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Où est allé l'argent des Hells Angels?

Mise à jour le vendredi 7 octobre 2005 à 23 h 12
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En 2004, le mégaprocès des Hells Angels a révélé que le trafic de drogue rapportait 100 millions de dollars par année à l'organisation criminelle. Pourtant, la police n'a réussi à saisir que 11 millions lors de l'opération Printemps 2001.

La journaliste Solveig Miller et la réalisatrice Johanne Bonneau, de l'émission Zone libre enquêtes, ont voulu savoir où allait cet argent.


Extrait vidéo
Solveig Miller nous présente un résumé de son reportage
Au terme d'une enquête de près d'un an, leur reportage décrit comment des entreprises cotées en bourse peuvent servir de véhicule pour faire fructifier l'argent du crime.

En avril dernier, l'équipe a réussi à mettre la main sur un affidavit de police dans lequel on allègue que des liens étroits ont existé entre le président de GSI Technologies, Michel de Montigny, et l'organisation des Hells Angels. Elle a ensuite poursuivi son enquête auprès de multiples sources.

L'histoire commence en 1998, alors que le secteur des technologies et du multimédia est en pleine effervescence. L'entreprise GSI Technologies lance alors un ambitieux projet d'affichage multimédia.


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Michel de Montigny
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Son président, Michel de Montigny, est un homme d'affaires d'excellente réputation. Mais depuis le début des années 90 il est associé avec un investisseur, Gilles Mathieu, membre haut placé des Hell's Angels Nomads.

M. de Montigny soutient qu'il a rompu ses relations d'affaires avec Gilles Mathieu lorsqu'il a pris connaissance de ses fréquentations criminelles, en 1999. Mais une enquête policière, dont les principaux éléments se trouvent dans l'affidavit, révèle que les deux hommes ont eu des contacts fréquents jusqu'en 2001 à propos de la gestion et de l'expansion de GSI.

Selon les informations contenues dans l'affidavit, les deux hommes ont commis à plusieurs reprises des délits d'initiés. De Montigny informait Mathieu des moments les plus propices à l'achat d'actions de GSI par des Hells Angels. Des motards criminels auraient également soutenu artificiellement les cours de GSI au moment de l'éclatement de la bulle technologique.


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M. de Montigny a touché au moins un million de dollars en vendant à haut prix des actions dans lesquelles il avait investi environ 10 000 $, selon un document de la Security and Exchange Commission, le chien de garde de la bourse aux États-Unis. Il nie que le montant de ses gains ait été aussi élevé.

De leur côté, les investisseurs ont perdu des millions de dollars dans l'effondrement de GSI.

Opération séduction


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La croissance de GSI Technologies est fulgurante. L'entreprise multiplie les acquisitions de filiales, prend de l'expansion en Russie et en Europe, et sa valeur s'envole à la bourse.

Sur la promesse de gains fabuleux, le courtier Maxima Capital vend des actions de GSI à des particuliers sans leur fournir de prospectus, ce qui est illégal.


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André Boulerice
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Même le député péquiste André Boulerice est emballé par les possibilités offertes par GSI Technologies. Il recommande l'entreprise à des ministres du gouvernement du Québec et même à un député français. En s'assurant des règles éthiques auprès du jurisconsulte de l'Assemblée nationale, il accompagne même GSI dans quelques voyages à l'étranger.

GSI Technologies lui offre de quitter son poste de député pour s'occuper des relations publiques de l'entreprise. Il décline l'invitation après que quelqu'un, haut placé au niveau gouvernemental, lui eut recommandé de garder « un bras de distance » avec GSI.

M. Boulerice affirme aujourd'hui qu'il ignorait qu'un membre des Hells Angels se cachait derrière l'entreprise.

Blanchir de l'argent à la bourse

Les titres boursiers peuvent être utilisés pour blanchir l'argent du crime et le faire fructifier.

Dans le reportage, un policier enquêteur sur la criminalité fiscale, qui n'a toutefois pas fait enquête sur l'affaire GSI Technologies, explique comment le crime organisé peut se servir de la bourse. Il s'agit d'acheter une « coquille », un titre existant qui est inactif en bourse, de régulariser sa situation sur les marchés boursiers, puis d'y investir des sommes importantes pour faire gonfler sa valeur.

Mais faute de moyens, la police ne fait que très peu d'enquêtes sur ce type d'opérations.

La banque des Hells


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Le reportage fait découvrir la « banque » que les Hells Angels ont mis sur pied dans un appartement de Montréal. Des caméras cachées, installées par la police, ont enregistré des transferts massifs de billets de banque, qui servaient à financer l'importation de drogue. La police a pu saisir des disquettes qui contenaient la comptabilité secrète des motards.

À l'époque, le revenu annuel de Gilles Mathieu aurait atteint 1,7 millions de dollars. Mais lorsqu'il a été arrêté, dans le cadre de l'opération Printemps 2001, les enquêteurs n'ont saisi dans ses affaires que 13 000 $ en argent liquide et des bijoux pour une valeur de 65 000 $. Aucune accusation pour des crimes économiques n'a été portée contre lui.


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Gilles Mathieu, fondateur de GSI Technologies, lors de son arrestation, au printemps 2001.
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Aujourd'hui, Gilles Mathieu purge une peine de 20 ans de prison pour complot pour meurtre, trafic de drogue et gangstérisme.

L'enquête sur l'affaire GSI n'a pas pu faire la preuve de blanchiment d'argent. Des policiers affirment qu'elle a été interrompue parce qu'il n'y avait plus d'argent à récupérer.

Michel de Montigny, de son côté, est toujours libre. Aucune accusation n'a été portée contre lui. Après l'échec de GSI Technologies, il a enregistré un disque qu'il a produit lui-même. En août dernier, le site washingtonpost.com annonçait que Michel de Montigny était nommé pdg de l'entreprise américaine HipHopSodaShops, pour laquelle il aurait recueilli des investissements de 1 million de dollars.


Extrait vidéo
Alexandra Szacka décrit où en est Michel de Montigny aujourd'hui.
Joint au téléphone par la journaliste Alexandra Szacka, Michel de Montigny se défend d'avoir puisé dans des sources suspectes l'argent pour son investissement. Il affirme que ses contacts à Wall Street, intéressés par le concept, lui ont permis de ramasser ces fonds. Il soutient que le reportage de Zone libre enquêtes va l'obliger à démissionner.


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Solveig Miller
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Pour la journaliste Solveig Miller, bien des questions demeurent sans réponse.

« Est-ce que l'investisseur est mieux protégé aujourd'hui? Est-ce qu'il existe d'autres entreprises similaires en bourse? Est-ce que d'autres poursuites ont été abandonnées? Est-ce que socialement on accepte qu'une enquête soit abandonnée parce qu'on ne peut pas en retirer de l'argent? Ça devrait susciter un débat. »


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