Des concurrents profitent de la disparition de La Presse papier en semaine

Une du quotidien Le Devoir  Photo :  ICI Radio-Canada

Il y a exactement un mois, le quotidien La Presse faisait le pari d'abandonner son édition papier la semaine pour prendre le virage entièrement numérique. Il est encore trop tôt pour savoir si cette opération est une réussite, mais le papier semble manquer à beaucoup de lecteurs qui migrent vers des concurrents.

Un texte de Mathieu DionTwitterCourriel

Disparition nécessaire peut-être, mais la nostalgie demeure chez de nombreux lecteurs de La Presse, un mois après la fin de la version papier en semaine.

« Je suis un peu en deuil, admet Pierre Drouin, rencontré au Café Cherrier, à Montréal. Le matin, j'avais l'habitude de commencer ma journée avec mon café et mon journal. On a La Presse+ maintenant, mais je n'ai pas réussi à entrer dans l'objet comme tel. »

Pierre Drouin, client au Café Cherrier, regrette quelque peu la disparition de « La Presse » papier en semaine. Pierre Drouin, client au Café Cherrier, regrette quelque peu la disparition de « La Presse » papier en semaine.  Photo :  ICI Radio-Canada

Les concurrents en profitent

Il n'est pas le seul. De nombreux nostalgiques du papier se seraient tournés vers des concurrents. Le Devoir est l'un des quotidiens qui ont profité de ce vide laissé par la disparition de La Presse.

Le service à la clientèle est débordé, aux dires de la coordonnatrice des communications et de la promotion du Devoir, Geneviève O'Meara. Au mois de janvier, les abonnements au journal ont augmenté de 17 % comparativement à la même période l'an dernier.

Afin de bénéficier pleinement de ce nouveau potentiel de marché, le quotidien a multiplié les promotions sur les médias sociaux dans les dernières semaines et la distribution d'essais gratuits dans des secteurs où La Presse était populaire.

« On a fait aussi le plein chez les hôteliers, les restaurants et les compagnies aériennes. Chez les hôteliers, on parle d'une augmentation de plus de 550 %. » — Geneviève O'Meara, coordonnatrice des communications et de la promotion du Devoir

Au Journal de Montréal, on souligne également que les abonnements ont connu une hausse significative, sans donner davantage de précisions.

La Presse+  Photo :  ICI Radio-Canada

Pierre Drouin songe pour sa part à s'abonner au Devoir, un journal qu'il aime bien. Il entend toutefois continuer de lire La Presse+. « J'aime les chroniques à l'intérieur de ce journal. »

L'attachement des lecteurs serait d'ailleurs toujours au rendez-vous, selon les propos que tenait le président et éditeur de La Presse, Guy Crevier, dans l'édition du 23 janvier. Plus de 100 000 nouveaux lecteurs ont intégré le quotidien sur tablette depuis septembre, soit après l'annonce de la fin de l'édition papier du lundi au vendredi.

Une stratégie d'avenir

Alain Saulnier, spécialiste des médias et ancien directeur de l'information à Radio-Canada, estime que le grand quotidien montréalais a fait un pari audacieux, mais visionnaire.

Alain Saulnier, spécialiste des médias et ancien directeur de l'information de Radio-Canada Alain Saulnier, spécialiste des médias et ancien directeur de l'information de Radio-Canada  Photo :  ICI Radio-Canada

« C'est la stratégie, à l'heure actuelle, de tous les quotidiens à travers le monde, fait-il savoir. La Presse a vraiment pris la décision de mettre à l'écart les lecteurs adeptes du papier en espérant que quelques-uns d'entre eux fassent le passage vers le numérique. »

Et ce pari suscite beaucoup d'intérêt en Amérique du Nord et ailleurs, alors que le modèle économique du papier est de moins en moins rentable.

L'économie avec Gérald Fillion