Réactions aux antipodes

Stéphanie Tremblay rapporte les réactions que la mort de Saddam Hussein a suscité en Irak et ailleurs.

Le président américain George W. Bush a qualifié « d'étape importante » vers la démocratisation de l'Irak l'exécution de Saddam Hussein. Il reconnaît cependant que sa mort ne ramènera pas la paix, a-t-il précisé par voie de communiqué.

Le président américain qualifie l'exécution de Saddam Hussein « d'étape importante » vers la démocratisation de l'Irak, pendant qu'en Palestine, le Hamas parle d'un « assassinat politique ».

Quelques dizaines de pacifistes ont manifesté samedi à Times Square, au coeur de New York, pour protester contre l'exécution de Saddam Hussein, estimant qu'elle va engendrer « une escalade » dans la guerre qui ravage l'Irak. À l'inverse, des Américains d'origine irakienne établis au Michigan n'ont pas caché leur satisfaction après la mort de l'ancien dictateur.

De son côté, la Grande-Bretagne a estimé par la voix de sa ministre des Affaires étrangères, Margaret Beckett, que Saddam Hussein avait « payé » pour ses actes, mais a réitéré l'opposition de son pays au principe de la peine de mort.

Le ministre de la Défense a indiqué que les troupes britanniques stationnées dans le sud du pays étaient sur un pied d'alerte au cas ou des partisans du tyran déchu chercheraient à le venger.

Le premier ministre irakien Nouri Al-Maliki a déclaré que l'exécution de Hussein n'avait pas de motif politique, et devait servir de leçons à tous les despotes. « Justice a été rendue au nom du peuple irakien, avec l'exécution du criminel Saddam, qui rend à jamais impossible le retour de la dictature et du parti unique », a-t-il dit dans un communiqué.

irak_PM_almaliki Le premier ministre irakien Nouri Al-Maliki (archives)  Photo :  AFP/AFP

M. Al-Maliki a aussi lancé un appel à la réconciliation entre les différentes communautés de l'Irak. « Au nom du peuple irakien, j'appelle tous ceux qui ont été trompés par l'ancien régime à revoir leur position. La porte leur est toujours ouverte, tant que leurs mains ne sont pas tachées du sang des innocents, pour qu'ils participent à la construction du nouvel Irak », a poursuivi le premier ministre.

Au Kurdistan irakien, le président de cette région autonome, Massoud Barzani, a souhaité que la pendaison de Saddam Hussein marque la fin de l'utilisation de la violence contre des civils.

« Il est important que cette exécution ne soit pas un prétexte pour ne pas dévoiler l'ampleur des crimes commis lors des opérations Anfal et à Halabja, ainsi que le massacre de milliers de Kurdes et de membres de la famille Barzani », a-t-il ajouté. En 1983, les services de sécurité irakiens ont exécuté quelque 8000 membres de la tribu Barzani, puissant clan kurde. En 1988, durant la guerre Iran-Irak, l'aviation irakienne a bombardé Halabja, au nord-est du pays, tuant 5000 Kurdes et faisant 10 000 blessés.

Le gouvernement kurde espère donc que le procès des responsables se poursuivra, même si Saddam Hussein ne peut plus être visé par ces accusations. Six autres personnes, dont le cousin de Saddam Hussein, surnommé Ali le chimique, sont poursuivies pour génocide contre les Kurdes.

Brève réaction du Canada

Au Canada, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères s'est contenté de dire que le pays se joignait à d'autres pour souhaiter un avenir paisible et prospère à l'Irak, sans faire aucune référence à l'exécution de Saddam Hussein.

Plusieurs Irako-Canadiens estiment que la mort de Saddam Hussein ne change rien dans la vie des Irakiens. « La mort de Saddam Hussein ne résout pas les problèmes en Irak », croit le président de la Fédération canado-arabe, Khaled Mouammar, qui souligne que 655 000 civils irakiens sont morts depuis le début de l'invasion américaine en 2003. « La seule façon de résoudre les problèmes en Irak est de mettre fin à l'occupation américaine. »

Au Koweït, pays dont l'invasion par l'Irak a déclenché la deuxième guerre du Golfe, le ministre du Travail et des Affaires sociales a souligné que Saddam Hussein avait été condamné pour crimes contre l'humanité. « Le Koweït a beaucoup souffert aux mains du régime de Saddam », a-t-il déclaré.

En Israël, le vice-premier ministre Shimon Peres a estimé que Saddam Hussein avait causé sa propre perte et avait menacé l'État hébreu. Le vice-ministre de la Défense israélien, Ephraïm Sneh, a rappelé que l'armée irakienne avait lancé 39 missiles contre Tel-Aviv lors de la guerre du Golfe en 1991.

