Mali: des femmes contre l'excision

Nicolas Weinberg
Radio-Canada




L'excision fait partie des quatre principales catégories de mutilations sexuelles féminines établies par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Elle concerne des millions de femmes, de jeunes filles et de fillettes dans le monde.

L'excision consiste, selon la définition de l'OMS, en une « ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou sans excision des grandes lèvres (qui entourent le vagin) », pour des raisons non médicales.

Les jeunes filles sont les plus exposées, puisque ces mutilations sont essentiellement pratiquées entre l'enfance et l'âge de 15 ans. Les conséquences sur leur santé physique et mentale sont nombreuses, et néfastes: douleur violente, choc, hémorragie, tétanos ou septicémie, rétention d'urine, ulcération génitale et lésion des tissus génitaux adjacents.

À plus long terme, l'excision peut causer des infections chroniques de la vessie et des voies urinaires, des kystes et la stérilité.

Des interventions chirurgicales ultérieures peuvent être nécessaires, « pour revenir sur la mutilation consistant à rétrécir l'ouverture vaginale afin de permettre les rapports sexuels et l'accouchement, avant de parfois la refermer ensuite par suture », explique l'OMS.

Le Mali fait partie des pays où l'excision est couramment pratiquée: on estime que 85 à 90 % des femmes sont excisées. Mais, comme dans d'autres pays, le Mali s'efforce de combattre ce fléau.

Yam Giribolo-Tumo

À côté des initiatives gouvernementales, comme le Programme national de lutte contre l'excision (PNLE), il existe aussi des initiatives citoyennes. C'est ce que le journaliste David Gutnick a découvert auprès de Yaiguere Tembely, une Malienne partie en guerre contre l'excision.

Un village dogon Une collaboratrice de YA-G-TU montre la maquette d'un bassin de femme  Photo :  David Gutnick

Yaiguere Tembely, plus connue sous le nom de Fifi, a fondé une organisation baptisée Yam Giribolo-Tumo (ou YA-G-TU), ce qui signifie « Association pour le droit des femmes » en dogon.

Fifi et ses collaboratrices parcourent le centre du Mali à moto afin de convaincre les femmes, et les hommes, d'abandonner l'excision. Elles organisent des réunions dans les villages et, à l'aide d'un bassin de femme en plâtre, démontrent pourquoi l'excision est dangereuse, en plus d'être inutile.

Mais la tâche n'est pas facile: la pratique de l'excision est le fruit de plusieurs facteurs culturels, religieux et sociaux qui continuent à structurer les communautés.

De nombreux Maliens refusent ainsi d'épouser les femmes qui n'ont pas été excisées, parce qu'ils croient qu'elles seront impures, ou trop indépendantes.

Mais, comme David Gutnick l'a constaté, le travail de Fifi sur le terrain finit par payer. Les mentalités changent, certains villages bannissent l'excision, et des « exciseuses » se laissent même convaincre d'abandonner leurs pratiques.

« Nous sommes fiers d'avoir banni l'excision dans notre village », témoigne Maimouna, qui dirige le comité des femmes du village de Kundugluglugomon. « Nous devons admettre que nos mères et nos grand-mères avaient tort. Les hommes aussi ».

David Gutnick relate cette expérience dans l'album photo commenté que nous vous proposons ci-dessous, ainsi qu'à l'émission Désautels du 30 janvier 2009, une semaine avant la Journée internationale de lutte contre les mutilations génitales féminines, organisée partout sur la planète tous les 6 février.

Pour afficher les légendes des photos, cliquez sur le mot captions, ci-dessus à droite.

Les mutilations sexuelles féminines

Les mutilations sexuelles féminines sont des interventions qui altèrent ou lèsent intentionnellement les organes génitaux externes de la femme pour des raisons non médicales.

On estime entre 100 et 140 millions le nombre de jeunes filles et de femmes dans le monde qui vivent actuellement avec les séquelles de mutilations sexuelles.

En Afrique, environ 3 millions de jeunes filles par an risquent de subir des mutilations sexuelles.

Ces pratiques ne présentent aucun avantage pour la santé des jeunes filles et des femmes.

Elles peuvent provoquer de graves hémorragies et des problèmes urinaires, et entraîner plus tard des complications potentielles lors de l'accouchement, ainsi que le décès de nouveau-nés.

Elles sont pratiquées le plus souvent sur des jeunes filles entre l'enfance et l'âge de 15 ans.

Les mutilations sexuelles féminines sont internationalement considérées comme une violation des droits des jeunes filles et des femmes.

Source: Organisation mondiale de la santé


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