Fin des garderies à 7 $ : l'économiste Pierre Fortin craint le retour des femmes à la maison

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Enfants dans une garderie Enfants dans une garderie  Photo :  iStock

L'économiste Pierre Fortin dénonce la réforme des tarifs de garderies lancée par le gouvernement libéral de Philippe Couillard. Selon lui, cette mesure pourrait ramener beaucoup de femmes à la maison ou en convaincre certaines de ne pas se lancer sur le marché du travail.

Il affirme que la bonification de la Prestation universelle pour enfants par le gouvernement fédéral vient accentuer cette possibilité.

Selon lui, c'est l'autonomie financière des femmes qui est en jeu, en raison du nombre élevé de couples qui se séparent.

« C'est dangereux, parce que d'ici sept ans, leur mec va foutre le camp de la maison et si ces femmes-là n'ont pas de travail, elles vont être prises à l'aide sociale. » — Pierre Fortin

Selon M. Fortin, une des beautés du programme de garderies à 7 $ est qu'il a contribué à faire chuter le nombre de familles monoparentales vivant de l'aide sociale, qui est passé de 100 000 à 40 000 en 15 ans. « Si on freine l'entrée des femmes dans la population active, je ne pense pas qu'on va dans la bonne direction », lance-t-il.

L'économiste a publié il y a quelques annnées, avec Luc Godbout, une étude affirmant que les garderies à tarif réduit avaient permis à 70 000 femmes d'accéder au marché du travail en une seule année, 2008. Un atout à la fois pour l'économie, par une augmentation du PIB, et pour le gouvernement, en termes de rentrées fiscales, estimaient alors les auteurs.

Pierre Fortin s'inquiète également des conséquences de la hausse du tarif des garderies pour les jeunes familles.

« On s'adresse aux jeunes familles qui sont des gens qui, pour la plupart, ont des diplômes collégiaux ou universitaires, qui ne sont pas en chômage, ils ne sont pas sur l'aide sociale, ils sont jeunes, donc ils sont en santé, ils n'ont pas la santé gratuite, leurs enfants ne vont pas encore à l'école publique, donc ils ne reçoivent aucun service public, sauf les garderies à 7 $. Ce sont des gens qui paient des taxes, des taxes et des taxes et qui ne reçoivent pas d'autres services publics. » — L'économiste Pierre Fortin
Danger de récession - Entrevue avec Pierre Fortin

Pierre Fortin croit que le gouvernement a raison de vouloir revenir à l'équilibre budgétaire, mais il estime qu'il va s'éloigner de son objectif s'il va trop vite. Il craint même de voir le Québec plonger en récession.

Le taux d'activité des femmes est passé de 63 % à 75 %, de 1997 à 2011, soit depuis la création du réseau de places à contribution réduite.

La ministre de la Famille, Francine Charbonneau, a avoué vendredi que le gouvernement n'a pas évalué l'impact de la hausse du tarif des garderies sur la place occupée par les femmes sur le marché du travail.

La ministre a dit qu'elle corrigerait le tir et solliciterait l'avis du Conseil du statut de la femme à ce propos.

Mais rien n'indique qu'un avis du CSF confirmant un tel impact sur le taux d'emploi des femmes pourrait amener le gouvernement à revoir sa décision de hausser le tarif des garderies à 7,30 $ et de le moduler en fonction du revenu familial, jusqu'à un maximum de 20 $ par jour.

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L'économie avec Gérald Fillion