7000 morts dans une fosse commune

Radio-Canada avec Agence France-Presse, Associated Press, La Presse Canadienne, BBC et France 2
Une jeune Haïtienne est saisie par le désespoir après avoir réalisé la mort de son frère sous les décombres de l'école Saint-Gérard. Une jeune Haïtienne est saisie par le désespoir après avoir réalisé la mort de son frère sous les décombres de l'école Saint-Gérard.  Photo :  AFP/AP Photo/Gerald Herbert

Le président haïtien, René Préval, affirme que 7000 Haïtiens qui ont perdu la vie dans le violent tremblement de terre qui a secoué le pays il y a maintenant 48 heures ont été enterrés dans une fosse commune, rapporte l'agence Reuters.

Le président haïtien René Préval annonce que 7000 personnes ont été enterrés dans une fosse commune. Les opérations visant à trouver des survivants se poursuivent entre-temps. La saturation de l'espace aérien complique la coordination des opérations.

Cette annonce, effectuée lors d'une visite du président de la République dominicaine, Leonel Fernandez, constitue en quelque sorte un premier bilan, aussi partiel soit-il. M. Préval a avancé mercredi la possibilité que le séisme ait fait 50 000 morts.

Plus tôt jeudi, la Croix-Rouge haïtienne a estimé que le séisme pourrait avoir fait de 45 000 à 50 000 morts, ainsi que 3 millions de blessés ou de sans-abri. Port-au-Prince, où habitent 2 millions de personnes, est complètement dévastée.

Le directeur de l'Hôpital général de Port-au-Prince, Guy LaRoche, avait pour sa part déclaré à l'agence Reuters qu'environ 1500 corps se trouvaient dans ou devant la morgue. Beaucoup d'autres sont attendus.

L'ONG britannique Save the Children estime pour sa part qu'au moins 2 millions d'enfants et d'adolescents ont été touchés d'une manière ou d'une autre. Beaucoup ont été blessés et se retrouvent orphelins.

Difficiles opérations de sauvetage

Des premières équipes d'experts dans les opérations de recherche et de sauvetage sont arrivées à Haïti, a confirmé jeudi le président américain Barack Obama. Elles se consacrent d'ores et déjà à trouver des survivants parmi les décombres, qui constituent maintenant l'essentiel du paysage de la capitale haïtienne Port-au-Prince.

La tâche des secouristes s'avère colossale. D'entrée de jeu, ils se butent aux difficultés de coordonner des opérations de secours d'une telle envergure. Peu après midi, l'autorité américaine de l'aviation civile a par exemple fait savoir que l'espace aérien haïtien est saturé et que le gouvernement haïtien a demandé aux États-Unis et à d'autres pays de ne plus autoriser de vols vers Port-au-Prince pour le moment.

« Il y a actuellement un avion militaire américain et dix appareils civils qui tournent au-dessus de Port-au-Prince, attendant que d'autres avions quittent l'aéroport pour pouvoir s'y poser », expliquait à l'AFP la porte-parole de la FAA, Laura Brown, vers midi.

« On va avoir affaire à un défi logistique majeur », indique pour sa part depuis Genève la porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU. « Pour le moment, les avions atterrissent à vue, c'est très ennuyeux et c'est vraiment un problème. »

Pont aérien mis en place

Dans sa brève allocution, le président Obama a annoncé dans sa brève allocution qu'un pont aérien était mis en place. Son objectif est de fournir à la population haïtienne de l'eau potable, de la nourriture, des médicaments et d'autres biens de première nécessité.

Les États-Unis ont déjà annoncé l'envoi en Haïti de 3500 militaires de la 82e brigade de l'armée de terre, 2200 militaires d'un corps expéditionnaire de marines et le porte-avions nucléaire USS Carl Vinson. Ce dernier, qui doit arriver vendredi, transporte plus de 4000 marines et 19 hélicoptères. Il contient des douzaines de lits d'hôpitaux et trois salles d'opération.

Le navire-hôpital Comfort, qui contient 12 salles d'opération et environ 250 lits, n'arrivera toutefois pas en Haïti avant le 22 janvier.

Des militaires américains ont aussi pris en charge les opérations à l'aéroport international de Port-au-Prince, où la tour de contrôle s'est effondrée.

L'ampleur de la destruction constitue un défi de taille pour les secouristes sur le terrain. Les routes sont endommagées, empêchant une circulation fluide, les communications demeurent très difficiles et la capitale haïtienne et sa région demeurent privées de courant. Les hôpitaux qui ne se sont pas effondrés sont débordés, d'autant plus que du personnel manque à l'appel.

Barack Obama a assuré qu'il avait indiqué à tous les départements américains concernés que l'aide à Haïti constituait dorénavant une priorité nationale. Une somme de 100 millions de dollars américains a d'ores et déjà été débloquée.

