Six époques dans les relations France-Québec

Florence Meney
Radio-Canada

La première ministre du Québec Pauline Marois a rencontré pour la première fois à Paris le président socialiste français François Hollande. Au cours de cette rencontre, François Hollande a réaffirmé le principe de la de « non-ingérence, non-indifférence », ce « ni-ni » abandonné par son prédécesseur Nicolas Sarkozy. Alors que les deux pays entament une nouvelle ère politique et jettent les bases de leur collaboration future, voici un regard rapide sur l'évolution des relations France-Québec, spécifiquement sur la question de la souveraineté du Québec.

L'époque gaulliste
L'époque de René Lévesque et des gaullistes français
L'ère Mitterrand
L'époque Chirac et Parizeau
L'époque de Jean Charest : l'économie plutôt que la politique
Sarkozy : mettre le couvercle sur la marmite

L'époque gaulliste ou l'âge d'or pour le mouvement nationaliste

Entre 1958 et 1969, le mouvement nationaliste québécois bénéficie de la force de l'appui de la grande figure du Général de Gaulle. Celui-ci prononce en juillet 1967 à Montréal le fameux discours qu'il conclut par la phrase maintenant immortelle: « Vive le Québec libre! » C'est aussi lui qui insiste pour que le Québec ait un siège à la Conférence des ministres de l'Éducation des pays francophones en 1968.

Le général de Gaulle lance son Vive le Québec libre, le 24 juillet 1967  Photo :  PC/Chuck Mitchell

Quand Georges Pompidou prend la tête de l'État français à la suite de Charles de Gaulle, on ne note pas de rupture avec cette approche. Cependant, Pompidou se montre moins expansif dans sa promotion de la politique du « ni-ni », mais il cultive les liens avec la francophonie des Amériques, y compris le Québec.

L'époque de René Lévesque et des gaullistes français
La naissance du « ni-ni » et l'entente cordiale

En novembre 1977, René Lévesque, nouveau premier ministre péquiste du Québec, effectue sa première visite officielle en France. Il y est reçu comme un vrai chef d'État. Selon l'ancienne députée péquiste de Rosemont Louise Beaudouin, qui a oeuvré pendant plus d'un quart de siècle pour bâtir une relation privilégiée entre Paris et Québec, ce voyage triomphal de René Lévesque en France, qui survenait un an après la victoire historique du 15 novembre 1976, est à bien des égards un moment fondateur pour le mouvement nationaliste.

René Lévesque René Lévesque  Photo :  René Lévesque

L'un des grands instigateurs du rapprochement entre la France et le Québec fut le ministre français de la Justice Alain Peyrefitte, au sein du gouvernement de Giscard d'Estaing. C'est avec lui que naît la formule de la non-ingérence non-indifférence, et qui, selon Louise Beaudoin, devait se lire comme un message limpide : Quelle que soit la voie que Québec choisira d'emprunter, la France l'appuiera.

Valéry Giscard d'Estaing, lui, ira jusqu'à se déclarer prêt à accompagner le Québec dans une éventuelle démarche vers la souveraineté.

De fait, la doctrine du « ni-ni » devait garantir une neutralité de l'Hexagone, tout en assurant que Paris allait accompagner les destinées du Québec. Elle visait aussi à aplanir les tensions entre Paris et Ottawa dans le sillage du discours de 1967 du général de Gaulle.

Cette politique dite du « ni-ni » allait désormais structurer l'ensemble des relations France-Québec.

À ce sujet, le correspondant du quotidien Le Devoir Christian Rioux précise que le « ni-ni » a souvent été mal compris et interprété comme un appui inconditionnel à la souveraineté, alors qu'il s'agit plutôt de dire au Canada : « Nous n'allons pas nous ingérer dans les politiques du Canada, mais nous ne serons pas indifférents au sort du Québec et à ce qui se passe là-bas. »

« À cette époque, alors que le Parti québécois est au pouvoir, les rapports entre les deux gouvernements (français et québécois) deviennent particulièrement chaleureux. Une anecdote révélatrice : lors de la visite du premier ministre français Raymond Barre au Québec en 1979, des ministres du gouvernement Lévesque vont même jusqu'à entonner une chanson en son honneur. Imaginez ces membres du gouvernement scandant : « Mon cher Raymond, c'est à ton tour... ». » — Pour la petite histoire

L'ère Mitterrand : un léger refroidissement sur le ton, mais pas sur le fond

Le ton des relations France-Québec allait cependant changer quelque peu à la suite de l'accession au pouvoir de François Mitterrand et des socialistes en France.

Selon l'ex-députée Louise Beaudoin, Mitterrand croyait plus ou moins à la nécessité pour le Québec de faire son indépendance. « Il posait la question : est-ce que vous ne pouvez pas trouver un aménagement à l'intérieur du Canada? »

Elle ajoute cependant que François Mitterrand n'a jamais remis en cause la politique de Valéry Giscard d'Estaing. C'est d'ailleurs sous François Mitterrand, précise l'ancienne députée, que le Québec a réussi à obtenir que le premier Sommet de la Francophonie n'ait pas lieu avant que le Québec ait conclu une entente satisfaisante avec le gouvernement canadien sur les modalités de sa participation.

