Davos : l'écart entre riches et pauvres continue de se creuser

Associated Press
Les paradis fiscaux Les paradis fiscaux

L'élite internationale de la politique et du monde des affaires se fait presser de faire plus que de simples promesses en l'air au sujet des inégalités croissantes à travers le monde, alors qu'elle converge au Forum économique mondial de Davos, en Suisse.

Deux rapports dévoilés lundi, l'un de l'organisation de développement international Oxfam et l'autre de la firme de relations publiques Edelman, avertissent que le fossé grandissant entre les riches et les pauvres depuis la crise financière mondiale de 2008 mine les efforts entrepris depuis des décennies pour réduire la pauvreté mondiale et alimente le discours des politiciens populistes.

Selon Oxfam, le problème est particulièrement flagrant : seulement 62 personnes, dit l'organisme, possèdent la même quantité de richesses que la moitié des habitants de la planète. Cela se compare avec 388 personnes il y a tout juste cinq ans, lorsque l'économie mondiale sortait à peine de sa pire récession depuis la Seconde Guerre mondiale. Alors que la richesse de la moitié la plus pauvre de la population - plus de 3,6 milliards de personnes - a chuté de mille milliards, ou de 41 %, depuis 2010, la richesse de la « super élite » a augmenté d'environ 500 milliards de dollars américains (725 millions de dollars canadiens), indique Oxfam dans son rapport.

Bien que l'organisme reconnaisse que la question des inégalités fait désormais partie des discussions à Davos, Oxfam estime qu'il est temps pour les dirigeants de faire plus que de reconnaître le problème, surtout s'ils veulent atteindre des cibles de réduction de la pauvreté.

Les paradis fiscaux sont à la base de ce système malhonnête qui permet aux grandes entreprises et aux individus riches d'éviter de payer des impôts, a déclaré Winnie Byanyima, directrice exécutive d'Oxfam International, qui sera à Davos encore cette année. Elle demande à tous ceux présents de faire leur part pour enrayer les paradis fiscaux qui, selon elle, alimentent les inégalités économiques et empêchent des centaines de millions de personnes de sortir de la pauvreté, parce que certains refusent de payer les impôts dont la société a besoin pour fonctionner.

Oxfam croit qu'environ 7600 milliards de dollars américains (11 025 milliards de dollars canadiens) de richesses des individus se trouvent dans des paradis fiscaux, soit environ 12 % du total, et qu'environ 190 milliards de dollars américains (276 milliards de dollars canadiens) pourraient être rendus disponibles pour des initiatives de réduction de la pauvreté si des impôts étaient payés sur ces sommes. Selon Edelman, les inégalités dans la société motivent déjà le changement politique et pourraient représenter un frein au potentiel économique.

Dans le cadre de son sondage annuel sur les niveaux de confiance dans le monde, la firme a relevé le plus grand fossé de points de vue entre les gens très instruits et ceux ayant moins d'instruction, induit par une disparité de revenus. Elle a trouvé que les niveaux généraux de confiance envers les institutions gouvernementales, les entreprises, les médias et les organisations non gouvernementales, par les gens ayant au moins un diplôme collégial de par le monde, a augmenté de quatre points de pourcentage pour se situer à 60 %, son plus haut niveau depuis 16 ans, soit depuis que ce sondage est mené. Pour le public général, la confiance a augmenté de deux points de pourcentage, à 48 %.

Edelman note que le pays ayant la plus grande disparité de confiance est les États-Unis, suivi du Royaume-Uni et de la France. Le sondage a été mené en ligne auprès de plus de 33 000 personnes dans 28 pays, entre le 13 octobre et le 16 novembre 2015.

« Nous observons dorénavant une inégalité de confiance partout dans le monde, a déclaré Richard Edelman, président-directeur général de la firme Edelman. Cela entraîne une série de conséquences potentielles incluant la montée des politiciens populistes - comme Donald Trump aux États-Unis ou Marine Le Pen en France -, le rejet de l'innovation et une montée du protectionnisme.

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