Une tentative de relancer à la hausse le prix du baril accueillie avec scepticisme

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Raffinerie d'Assalouyeh en Iran Raffinerie d'Assalouyeh en Iran  Photo :  Morteza Nikoubazl / Reuters

Quatre des principaux pays producteurs de pétrole ont annoncé mardi avoir conclu un accord pour geler leur production de brut, mais à condition d'être suivis par d'autres grands exportateurs. Il s'agit là d'un point de blocage potentiel majeur avec l'Iran, puisque Téhéran entend augmenter ses pompages.

Les ministres du Pétrole d'Arabie saoudite, de Russie, du Qatar et du Venezuela ont annoncé cet accord à l'issue d'une réunion impromptue à Doha, la première organisée à un tel niveau de responsabilité depuis plusieurs mois, pour tenter de soutenir le prix du baril, tombé le mois dernier à son plus bas niveau depuis 12 ans.

Le ministre saoudien Ali Al-Naïmi a déclaré quant à lui espérer que cet accord serait adopté par d'autres producteurs, au sein de l'OPEP et en dehors. « C'est très important, nous ne voulons pas de fluctuations fortes des cours, nous voulons répondre à la demande. Nous voulons un prix du pétrole stable », a-t-il dit. Son homologue vénézuélien, Eulogio Del Pino, a précisé qu'il se rendrait mercredi à Téhéran pour des discussions avec ses homologues iranien et irakien.

L'Iran et l'Irak, qui souhaitent augmenter leur production cette année, sont considérés comme les principaux obstacles à une réduction sensible de la production globale.

Les décisions prises à Doha ont été accueillies avec scepticisme sur les marchés: alors que le Brent avait bondi à 35,55 dollars américains le baril en début de séance avec l'annonce de la réunion, il est ensuite revenu sous les 34 dollars américains, effaçant ainsi la majeure partie de ses gains. 

« Même s'ils gèlent leur production au niveau de janvier, la hausse des stocks mondiaux continuera de peser sur les prix. Donc, même si c'est une décision positive, je ne pense pas qu'elle ait un impact énorme sur l'équilibre entre offre et demande, tout simplement parce qu'on était en situation excédentaire en janvier », explique Dominic Haywood, analyste d'Energy Aspects.

L'Iran veut regagner des parts de marché

L'Iran, principal rival régional de l'Arabie saoudite, a déclaré ces derniers mois vouloir augmenter fortement sa production de brut, pour tenter de regagner les parts de marché perdues pendant les années durant lesquelles il a subi des sanctions économiques internationales, levées en janvier.

Le fait que les productions saoudienne et russe soient proches de leurs plus hauts historiques complique la mise en oeuvre d'un accord, d'autant que l'Iran dispose d'une capacité non utilisée d'au moins un million de barils par jour. « Nous pensons que d'autres producteurs doivent geler dès maintenant (leur production), y compris l'Iran et l'Irak », a dit le ministre qatari, Mohammed Al-Sada.

L'Irak, pour sa part, prévoyait initialement d'augmenter sa production, mais s'est déclaré le mois dernier prêt à la réduire à condition que cela se fasse dans le cadre d'un accord engageant tous les producteurs membres de l'OPEP et extérieurs au cartel.

La réunion de Doha s'est tenue après 18 mois de baisse des cours du brut, passés de plus de 100 dollars américains le baril mi-2014 à moins de 30 dollars américains le mois dernier.

Le Venezuela a été jusqu'à présent le pays le plus durement touché par les retombées de cette chute des prix, mais la Russie n'est plus épargnée. Les finances publiques saoudiennes sont elles aussi fragilisées, le royaume ayant subi un déficit de 98 milliards de dollars américains l'an dernier.

Malgré les débats sur la coopération entre OPEP et autres producteurs, la Russie a augmenté sa production en janvier à un nouveau record.

L'économie avec Gérald Fillion