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Printemps arabe : les Tunisiens honorent la mémoire de Mohammed Bouazizi

Mise à jour le samedi 17 décembre 2011 à 12 h 09 HAE

Printemps arabe : les Tunisiens honorent la mémoire de Mohammed Bouazizi

Il y a un an, jour pour jour, le jeune marchand de fruits et de légumes Mohammed Bouazizi s'immolait par le feu à Sidi Bouzid pour dénoncer les conditions de vie économiques et sociales en Tunisie. Des milliers de personnes se sont rassemblées samedi pour rendre hommage à celui qui, par son geste désespéré, a déclenché le soulèvement populaire qui a donné naissance au printemps arabe.

La foule compacte dans le centre de Sidi Bouzid

Photo: AFP/Fethi Belaid

La foule compacte à Sidi Bouzid, dans le centre ouest de la Tunisie

Des Tunisiens des quatre coins du pays ont afflué dès l'aube pour participer à cet anniversaire avec les habitants de Sidi Bouzid, dans une région défavorisée du centre-ouest du pays.

« Merci à cette terre, qui a été marginalisée durant des siècles, pour avoir rendu la dignité à tout le peuple tunisien », a déclaré le président tunisien Moncef Marzouki en rejoignant la commémoration dans le centre de la ville.

De la tragédie à l'espoir

Dans les jours ayant suivi l'immolation de Mohammmed Bouazizi devant le siège du gouvernorat, sa jeune soeur Samia avait tenté d'expliquer les raisons qui l'avaient poussé à commettre le pire.

Mohammmed Bouazizi, expliquait-elle alors, avait depuis quelques années déjà interrompu ses études pour devenir vendeur ambulant de fruits et légumes. Ses maigres revenus gagnés sans permis lui permettaient tant bien que mal de subvenir aux besoins de sa mère et de ses cinq frères et soeurs.

Le matin du 17 décembre 2010, des agents de la municipalité lui avaient confisqué son étal et toute sa marchandise. Désemparé, humilié, l'homme de 26 ans s'était alors aspergé d'essence et avait craqué une allumette en pleine rue.

L'événement avait entraîné un mouvement de protestation populaire à Sidi Bouzid avant de s'étendre à tout le pays. Près d'un mois de soulèvement plus tard, le président Zine el-Abidine Ben Ali avait dû se résoudre à quitter le pouvoir le 14 janvier après 23 ans de règne sans partage.

La révolution tunisienne a inspiré des citoyens de pays voisins, comme les Égyptiens et les Libyens qui ont réussi à chasser leur dirigeant, et son écho continue de se répercuter dans tout le monde arabe.

Un monument commémoratif

Un monument reproduisant le chariot de Mohammed Bouazizi, encerclé de chaises vides comme autant de symboles des « dictateurs » arabes déchus, a été inauguré sous les applaudissements de la foule.

« Notre rôle est de vous rendre la joie de vivre qui vous a été volée par les despotes. Sidi Bouzid doit être au même rang que les autres régions développées du pays », a déclaré le président dans un discours retransmis en direct à la télévision tunisienne.

Des drapeaux du pays, des portraits des « victimes de la révolution » et une photo géante de Bouazizi décoraient le centre de Sidi Bouzid. Des syndicalistes, des militants des droits de la personne et membres de l'Assemblée constituante se sont adressés à la foule pour saluer tous les « martyrs » de la révolution.

Selon les chiffres officiels, 300 personnes ont perdu la vie lors des manifestations qui ont été violemment réprimées par la police.

Des gens qui prenaient part au rassemblement se sont dits fiers d'être les pionniers du printemps arabe, mais néanmoins frustrés que les promesses de la révolution tardent à se concrétiser. Avec la chute du régime, la population tunisienne a gagné le droit de prendre la parole, de manifester et de voter, mais la pauvreté, à la base du soulèvement, est loin d'être endiguée.

Radio-Canada.ca avecAgence France Presse et Reuters

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