Le cas de Manawan illustre les défis budgétaires de communautés autochtones

Le reportage de Jean-Philippe Robillard

À Manawan, au nord de Saint-Michel-des-Saints, les difficultés financières sont telles que le Conseil de bande songe ni plus ni moins à remettre la gestion de la communauté au ministère des Affaires indiennes du Canada, affirme le chef de bande, Paul-Émile Ottawa.

À l'heure où beaucoup de communautés autochtones réclament plus d'autonomie, dans la foulée du mouvement Idle No More, le questionnement qui a cours à Manawan peut paraître surprenant.

Mais la situation de cette communauté attikamek au nord de Saint-Michel-des-Saints n'est pas unique; au Québec, les conseils de bande qui ont des problèmes financiers ont pour près de 50 millions de dollars de déficits accumulés. Ottawa a placé sous surveillance 16 communautés au Québec, en raison de leur situation financière jugée à risque. Au total, au Canada, ce sont 157 communautés amérindiennes qui font l'objet d'une pareille surveillance.

Manawan, pour sa part, est aux prises avec un déficit accumulé de 1,3 million de dollars.

Les difficultés financières de cette communauté sont telles que le gouvernement fédéral supervise maintenant la gestion financière de la réserve. Au sein de la communauté, des voix s'élèvent pour dénoncer le manque de financement du gouvernement fédéral.

En 2012, Manawan a reçu 33 millions de dollars en fonds publics pour subvenir aux besoins de ses 2000 habitants, en éducation et en santé notamment. Pourtant le Conseil de bande a manqué d'argent et a terminé l'année dans le rouge.

Paul-Émile Ottawa dirige le conseil de bande de Manawan. Paul-Émile Ottawa dirige le conseil de bande de Manawan.

Le chef de Manawan, Paul-Émile Ottawa, déplore qu'au sein de la réserve, personne ne dispose de la formation requise pour gérer des sommes de cette importance. « On n'a pas de jeunes qui étudient pour être comptable agréé. Nos gens, pour la plupart, sont des techniciens qui ont des DEC en techniques administratives. »

L'éloignement de la réserve, nichée en pleine forêt à 250 kilomètres au nord de Montréal, explique en partie pourquoi les Attikameks de Manawan ont du mal à recruter du personnel qualifié. De l'avis de Jacques Giroux du ministère fédéral des Affaires autochtones, ce problème, présent dans nombre de communautés, augmente les risques de mauvaise gestion.

À Manawan, certains résidents remettent en question la façon dont leur communauté est gérée. « D'année en année, le conseil est souvent déficitaire et on ne comprend pas pourquoi », affirme Patrick Ottawa.

Le chef, Paul-Émile Ottawa, réplique à ces critiques en soulignant que le conseil de bande doit composer avec trois millions en mauvaises créances, des loyers impayés, plus précisément.

Et, pour le chef de Manawan, cette situation s'explique notamment par le fait que les mentalités, au sein de la communauté, n'ont pas suffisamment évolué. Certains membres de la réserve entretiennent trop d'attentes envers le gouvernement canadien, selon le Paul-Émile Ottawa. « Ils pensent encore parce que le Canada nous a volé notre territoire, que le Canada doit tout nous donner, tout nous fournir. Ce n'est pas vrai ».

Paul-Émile Ottawa précise de plus que de nombreux emprunts ont été consentis par la SCHL pour la construction de maisons à Manawan. « Il y a encore du monde qui a eu une maison il y a 30 ans et qui n'a jamais payé un cent de loyer », dénonce-t-il.

D'après un reportage de Jean-Philippe Robillard

L'économie avec Gérald Fillion

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