Le président américain a toutefois prévenu qu'il faudra des heures, voire des jours, avant que toutes les ressources américaines puissent être engagées dans cette opération de secours qui est, dit-il, « la plus importante de l'histoire récente » du pays.

Barack Obama a aussi demandé aux anciens présidents Bill Clinton et George W. Bush de participer aux opérations de secours américaines. Les deux hommes auraient accepté. L'ex-président Clinton est déjà un envoyé spécial de l'ONU pour Haïti.

Beaucoup d'autres pays contribuent aux opérations de secours, dont le Canada. Jeudi matin, un C-17 a quitté la base militaire de Trenton en direction de l'île avec, à son bord, deux hélicoptères Griffon qui serviront aux opérations de recherche et de sauvetage et plusieurs tonnes d'équipement. Deux navires de la Marine, le NCSM Athabaska et le NCSM Halifax, se dirigeront bientôt vers Haïti. Ils transportent 500 personnes, au moins un hélicoptère Sea King, des générateurs et des équipements de premiers soins. Le Québec a, de son côté, promis de fournir des ressources humaines et une aide technique.

La France, le Royaume-Uni, l'Allemagne et plusieurs autres pays européens envoient aussi des équipes de recherche et de sauvetage ou des vivres vers Haïti. Cuba et plusieurs pays d'Amérique latine offrent aussi une aide, tout comme la Chine, la Russie, Israël et l'Australie.

Les organisations internationales ne sont pas en reste. La Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont tous deux débloqué 100 millions de dollars, et le Programme alimentaire mondial envoie 15 000 tonnes de vivres à destination d'Haïti.

Deuxième nuit d'enfer

Pour les Haïtiens de la région de la capitale, l'enfer ne s'est pas arrêté avec la fin du tremblement de terre. Plusieurs milliers d'entre eux continuent de vivre coupés du monde, dans l'angoisse et la peur, et on peut imaginer la terreur dans laquelle ils ont passé leur deuxième nuit depuis la catastrophe.

Des témoignages qui parviennent de Port-au-Prince décrivent une situation infernale. « Certaines rues sont jonchées de cadavres et [...] on voit apparaître une jambe, un bras, dans des tas de ferraille et de béton. C'est épouvantable », a raconté mercredi soir Didier Le-Bret, l'ambassadeur de France en Haïti, au journal télévisé de France 2.

« J'ai traversé à pied deux quartiers [...] et je n'ai quasiment pas croisé une maison qui tenait », a-t-il ajouté, visiblement bouleversé par les scènes dont il a été le témoin. « Il va falloir reloger deux millions de personnes. Les gens sont dans la rue [...] et avec leur seule bonne volonté cherchent à retrouver les cadavres sur les décombres ».

Une Haïtienne parmi les décombres Une Haïtienne parmi les décombres  Photo :  AFP/Thony Belizaire

Les correspondants de la BBC qui se trouvent sur place parlent eux aussi d'une situation où la dévastation et le désespoir ont projeté les Haïtiens dans un état de déréliction complet.

Andy Gallacher, journaliste de la chaîne britannique, s'est rendu dans un hôpital où il a été le témoin de scènes particulièrement dures. « Le parc de stationnement était jonché de cadavres. Des cadavres d'hommes, de femmes et d'enfants. Et au milieu de ces cadavres, il y avait des enfants qui dormaient », a-t-il raconté, ajoutant que l'odeur de putréfaction des corps en décomposition commençait à rendre l'air irrespirable.

Un très grand nombre de maisons et d'édifices de Port-au-Prince se sont écroulés en tout ou en partie, dont certaines constructions réputées très solides, comme le palais présidentiel, le parlement, les hôtels Montana et Christopher, la cathédrale et certaines constructions du quartier cossu de Pétionville, où vivent notamment les diplomates. Cette situation fait craindre le pire pour d'autres quartiers de la capitale, où des bidonvilles ont été construits de manière anarchique à flanc de montagne.

L'équipe de l'ONU touchée

Le siège social de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) et plusieurs autres de ses bâtiments ont aussi été partiellement détruits par le séisme. L'ONU a annoncé jeudi que 36 membres du personnel onusien sont morts dans le tremblement de terre, soit 19 militaires, 13 civils et 4 policiers.

Les Nations unies avaient fait savoir plus tôt qu'environ 150 autres membres de son personnel manquent à l'appel. Le bilan risque de s'alourdir.

Mercredi, le président René Préval a déclaré que le chef de la mission de l'ONU, le Tunisien Hedi Annabi, dont on était sans nouvelle depuis le séisme, a été tué. L'ONU, qui n'a pas confirmé son décès, a annoncé que M. Annabi doit être remplacé par le numéro deux des opérations de maintien de la paix dans le pays, Edmond Mulet. D'ici à ce que ce dernier revienne dans le pays, la mission de l'ONU dans le pays est dirigée par la Canadienne Kim Bolduc.

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