Climat insurrectionnel en France

Jacques Chirac (archives)

En France, le président Jacques Chirac a annoncé dimanche un renforcement du dispositif de sécurité dans les banlieues françaises, en proie à la violence depuis le 27 octobre.

Une onzième nuit d'émeutes donne lieu à des affrontements entre des jeunes armés et des policiers, alors que le président Jacques Chirac annonce un renforcement du dispositif de sécurité.

« Aujourd'hui, la priorité absolue, c'est le rétablissement de la sécurité et de l'ordre public », a déclaré M. Chirac, au terme d'une réunion d'urgence du Conseil de la sécurité intérieure, chargé de coordonner la lutte contre la délinquance et le terrorisme.

« Le dernier mot doit revenir à la loi », a ajouté le président Chirac, qui prenait ainsi la parole pour la deuxième fois depuis le début de la crise, le 27 octobre.

Présent à cette réunion, le premier ministre Dominique de Villepin a ajouté que le dispositif de sécurité serait renforcé partout « où cela est nécessaire ». « Nous ne pouvons accepter aucune zone de non-droit », a-t-il affirmé.

Six autres ministres ont participé à la réunion: ceux de l'Intérieur (Nicolas Sarkozy), de la Défense (Michèle Alliot-Marie), des Finances (Thierry Breton), du Budget (Jean-François Copé), de la Cohésion sociale (Catherine Vautrin) et de la Justice (Pascal Clément).

Plusieurs pays, dont les États-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne et le Canada, ont recommandé à leurs ressortissants d'être prudents s'ils se trouvent en France, première destination touristique au monde.

Dimanche, sept hélicoptères munis de puissants projecteurs ont survolé les quartiers sensibles autour de Paris, où 2300 policiers ont été déployés en renfort.

Une onzième nuit d'émeutes est en cours

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De nouveaux incidents ont éclaté dimanche soir en région parisienne et en province, pour une onzième nuit consécutive. Selon un premier bilan, 731 véhicules ont été détruits et 147 personnes ont été interpellées. En outre, plus de 30 policiers ont été blessés.

Jusqu'à présent, les incidents les plus graves ont eu lieu à Grigny, dans l'Essonne. Environ 200 émeutiers, dont certains étaient armés, ont tiré sur des policiers à coups de fusils à pompe. Une dizaine d'agents ont été blessés, deux d'entre eux ont été hospitalisés.

Plusieurs bâtiments (centre social, garderie, magasin de motos, entrepôt pharmaceutique) ont été attaqués en Seine-Saint-Denis et dans les Hauts-de-Seine, de même que dans le Val-de-Marne et les Yvelines.

En régions, des incidents ont éclaté dans la banlieue de Saint-Étienne, à Nantes, Rennes, Strasbourg, Lens, Toulouse et Orléans.

Les plus graves émeutes urbaines depuis plus de 30 ans

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Les violences ont commencé le 27 octobre dans le département de Seine-Saint-Denis avant de gagner la province et le centre-ville de Paris.

La nuit de samedi à dimanche a été la plus violente. Au total, deux écoles primaires ont été incendiées, au moins 1300 véhicules ont été brûlés et 349 personnes ont été interpellées.

Depuis le début des émeutes, au moins 3300 véhicules ont été incendiés et 800 personnes arrêtées.

Les policiers sont confrontés à des « groupes préparés, structurés, armés » qui attaquent avec des pioches, des boules de pétanque, des cocktails Molotov. Les jeunes agissent par petits groupes très mobiles, qui communiquent notamment par SMS, créant ainsi une émulation entre différentes cités.

Les jeunes émeutiers viennent en général de milieux défavorisés et sont souvent d'origine maghrébine ou africaine. Même s'ils sont Français de nationalité, ils se sentent exclus de la société française en raison de leurs origines et de la couleur de leur peau.

Les appels au calme des politiciens et des leaders communautaires pour mettre un terme à la violence n'ont rien donné.

Une fatwa condamne les émeutes

L'Union des organisations islamiques de France (UOIF) a édicté dimanche une fatwa condamnant les émeutes.

Sur son site internet, l'UOIF, l'un des plus importants groupes islamiques de France, rappelle que, dans plusieurs versets du Coran, « Dieu blâme la destruction et le désordre et rejette ceux qui les accomplissent ».

« Il est formellement interdit à tout musulman recherchant la satisfaction et la grâce divine de participer à quelque action qui frappe de façon aveugle des biens privés ou publics ou qui peuvent attenter à la vie d'autrui. Contribuer à ces exactions est un acte illicite », dit le décret religieux.

« Tous musulman vivant en France, qu'il soit citoyen français ou hôte de la France est en droit de réclamer le respect scrupuleux de sa personne, de sa dignité et de ses convictions et d'agir pour plus d'égalité et de justice sociale », poursuit la fatwa.

« Mais cette action qu'elle soit entreprise de façon concertée ou spontanée ne doit en aucun cas se faire en contradiction avec les enseignements rappelés et le droit qui gère la vie commune », conclut-elle.

L'événement qui a mis le feu aux poudres

Cette flambée de violence urbaine a éclaté le 27 octobre dernier à Clichy-sous-Bois après que deux adolescents de 15 et 17 ans eurent été électrocutés alors qu'ils se croyaient poursuivis par la police.

Les deux jeunes, accompagnés d'un ami, s'étaient introduits dans des installations électriques avant d'être électrocutés par une décharge émanant d'un transformateur.

Persuadés que les adolescents étaient poursuivis par des policiers au moment de leur mort, des jeunes du quartier sont aussitôt descendus dans les rues, où ils ont incendié des voitures et saccagé les lieux.

Les émeutes ont rapidement gagné d'autres quartiers défavorisés de la banlieue parisienne dans les nuits qui ont suivi.

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