Témoignage choc d'un traducteur

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Le compte-rendu d'Émmanuelle Latraverse

Un ancien traducteur des Forces canadiennes à Kandahar, Malgarai Ahmadshah, est convaincu que les militaires canadiens délestaient aux services secrets afghans la torture des prisonniers.

Il a fait ces déclarations mercredi devant un comité parlementaire qui s'intéresse à la façon dont l'armée canadienne a géré les allégations de mauvais traitements subis par des prisonniers remis aux autorités afghanes.

De juin 2007 à juin 2008, Malgarai Ahmadshah travaillait aux côtés du brigadier général Guy Laroche. Il traduisait des interrogatoires, des tractations entre les forces canadiennes et les services secrets, ainsi que des documents de transferts de détenus.

Devant le comité, il a affirmé que les militaires canadiens transféraient les détenus quand les interrogatoires ne portaient pas fruit. Il a aussi soutenu qu'il était impossible que l'état-major canadien et les Affaires étrangères n'aient pas été au courant. « J'ai soulevé des inquiétudes à plusieurs reprises », a-t-il assuré.

Un ancien traducteur des Forces canadiennes à Kandahar, Malgarai Ahmadshah Malgarai Ahmadshah

Pire, il a accusé les Forces canadiennes d'avoir tué un soldat afghan de 17 ans désarmé. D'après son récit, les militaires canadiens lui ont tiré une balle derrière la tête dans un village au nord de Kandahar, à l'été de 2007. N'ayant pas été témoin de l'événement à proprement parler, Malgarai Ahmadshah a dit avoir été mis au courant par le frère de la victime.

« Après avoir tué un homme par erreur, les militaires canadiens ont paniqué, ont ratissé le voisinage et arrêté des gens sans raison. Ils ont arrêté plus de 10 hommes âgés entre 10 et 90 ans », a déclaré cet Afghano-Canadien dont le nom de code était Pacha.

M. Ahmadshah a affirmé qu'à la demande des Canadiens, il avait ensuite personnellement interrogé les détenus pour déterminer s'ils étaient des talibans. « Aucun d'eux n'avait fait quoi que ce soit de mal », a-t-il conclu. « Néanmoins, le Canada a transféré tous ces hommes innocents aux services de sécurité afghans. Je ne sais pas ce qui leur est arrivé », a ajouté cet homme qui vit maintenant à Ottawa.

Le gouvernement conservateur a rejeté ces accusations. Le secrétaire parlementaire du ministre de la Défense, Laurie Hawn, s'est indigné que Malgarai Ahmadshah n'ait offert aucune preuve pour étayer ses allégations.

L'ancien traducteur des Forces canadiennes reproche pour sa part aux autorités canadiennes d'avoir divulgué son identité à Kandahar et d'avoir ainsi mis en danger les membres de sa famille. Selon lui, il s'agit d'une punition pour avoir dénoncé ces pratiques.

Un autre témoignage troublant

Toujours mercredi, un autre témoignage a jeté un peu plus d'ombre sur les Forces canadiennes.

Nicolas Gosselin, à l'époque représentant du ministère des Affaires étrangères, a expliqué à la Commission d'examen des plaintes concernant la police militaire qu'il avait recensé au moins huit témoignages de mauvais traitements de prisonniers afghans en 2008.

Ces incidents sont survenus plusieurs mois après sa première visite, qui avait entraîné la suspension temporaire des transferts. Ses rapports de visite n'ont pas été remis à la commission.

L'avocat du gouvernement, Alain Préfontaine, soutient que ces documents n'avaient pas été demandés. « Il est impossible évidemment pour nous d'identifier, revoir et produire les documents à l'intérieur de quelques minutes. Ça prendra le temps que ça prendra, mais ça nous fera plaisir », a-t-il dit.

Nicolas Gosselin pourrait être rappelé à témoigner, lorsque les documents seront remis à la commission. Mais ses rapports de visites risquent d'être caviardés.

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