l'État », ajoutant que les dirigeants chinois ne doivent pas abuser de leur pouvoir.

Le Parti va « assurer que les dirigeants respectent la loi en pensée et en actions », car « si nous échouons à traiter cette question correctement, elle pourra s'avérer fatale », a-t-il soutenu, faisant référence aux scandales politico-financiers impliquant les familles des plus hauts dirigeants, dont un membre du Bureau politique, Bo Xilai.

Abordant le volet économique, le président chinois a déclaré que son pays doit mettre en oeuvre « un nouveau de modèle de croissance basé sur une qualité et une performance améliorées », alors que la deuxième économie mondiale est touchée par un net ralentissement.

Il a également appelé à faire de la Chine une « puissance maritime », au moment où elle se dispute la souveraineté d'îles situées dans la mer de Chine orientale avec des pays voisins, notamment Taïwan et le Japon. Dans ce contexte, Pékin se doit de « défendre résolument ses droits et ses intérêts maritimes », a précisé le président chinois.

Réagissant au discours de Hu Jintao, Tokyo a prévenu que Pékin doit mener ses activités maritimes « pacifiquement ».

« Tous les pays, y compris la Chine, ont le droit et la responsabilité de protéger leurs territoires et leurs eaux, mais ces actions doivent se faire de façon pacifique et conformément au droit international », a indiqué le porte-parole adjoint du ministère japonais des Affaires étrangères, Naoko Saiki.
Xi Jinping Xi Jinping  Photo :  AFP/CHIP SOMODEVILLA

Le 18e Congrès du Parti communiste chinois (PCC), qui s'est ouvert jeudi à Pékin, se terminera mercredi prochain. Comme le veut la tradition, le vice-président Xi Jinping succédera à Hu Jintao à la direction du parti. C'est lui aussi qui supervisera les travaux du Congrès.

« La réunion préparatoire [du PCC] a approuvé la nomination du camarade Xi Jinping comme secrétaire général du Congrès », a déclaré lors d'une conférence de presse le porte-parole du PCC, Cai Mingzhao.

À 59 ans, Xi Jinping, inconnu du grand public, est vice-président de l'État chinois depuis 2008.

Sa nomination attendue au poste de secrétaire général du Parti communiste chinois fait de lui ipso facto le prochain président de la République populaire, une formalité prévue en mars 2013, lors de la réunion annuelle de l'Assemblée nationale populaire (ANP).

« Le congrès sera d'une grande importance à l'heure ou la Chine se trouve à une étape cruciale de la construction d'une société moderne et prospère dans tous les domaines, en se réformant, en s'ouvrant, et en accélérant la transformation de son modèle de développement », a indiqué le porte-parole, également rédacteur en chef du Quotidien du peuple, l'organe du PCC.

Appel à la réforme

Un sondage publié mercredi par le quotidien Global Times montre que quelque huit citadins chinois sur dix se sont prononcés en faveur d'une « réforme politique ». Sept sur dix ont estimé que le gouvernement devait être soumis à une plus grande surveillance de l'opinion publique et ont demandé un renforcement de la lutte contre la corruption.

À l'occasion du 18e congrès du Parti communiste chinois, 2000 délégués sont réunis dans l'immense hall du Palais du peuple pour le discours du président Hu Jintao. À l'occasion du 18e congrès du Parti communiste chinois, 2000 délégués sont réunis dans l'immense hall du Palais du peuple pour le discours du président Hu Jintao.  Photo :  AFP/GOH CHAI HIN

Comme une réponse à ce sondage, le porte-parole du Congrès a indiqué que la Chine avait tiré « une grande leçon » du scandale Bo Xilai et fera de la lutte contre la corruption une priorité des réformes à venir.

« Notre pays est une société en mutation, dans laquelle la corruption est fréquente. C'est un problème difficile et qui sera long à régler par le Parti », a-t-il dit, évoquant l'affaire du dirigeant politique Bo Xilai.

La femme de Bo Xilai, Gu Kailai, et l'ancien chef de la police de Chongqing Wang Lijun ont été condamnés pour le meurtre de l'homme d'affaires britannique Neil Heywood, alors que M. Bo était chef du PCC de Chongqing, la mégapole du centre de la Chine.

Le PCC a exclu de ses rangs dimanche l'ancien chef du PCC de Chongqing, l'exposant ainsi à des poursuites pénales, ainsi que Liu Zhijun, ancien ministre des Chemins de fer limogé l'an dernier pour « de graves infractions à la discipline ».

Les chantiers du nouveau chef

Le nouveau chef du PCC devra se pencher sur les demandes des réformistes du parti, qui réclament une réduction des privilèges des entreprises nationales, une aide aux ruraux qui s'installent en ville ou une refonte du système fiscal qui pousse les gouvernements locaux à des expropriations abusives.

Hu Jintao et son successeur poussent par ailleurs le parti à démocratiser le processus de désignation d'une nouvelle direction pour accroître sa légitimité aux yeux de l'opinion publique.