Présidentielles américaines 2012

Obama réélu à la tête d'un pays divisé

Sophie-Hélène Lebeuf
Radio-Canada avec Agence France-Presse
Réélection de Barack Obama : Frédéric Nicoloff fait le point

Barack Obama n'a peut-être pas été porté par la vague d'espoir qu'il avait suscitée en 2008, mais il aura tout de même remporté son pari d'obtenir un second mandat. Si lui et son adversaire républicain Mitt Romney se sont partagé le vote populaire à parts presque égales, le président sortant a facilement dépassé le seuil des 270 grands électeurs dont il avait besoin pour signer une seconde victoire.

Alors que les résultats de Floride tardent à venir, il a jusqu'ici à son actif 303 grands électeurs contre 206 pour celui qui aspirait à prendre sa place.

Romney, dont l'ambition présidentielle qu'il caressait depuis des années vient de se briser, a été incapable de triompher d'un président dont la réforme de la santé a été impopulaire et qu'une frange de l'électorat rend responsable d'une reprise de l'économie jugée trop fragile.

Au-delà de la mathématique électorale, l'élection a cependant révélé une fois de plus une population divisée.

Vote populaire

Barack Obama : 59,298,913 (50 % des voix)
Mitt Romney : 56,801,964 (48 % des voix)
Note : le dépouillement est toujours en cours et les chiffres sont appelés à changer.

En outre, le contrôle que continueront d'exercer les républicains sur la Chambre des représentants l'empêchera d'avoir les coudées aussi franches qu'il le voudrait pour accomplir son programme politique.

Confronté à une farouche opposition des républicains au cours de son premier mandat, Barack Obama a lancé un appel à l'unité lors d'un discours prononcé devant des partisans en liesse.

Mitt Romney a pour sa part concédé la victoire au cours d'un bref discours prononcé peu avant 1 h, une heure et demie après que les médias eurent annoncé la victoire sans équivoque de son adversaire.

Lisez le blogue de Gérald Fillion : États-Unis : incertitude au Canada

Obama remporte les États pivots

Même si la carte électorale s'est rapidement parée de rouge, couleur des républicains, le président sortant a remporté le vote populaire dans les États qui faisaient une différence.

L'un après l'autre, plusieurs des États dont l'issue était incertaine sont tombés dans son giron : New Hampshire, Iowa, Wisconsin (dont Paul Ryan, le colistier de Mitt Romney, est un des représentants), Ohio, Colorado, Nevada et Virginie. Il a également conservé la Pennsylvanie, un État à tendance démocrate que certains observateurs disaient menacé par le camp Romney.

Il a aussi remporté l'Illinois, dont il a été sénateur, et le Massachusetts, dont son rival a déjà été gouverneur, ainsi que New York et la Californie, deux des géants en termes de grands électeurs.

Le Michigan et l'Ohio, deux États où l'industrie automobile a bénéficié du plan de sauvetage, ont eux aussi penché du côté de l'administration sortante.

Romney a notamment raflé le Texas, un des autres poids lourds de cette course, et tous les autres bastions républicains. Il n'a réussi qu'à gagner un seul État pivot, la Caroline du Nord.

Jusqu'ici, seuls l'Indiana et la Caroline du Nord ont changé de couleur, basculant dans le camp républicain.

Outre leur président, les Américains étaient appelés à choisir l'ensemble de leurs 435 représentants, le tiers des 100 sénateurs et 11 gouverneurs. Ils devaient également se prononcer sur plus de 170 questions référendaires locales. Voyez tous les résultats ici.

Les États en bleu ont été remportés par Barack Obama et ceux en rouge par Mitt Romney. Hors carte, l'Alaska est allé au candidat républicain et Hawaï au président sortant. Ce dernier est en avance en Floride, mais les résultats ne sont pas finaux. Les États en bleu ont été remportés par Barack Obama et ceux en rouge par Mitt Romney. Hors carte, l'Alaska est allé au candidat républicain et Hawaï au président sortant. Ce dernier est en avance en Floride, mais les résultats ne sont pas définitifs.

Le seul État encore en jeu est la Floride, où les autorités ont interrompu pour la nuit le décompte des voix. La lutte y est des plus serrées, Barack Obama menant devant Mitt Romney avec 50 % des voix contre 49 %. Le comté de Miami Dade, où votent 10 % des électeurs de l'État, n'aura pas de résultats complets avant mercredi.

Comme la compilation des votes n'est pas terminée, le taux de participation n'est pas encore connu. Pas moins de 30 millions d'Américains avaient cependant déjà voté par anticipation.

