Le Sri Lanka pressé d'enquêter sur de possibles crimes de guerre

Le Royaume-Uni somme le Sri Lanka d'enquêter sur de possibles crimes de guerre que pourrait avoir commis l'armée à l'endroit de civils lors de l'assaut final contre les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) au printemps 2009.

Des soldats sri-lankais posent pour les photographes après l'annonce de la mort du chef des rebelles tamouls le 18 mai 2009. Des soldats sri-lankais posent pour les photographes après l'annonce de la mort du chef des rebelles tamouls le 18 mai 2009.  Photo :  PC/AP/Armée sri-lankaise/HO

Cette nouvelle demande a été faite après que la télévision britannique Channel 4 eut diffusé mardi soir un documentaire montrant des vidéos particulièrement choquantes qui prêtent foi à de telles allégations.

Les vidéos, que deux experts de l'ONU considèrent comme authentiques, auraient été filmées à la foi par des civils tamouls et des soldats sri lankais. Le gouvernement du Sri Lanka affirme que les vidéos sont truquées.

Les images semblent notamment montrer :

  • l'exécution sommaire de deux hommes et d'une femme pourtant ligotés et ayant les yeux bandés. Tous trois sont tués d'une balle dans la tête;
  • des civils fuyant à toutes jambes un bombardement de l'armée;
  • les corps de combattantes qui semblent avoir été violées par des militaires sri-lankais;
  • des corps d'hommes, de femmes et d'enfants gisant sur un bord de route;
  • des images d'hôpitaux de fortune qui ont été attaqués.

Le documentaire, intitulé Sri Lanka's Killing Fields (Les champs de la mort du Sri Lanka), avait été montré vendredi dernier en marge d'une rencontre du Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

Il évoque également de possibles crimes de guerre de la part des autorités tamoules.

Le ministre Burt « choqué »

« J'ai été choqué par les scènes horribles que j'ai vues dans le documentaire », a commenté le ministre britannique des Affaires étrangères, Alistair Burt, par voie de communiqué.

« Depuis la fin du conflit, le Royaume-Uni demande une enquête complète, crédible et indépendante sur les allégations de crimes de guerre commis pendant les hostilités, et nous nous attendons à ce qu'il y ait des progrès d'ici la fin de l'année », ajoute M. Burt.

« Si le gouvernement sri-lankais ne répond pas, nous soutiendrons la communauté internationale dans une révision des options qui se présentent à elle pour presser le gouvernement sri-lankais de respecter ses obligations », conclut le ministre britannique des Affaires étrangères.

Dans un communiqué, l'ambassade sri-lankaise à Londres assure que les images n'ont pas été authentifiées et qu'elles risquent de provoquer des sentiments de haine parmi la population du Sri Lanka.

Elle ajoute cependant que la Commission d'enseignements et de réconciliation, créée par Colombo dans le but officiel de tirer des leçons des années de conflits, adopterait des « sanctions juridiques » si les allégations devaient être prouvées.

Le gouvernement sri-lankais a refusé qu'un comité d'experts de l'ONU vienne enquêter sur ces allégations. Le comité a néanmoins déclaré en avril qu'il y avait des « allégations crédibles » concernant la mort de milliers de civils.

Le secrétaire général de l'ONU a déjà fait savoir qu'il ne peut ordonner une enquête dans cette affaire que s'il obtient le feu vert du Conseil de sécurité de l'ONU, de l'Assemblée générale de l'ONU ou du Conseil des droits de l'homme. Une résolution de cette agence onusienne a déjà été bloquée par la Chine en 2009.

La guerre entre Colombo et les Tigres tamouls a des bases économiques, linguistiques et religieuses. Les Tamouls sont des hindouistes qui parlent tamoul, une langue qui n'a été reconnue officiellement par Colombo qu'en 1977.

Les Tamouls réclamaient une partition de l'île, peuplée à 75 % de Cinghalais, majoritairement bouddhistes, afin de créer un État tamoul dans le Nord. Le conflit a fait entre 80 000 et 100 000 morts, selon l'ONU.

Le sort des Tamouls est à l'origine de leur fuite vers des endroits considérés plus hospitaliers. Près de 600 d'entre eux sont notamment arrivés illégalement au Canada à bord de deux bateaux depuis la fin de la guerre au Sri Lanka.

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