Pékin est disposé à larguer Pyongyang, selon Séoul

Radio-Canada avec New York Times et The Guardian

Des responsables chinois considèrent que Kim Jong-il se conduit comme un « enfant gâté » et que la Corée devrait être réunifiée sous la houlette de Séoul, révèlent des notes diplomatiques du département d'État américain obtenues par le site Internet WikiLeaks.

Le président nord-coréen Kim Jong-il serre la main du président chinois Hu Jintao à Changchun, dans le nord-est de la province de Jilin, en Chine, le 27 août 2010. Le président nord-coréen Kim Jong-il serre la main du président chinois Hu Jintao à Changchun, dans le nord-est de la province de Jilin, en Chine, le 27 août 2010.  Photo :  PC/AP/Xinhua, Ju Peng

Ces révélations, qui jettent un nouvel éclairage sur les relations entre Pékin et Pyongyang, surviennent au moment où la tension est à son comble dans la péninsule coréenne, dans la foulée du bombardement de l'île sud-coréenne de Yeongpyeong par la Corée du Nord.

Les commentaires chinois les plus importants d'un point de vue géopolitique ont été rapportés à l'ambassadrice américaine en Corée du Sud Kathleen Stephens en février dernier par le vice-ministre sud-coréen des Affaires étrangères, Chun Yung-woo.

M. Chun, qui est devenu depuis le nouveau conseiller pour la sécurité nationale du président Lee Myung-bak, a déclaré à Mme Stephens que Pékin ne considère plus Pyongyang comme un allié « utile ou fiable », et ne courra pas le risque d'un embrasement militaire dans la péninsule coréenne.

« Citant des conversations privées lors de précédentes sessions des pourparlers à six [sur la dénucléarisation du régime nord-coréen], Chun a soutenu [que deux responsables chinois] croient que la Corée devrait être unifiée et placée sous contrôle de la Corée du Sud », écrit Kathleen Stephens.

« Les deux responsables, dit Chun, sont prêts à "affronter la nouvelle réalité" selon laquelle la Corée du Nord a maintenant peu de valeur pour la Chine en tant qu'État tampon - une opinion qui, depuis le premier test nucléaire de la Corée du Nord, en 2006, a pris de l'importance parmi les leaders de la Chine. »

« Chun soutient qu'en cas d'effondrement du régime nord-coréen, la Chine ne serait clairement pas disposée à accueillir des troupes américaines au nord de la zone démilitarisée », précise l'ambassadrice américaine à Séoul.

M. Chun, ajoute-t-elle, « dit que la Chine serait à l'aise avec une Corée réunifiée contrôlée par Séoul et ancrée par une "alliance bénigne" avec les États-Unis - pourvu que la Corée ne soit pas hostile à la Chine ».

« Chun écarte la possibilité d'une éventuelle intervention militaire de la Chine en cas d'effondrement de la Corée du Nord, notant que les intérêts stratégiques économiques de la Chine sont liés aux États-Unis, au Japon et à la Corée du Sud - pas à la Corée du Nord ».

Les possibilités commerciales qu'offrirait une réunification constituent un baume sur les inquiétudes de la Chine concernant la réunification, a aussi soutenu M. Chun.

Le vice-ministre sud-coréen des Affaires étrangères aurait aussi dit à Stephens que Pékin n'avait pas réussi à convaincre Pyongyang de changer de comportement. Pékin, dit M. Chun, « a beaucoup moins d'influence que ne le croient la plupart des gens »

Kim Jong-Il, « enfant gâté »

Les notes diplomatiques révèlent aussi que l'ex-vice-ministre chinois des Affaires étrangères, He Yafei, a estimé que des tests de missiles effectués en avril 2009 par la Corée du Nord étaient assimilables aux agissements « d'un enfant gâté cherchant à attirer l'attention d'un adulte ». M. He propose au chargé d'affaires américain à Pékin de reprendre les discussions à six sur la dénucléarisation « après un certain temps ».

Une autre note diplomatique rédigée en septembre attribue à M. He des propos visant à minimiser l'impact d'une visite à Pyongyang du premier ministre chinois Wen Jiabao. M. He aurait dit au sous-secrétaire d'État américain James Steinberg : « Nous pouvons ne pas les aimer, [mais] ils sont un voisin ».

L'ambassadeur américain au Kazakhstan, Richard Hoagland, rapporte pour sa part en juin 2009 que son homologue chinois Cheng Guoping, « est réellement inquiet des récents tests de missiles nucléaires de la Corée du Nord. « Nous devons régler ce problème. C'est très troublant », a dit M. Cheng, qui ajoute que cela « constitue une menace pour la sécurité mondiale ».

D'autres notes diplomatiques démontrent que des responsables chinois divergent d'avis quant à la possibilité que le régime nord-coréen s'effondre après la mort de son actuel dirigeant, Kim Jong-Il.

Le vice-ministre sud-coréen des Affaires étrangères estime pour sa part que la Corée du Nord « s'est déjà effondrée économiquement » et va « s'effondrer politiquement » deux ou trois ans après la mort de Kim Jong-Il.

La Chine dit souhaiter que les révélations de WikiLeaks n'auront pas d'impact sur les relations sino-américaines. « Nous espérons que Washington gérera correctement le dossier », a déclaré mardi un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Hong Lei.

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  • international
    dossier -  Le phénomène WikiLeaks Animation montrant le parcours d'un document, de la fuite à la révélation, au moment où le site WikiLeaks a divulgué dimanche le contenu de 250 000 câbles diplomatiques américains.

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