La soirée met le point final à un an et demi d'une campagne acharnée qui a coûté des milliards de dollars.

L'ampleur de la victoire de l'ancien sénateur de l'Illinois est plus mince qu'en 2008. Il avait alors séduit 53 % de l'électorat, comparativement à 46 % pour son rival de l'époque, John McCain, et récolté l'appui de 365 des 538 grands électeurs.

Portrait électoral

États où Obama est déclaré gagnant :

Californie (55 grands électeurs), Washington (12), Hawaï (4), Connecticut (7), Delaware (3), Washington D.C. (3), Illinois (20), Maryland (10), Massachusetts (11), Rhode Island (4), Maine (4), Vermont (3), Delaware (3), Michigan (16), New York (29), New Jersey (14), New Hampshire (4), Minnesota (10), Wisconsin (10), Nouveau-Mexique (5), Iowa (6), Oregon (7), Nevada (6), Virginie (13), Colorado (9)

États où Romney est déclaré gagnant :

Kentucky (8), Indiana (11), Virginie-Occidentale (5), Caroline du Sud (9), Oklahoma (7), Georgie (16), Arkansas (6), Tennessee (11), Alabama (9), Kansas (6), Louisiane (8), Nebraska (5), Dakota du Nord (3), Dakota du Sud (3), Texas (38), Mississippi (6), Wyoming (3), Utah (6), Arizona (11), Idaho (4), Caroline du Nord (15), Missouri (10), Montana (3), Alaska (3)

La mécanique des grands électeurs

Les électeurs ne votent pas directement pour les candidats qu'ils veulent voir président et vice-président. Dans chaque État, ils votent plutôt pour des grands électeurs, à qui il incombera de désigner le président (même si, dans les faits, c'est souvent le nom des candidats qui apparaît sur la liste électorale). De façon simplifiée, disons que l'équipe présidentielle ayant recueilli le plus de voix dans un État remporte l'ensemble de ses grands électeurs.

On compte 538 grands électeurs. Le nombre de grands électeurs d'un État dépend de sa population et correspond au nombre d'élus dont il dispose au Congrès (soit deux sénateurs plus le nombre de ses représentants à la Chambre). Si la Californie en compte 55 par exemple, le Vermont n'en compte que 3. Il faut ajouter à ce nombre les 3 électeurs du District de Columbia.

Pour plus de détails, consultez notre article sur la mécanique de la politique américaine.

Des réactions mitigées

À l'annonce de la victoire du candidat démocrate par les médias américains, ses partisans réunis à Chicago ont explosé de joie, agitant des drapeaux américains et dansant sur une musique rythmée.

Rassemblées à Times Square, à New York, pour suivre la soirée électorale malgré des températures proches de zéro, des milliers de personnes ont elles aussi célébré cette victoire.

Scandant « Encore quatre ans », elles agitaient des petits drapeaux, pendant que des automobilistes klaxonnaient. À Boston, où on attendait Mitt Romney, l'annonce a été accueillie par un silence de mort.

À l'étranger, la réélection du président a rapidement été saluée.

Un Tweet populaire

Vers minuit, le président Obama a envoyé un court message sur Twitter : Four more years (« Quatre ans de plus »), accompagné d'une photo le montrant enlaçant sa femme, Michelle Obama. Une demi-heure plus tard, il avait été retweeté près de 300 000 fois. Selon le site spécialisé Buzzfeed, ce message est devenu le plus populaire de tous les temps, détrônant le jeune chanteur Justin Bieber.

Un nouveau Congrès

Les électeurs votaient en outre aux élections législatives. Ils devaient ainsi renouveler l'ensemble de la Chambre des représentants (435 sièges) et le tiers du Sénat (33 sièges), déterminant du coup les forces législatives avec lesquelles le chef de l'exécutif devra composer jusqu'aux élections de mi-mandat de 2014.

Le scrutin fédéral était aussi doublé, dans certains cas, d'autres votes au niveau des États. Onze postes de gouverneur et 6000 sièges d'assemblée dans des États étaient aussi en jeu, tout comme une panoplie de postes électifs, comme ceux de shérifs, de juges ou, même, en Floride, de commissaire au contrôle des moustiques.

Qui plus est, les électeurs de 38 États avaient à se prononcer sur un assortiment hétéroclite de référendums, 174 en tout, portant sur des questions aussi diverses que la fiscalité des particuliers, le droit de consommer du cannabis et l'interdiction de financer les interruptions volontaires de grossesse avec les fonds publics, ou encore la légalisation du mariage entre conjoints de même sexe.

Pour me joindre :

sophie-helene.lebeuf@radio-canada.ca

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