Décès de Paul Desmarais : « Sa Jacqueline, c'était sacré », se remémore son conseiller Gilles Loiselle 

Gilles Loiselle a été le conseiller spécial de Paul Desmarais en matière d'affaires internationales pendant 20 ans. Gilles Loiselle a été le conseiller spécial de Paul Desmarais en matière d'affaires internationales pendant 20 ans.

Quand il parle de Paul Desmarais, Gilles Loiselle utilise le présent de l'indicatif, comme si son patron était encore en vie. Celui qui fut le conseiller spécial de Paul Desmarais en matière d'affaires internationales pendant 20 ans qualifie d'immense perte le départ de l'homme d'affaires. « C'est un ami, au-delà d'être un magnifique patron », affirme-t-il. 

Gilles Loiselle a connu Paul Desmarais il y a 60 ans, alors qu'il poursuivait ses études auprès des Jésuites à Sudbury et qu'il avait vendu une page de publicité dans un journal à l'homme d'affaires pour la somme de 9 dollars. « Ce fut notre premier contact », se remémore Gilles Loiselle, qui a par la suite croisé Paul Desmarais au fil de ses voyages. Administrateur, diplomate, fonctionnaire principal, journaliste, Gilles Loiselle a été pendant quelques mois le ministre des Finances de Brian Mulroney, en 1993, après avoir été élu comme député dans Langelier, en 1988.

« Quand la politique m'a quitté... commence Gilles Loiselle en évoquant sa défaite aux élections fédérales en 1993, Paul Desmarais m'a dit : " essaie pendant six mois" ». L'essai en question consistait à devenir le conseiller de Paul Desmarais, un mandat que Gilles Loiselle a finalement conservé jusqu'à la fin de la vie de son patron. 

De Paul Desmarais, Gilles Loiselle retient avant tout son sens aigu de la famille, son attachement à ses enfants et son amour pour son épouse, Jacqueline. « Sa fameuse Jacqueline! Belle et pétillante blonde de sa jeunesse, qui est devenue sa femme et qui l'a beaucoup aidé, raconte Gilles Loiselle. M. Desmarais était un homme un peu timide, audacieux, mais réservé. Jacqueline organisait sans cesse des réceptions et des diners pour lui faire rencontrer des gens d'affaires et ça l'a beaucoup aidé dans sa carrière. Elle était toujours là quand il y avait une décision à prendre. Et, pour lui, Jacqueline, c'était sacré ».

Il avait son rêve : Sagard

Le domaine de Paul et de Jacqueline Desmarais dans Charlevoix, Sagard, a d'abord été un projet pour lequel Paul Desmarais, architecte à ses heures, avait conçu les plans sur une période couvrant vingt années. Gilles Loiselle se souvient que Paul Desmarais et sa femme en parlaient comme « The house on the hill, la maison sur la colline ».

« Quand j'aurai de l'argent... », se promettait Paul Desmarais en parlant de ce rêve à Gilles Loiselle qui a vu naître ce projet et qui se souvient que Paul Desmarais « avait hésité quand il y a eu des moments politiques plus difficiles ».

Gilles Loiselle s'y est rendu maintes fois par la suite pour y travailler et pour rendre visite à son ami. Il en parle comme d'une maison superbe, ornée de tissus de qualité et d'une bibliothèque qui est, selon lui, la pièce la plus impressionnante de tout le domaine. Car, Paul Desmarais passait des nuits entières à lire, selon Gilles Loiselle qui louange sa grande culture et son attirance pour les Lettres : « Il a des amis de l'Académie française, des écrivains. Il aime beaucoup le milieu artistique », explique le conseiller qui souligne à quel point, dans cet univers, les affaires restaient présentes.

Le domaine de Charlevoix, tout comme la maison en Floride, dont les plans ont été esquissés de la main de Paul Desmarais également, étaient de hauts lieux de négociations d'affaires, d'après Gilles Loiselle qui en parle en ces termes : « Il y reçoit des gens, il les rencontre, c'est un homme qui tient à être informé. Il était très curieux et mon rôle consistait justement à le conseiller : les biographies, l'évolution des présidences dans certaines compagnies etc. Il a fait réformer un comité multidisciplinaire de chefs d'entreprises et il a échangé avec eux parce que c'était un homme de vision. Il fallait qu'il voit très loin ».

L'ex-ministre conservateur parle de l'analyse « fulgurante » dont M. Desmarais était capable lorsqu'il se penchait sur des dossiers, des transactions, des acquisitions.

« Il pouvait immédiatement déceler faiblesses et opportunités, tout de suite il voyait cela. Un génie des affaires et un homme d'une simplicité désarmante et gentille. Plein d'humour. » — Gilles Loiselle, qui a côtoyé Paul Desmarais sur une période de 60 ans et qui fut pendant les vingt dernières années le conseiller spécial de ce dernier 

Patron exigeant, M. Desmarais voulait que les choses arrivent à temps, tout en sachant faire preuve de tolérance, explique Gilles Loiselle qui insiste aussi sur la capacité qu'avait son patron de s'intéresser aux gens d'une manière attentionnée.

« Je venais de me casser l'épaule sur la glace et lui venait d'être opéré pour le cœur, se souvient M. Loiselle. Quand il est revenu, je pensais qu'il avait failli mourir. Or, la première chose qu'il m'a dite c'est : " comment va ton épaule ? "... »

Parmi les anecdotes qu'il livre avec retenue sur son ami, la plus amusante reste celle concernant ce chalet que Gilles Loiselle songeait à se faire construire, et pour lequel Paul Desmarais avait offert de dessiner les plans. « Non, non, a protesté M. Loiselle avec humour. Vous allez me mettre des ascenseurs là-dedans, laissez faire! »