Où est vendue la C Series? La réponse en carte

Regagner la confiance pour assurer l'avenir de la C Series, c'est le credo de Bombardier qui peine depuis plus de 10 ans à intéresser les grands transporteurs avec son nouvel avion, qui est pourtant l'un des plus performants. Explications.

Un texte d'Éric LaroucheTwitterCourriel

Avec la C Series, l'entreprise québécoise tente de se tailler une place dans le marché des avions de 100 à 150 places, une aventure périlleuse. 

Une compilation effectuée par Radio-Canada montre que ce sont surtout de petits transporteurs qui ont commandé le nouvel appareil, et principalement en 2014. L'an dernier, le seul nouveau client de la C Series a été flymojo, un transporteur régional que souhaite mettre en place le gouvernement malaisien. La commande était de 20 appareils.

Pour consulter cette carte sur votre appareil mobile, cliquez ici.

Air Canada et la C Series

Nouvelle encourageante cette semaine pour la relance de la C Series : la lettre d'intention d'Air Canada pour acquérir 45 appareils. C'est la plus importante commande pour cet appareil et elle vient d'un grand transporteur aérien.

L'annonce de mercredi est, selon la professeure Isabelle Dostaler, spécialiste de la gestion aéronautique à l'Université Concordia, « un excellent coup » de marketing. Bombardier est parvenue à s'entendre avec Air Canada et à faire coïncider cette première nouvelle commande d'avions de la C Series en près d'un an avec la sortie de résultats financiers « médiocres » et des pertes d'emplois, explique-t-elle.

« C'est la moindre des choses que le transporteur national adopte le nouvel avion national. » — Isabelle Dostaler, professeure à l'Université Concordia

La commande d'Air Canada aurait pu survenir plus tôt, selon Mme Dostaler.

Nouveau marché, nouveaux clients

Appareil de la C Series Appareil de la C Series (archives)  Photo :  PC/Paul Chiasson

Bombardier était déjà présente dans le segment des avions d'affaires et des avions commerciaux de petite taille. Traditionnellement, ses clients étaient surtout des gens d'affaires ou des transporteurs régionaux.

Avec la C Series, l'entreprise doit développer un tout nouveau réseau de contacts et courtiser maintenant les grands transporteurs, une mission difficile, dans laquelle Bombardier concurrence les grands, explique la spécialiste de la gestion aéronautique Isabelle Dostaler. L'entreprise québécoise a « vraiment fait peur à Boeing et à Airbus avec ce nouveau produit, ce qui est tout à l'honneur de Bombardier », ajoute-t-elle.

Mme Dostaler indique que pour contrer la C Series, Airbus offre ses avions à prix réduit aux clients potentiels de la C Series. Bombardier est donc aux prises avec une guerre de prix dans un marché à forte concurrence.

Les déboires de Bombardier s'expliquent davantage par des problèmes de marketing et de gestion, selon la professeure Dostaler.

SWISS, un premier client satisfait

Logo de Bombardier Usine montréalaise de Bombardier  Photo :  PC/Graham Hughes

Depuis les débuts de la C Series, Bombardier peut compter sur SWISS, le transporteur national suisse, qui a commandé 30 avions. Il sera le premier à recevoir des appareils et à les faire voler. Ses pilotes sont en formation à Montréal et ils ont pu tester l'un des nouveaux avions. Leurs commentaires sont très positifs, souligne Karin Müller, porte-parole de SWISS, l'avion est facile à piloter, « intuitif et très moderne ».

Le transporteur SWISS a opté pour la C Series entre autres parce que l'appareil est plus silencieux, moins énergivore et ses coûts d'entretien devraient être plus faibles. L'avantage d'être le premier client, selon Mme Müller, est de pouvoir collaborer avec le fabricant.

« Depuis les débuts, nous travaillons étroitement ensemble [...] La relation a toujours été bonne. » — Karin Müller, porte-parole de SWISS

Bombardier a une équipe à Zurich, où se trouve le siège social de SWISS, pour soutenir le transporteur qui devrait recevoir ses premiers avions de la C Series cet été.

Ce dont la C Series a besoin, selon la professeure Isabelle Dostaler, c'est « qu'un ou deux [grands transporteurs] adoptent la C Series, en vantent les mérites » pour que le reste de l'industrie les imite. D'ici là, l'opération séduction de Bombardier continue.

Une aide d'Ottawa?

Québec a dû venir à son secours en octobre dernier en injectant 1 milliard de dollars américains. Bombardier espère maintenant l'aide financière d'Ottawa. 

La restructuration de l'entreprise québécoise progresse, assure son président et chef de la direction de Bombardier, André Bellemare, en poste depuis un peu plus d'un an.

« On regagne confiance avec nos clients, avec nos investisseurs et l'investissement du gouvernement fédéral viendrait grandement aider à augmenter la confiance dans le programme de la C Series. » — Alain Bellemare, PDG de Bombardier, en entrevue à Midi info le 18 février 2016

Mais pour l'instant, le gouvernement canadien n'a rien annoncé, l'action de Bombardier reste à un creux et les commandes ne sont toujours pas au rendez-vous.

L'économie avec Gérald Fillion