L'époque Chirac et Parizeau

Le premier ministre Jacques Parizeau pendant la campagne référendaire de 1995. Le premier ministre Jacques Parizeau pendant la campagne référendaire de 1995.  Photo :  PC/Jacques Boissinot

Au milieu des années 90, c'est l'avènement au Québec du gouvernement Parizeau. Avec lui, le débat sur la question nationale reprend de plus belle. Peu avant le référendum de 1995, Jacques Parizeau effectue une visite en France alors même que la campagne présidentielle bat son plein. Il obtient alors du candidat de la droite et futur président de la République Jacques Chirac un appui inespéré.

« Dans l'hypothèse où, dans ce référendum, les Québécois prennent la décision d'accéder à la souveraineté, alors la France devrait être, sans aucun doute, au premier rang de ceux qui diraient au Québec que nous marchons avec lui. Cela va de soi. » — Jacques Chirac
Jacques Chirac (archives)  Photo :  AFP

Cet appui se diluera par la suite. À partir de 1998, Jacques Chirac commencera à se rapprocher de Jean Chrétien.







L'époque de Jean Charest : l'économie plutôt que la politique

Jean Charest Jean Charest

L'arrivée au pouvoir de Jean Charest en 2003 coïncidera avec un changement de cap de la politique québécoise vis-à-vis de la France. L'accent sera moins mis sur l'aspect politique de la relation entre les deux pays et davantage sur les rapports économiques et commerciaux. Cette politique s'avérera d'ailleurs fructueuse : depuis 2008, près de 70 ententes de reconnaissance mutuelles sur le plan professionnel ont été signées, notamment pour les architectes, les ingénieurs et les médecins.

Au chapitre économique, le Québec accueille les trois quarts des filiales françaises installées au Canada tandis que 160 entreprises québécoises ont choisi de s'implanter en France.

Sarkozy : mettre le couvercle sur la marmite

À sa façon, et non sans froisser bien des susceptibilités au passage, Nicolas Sarkozy va écrire à son tour une page d'histoire dans les relations entre la France et le Québec. Il prendra ses distances d'avec la politique du « ni-ni », semblant se ranger derrière l'option du fédéralisme, et pas sur la pointe des pieds, loin de là.

C'est sa déclaration d'octobre 2008, lors du sommet Union européenne-Canada qui met le feu aux poudres : « Le Canada a toujours été un allié de la France, il est membre du G8. Et franchement, s'il y a quelqu'un qui vient me dire que le monde d'aujourd'hui a besoin d'une division supplémentaire, c'est qu'on n'a pas la même lecture du monde », déclarait alors Nicolas Sarkozy.

En quelques heures, le président français multipliera les déclarations, vantant le Canada, un « pays grand comme un continent » qui a, « par son fédéralisme [...] décliné aussi un message de diversité et d'ouverture ». Il dira que la France a toujours été « un partenaire, un allié et un ami du Canada », et qu'il ne voit pas « au nom de quoi, une preuve d'amour pour le Québec devrait se nourrir d'un geste de défiance envers le Canada ».

« « Le monde n'a pas besoin de division, mais besoin d'unité » » — Nicolas Sarkozy
Le premier ministre français Français Fillon François Fillon  Photo :  AFP/Patrick Kovarik

Ce changement de cap créera des remous parmi le mouvement souverainiste québécois, même si le premier ministre français de l'époque tente de limiter les dégâts.




« La France ne sera jamais indifférente au Québec. La France a, avec le Québec, un lien qui dépasse tous les liens qu'on peut avoir avec quelque autre nation dans le monde, parce que ce lien est tellement étroit, tellement charnel, que personne et aucune formule ne pourra venir l'affaiblir. » — François Fillon

Et même si Jean Charest affirme à l'époque que le « ni-ni » demeure intact, du côté des souverainistes, on ne s'y méprend pas. L'ancien premier ministre Jacques Parizeau juge que le président français Sarkozy a fait preuve d'un clair penchant antisouverainiste et qu'il s'est aventuré là où aucun président français n'a posé le pied en la matière auparavant.

Encore en 2009, à l'Élysée, à l'occasion de la remise des insignes de la Légion d'honneur à Jean Charest, le président Sarkozy se livre à une charge à fond de train antisouverainiste, lançant un appel à l'unité et un plaidoyer contre le « sectarisme » des souverainistes.

Il ajoute même, évoquant le « ni-ni » : Cette politique « qui a été la règle pendant des années, honnêtement [...] n'est pas mon truc » et que ceux qui ne comprenaient pas cela « ne comprennent pas le refus du sectarisme (...), le refus de la division, le refus de l'enfermement sur soi-même et le refus de cette obligation de définir son identité par opposition féroce à l'autre ».

Nicolas Sarkozy quitte le palais présidentiel après l'arrivée de son successeur François Hollande le 15 mai dernier. Nicolas Sarkozy quitte le palais présidentiel après l'arrivée de son successeur François Hollande, le 15 mai 2012.  Photo :  AFP/PHILIPPE WOJAZER

Sources: Frank Desoer (Dimanche magazine), archives de Radio-Canada, site des nouvelles de Radio-Canada, articles citant Jean-Herman Guay, Luc Bernier, Stéphane Paquin et Frédérick Mérand. Site du gouvernement français.

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