M. Sneh a accusé Hussein d'avoir versé de l'argent aux familles d'auteurs d'attentats-suicides en Israël durant l'Intifada. Rappelons également qu'en 1981, Israël a détruit le réacteur nucléaire irakien de Tammouz, près de Bagdad, parce qu'il soupçonnait le régime Hussein de vouloir acquérir l'arme nucléaire.

En Iran, la télévision d'État a salué la mort « d'un des pire dictateurs criminels ». Téhéran voyait Saddam Hussein comme son principal ennemi, à la suite de la guerre Iran-Irak de 1980-1988, qui a fait plus de 1 million de morts. Après l'annonce de la mort de l'ex-dictateur, des résidents de Téhéran et de Khorramshahr, ville frontalière occupée durant la guerre, ont éclaté de joie dans les rues.

De son côté, la Ligue arabe a souhaité que la mort de Saddam Hussein n'aggrave pas la situation en Irak. « L'exécution de l'ancien président irakien représente la fin tragique de l'ancien régime », a affirmé le porte-parole du secrétaire général Amr Moussa.

Opposition et réserves

Un manifestant en Inde exprime son opposition à la pendaison de Saddam Hussein Certains, comme ce manifestant en Inde, portent leur propres accusations...  Photo :  AFP/Dibyyangshu Sarkar

De Gaza, le porte-parole du mouvement islamiste palestinien Hamas, Fawzi Barhoum, a dénoncé un « assassinat politique », violant les lois internationales protégeant les « prisonniers de guerre », et commis à la suite d'un procès « injuste ». « La pendaison a eu lieu le jour de l'Aïd Al-Adha, et ceci est un message à la rue arabe: les Américains ont lancé des menaces à tous les Arabes », a ajouté M. Barhoum.

En Libye, le gouvernement a décrété trois jours de deuil national en mémoire du « prisonnier de guerre Saddam Hussein ». Selon l'agence de presse officielle Jana, les drapeaux sont en berne sur les édifices publics et les festivités prévues au calendrier de l'Aïd Al-Adha sont annulées.

L'Inde a condamné cet « événement malheureux ». Le ministre indien des Affaires étrangères a déploré que les appels de son pays pour annuler l'exécution n'aient pas été entendus. L'Inde a entretenu de bonnes relations avec l'ancien régime de Hussein.

Le Vatican a dénoncé l'exécution de Saddam Hussein, la qualifiant de « tragique » et de « motif de tristesse ». Le porte-parole du Saint-Siège, le père Federico Lombardi, a jugé que cette pendaison n'aiderait pas à réconcilier l'Irak et risquait d'accroître la violence.

La principale formation politique pro-Kurdes en Turquie, le Parti pour une société démocratique, a aussi dénoncé l'exécution, même si la population kurde d'Irak a beaucoup souffert sous Saddam Hussein. Le coprésident de la formation a précisé qu'il s'opposait à la peine de mort, abolie depuis 2002 en Turquie.

Peine de mort contestée

De son côté, la France, tout aussi opposée à la peine de mort, dit avoir « pris acte » de l'exécution de l'ancien leader irakien. Son ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a appelé les Irakiens à « regarder vers l'avenir et à travailler à la réconciliation et à l'unité nationale ».

Le ministère russe des Affaires étrangères a dit regretter que les appels à la clémence de la communauté internationale n'aient pas été entendus. Selon la Russie, l'exécution pourrait aggraver les tensions entre communautés.

Le président afghan Hamid Karzaï a critiqué le moment choisi pour cette exécution, au moment où commence la fête musulmane du sacrifice, l'Aïd Al-Adha (samedi pour les sunnites et dimanche pour les chiites). « Nous souhaitons affirmer que l'Aïd est un jour de joie et de réconciliation. Ce n'est pas un jour de vengeance », a-t-il déclaré.

L'organisation Human Rights Watch (HRW) estime pour sa part que les crimes de Saddam Hussein, aussi brutaux qu'ils aient été, ne justifiaient pas son exécution.

« On peut juger le respect des droits de l'homme par un gouvernement à la façon dont il traite ceux qui les ont le plus bafoués. L'histoire jugera sévèrement le procès profondément irrégulier de Doujaïl et cette exécution », affirme Richard Dicker, directeur du programme pour la justice internationale chez HRW.

Tant la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) que l'organisation Amnistie internationale ont déploré que cette pendaison empêche la tenue d'un procès pour juger les responsables de tous les crimes commis sous la dictature de Saddam Hussein.

« Les Américains, qui ont tiré toutes les ficelles de ce procès, ont préféré le faire juger pour un crime purement irakien, plutôt que de voir déballer dans le cadre d'un procès global toutes les complicités dont il a bénéficié », a ajouté le président d'honneur de la FIDH, Patrick Baudouin. « Beaucoup d'autres pays occidentaux, qui sont restés très silencieux, sont assez satisfaits de voir qu'on a n'a pas assisté à ce déballage. On peut penser à la France, qui a été un soutien assez constant du régime », a dit M. Baudouin.

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