F-35 : les bénéfices pour l'industrie aérospatiale canadienne s'amenuisent

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Parmi l'avalanche de chiffres, de statistiques, d'estimations et d'assurances politiques qui seront dévoilés cette semaine relativement au controversé programme de chasseurs furtifs du gouvernement conservateur, un rapport mettra en garde contre la réduction graduelle des retombées pour le secteur aérospatial canadien.

Cela pourrait d'ailleurs s'avérer plus dommageable, à long terme, pour le gouvernement conservateur que le vif débat sur les coûts exorbitants du chasseur multifonctionnel, affirment certains experts.

Selon Winslow Wheeler, expert américain de l'aviation et détracteur de longue date du F-35, le gouvernement a promis mer et monde, mais le résultat sera bien différent.

Lorsque le gouvernement Harper a annoncé en 2010 son intention d'acheter le F-35 Lightning II de Lockheed Martin, des ministres ont aussitôt vanté les bénéfices que pourrait en tirer l'industrie aérospatiale canadienne.

Les données de l'armée de l'air, largement basées sur des informations fournies par le manufacturier américain, laissaient croire que l'industrie canadienne pourrait obtenir jusqu'à 12 milliards de dollars américains en contrats de fabrication ou de pièces pendant la durée de vie du projet.

Or, Industrie Canada a déjà discrètement abaissé ces prévisions à 9,85 milliards de dollars américains au printemps dernier, à la suite d'un rapport lapidaire du vérificateur général sur la gestion du programme.

Selon des sources gouvernementales, une nouvelle analyse des bénéfices, qui doit être dévoilée cette semaine, réduit encore ces prévisions de retombées canadiennes à environ 9 milliards de dollars américains, en raison de la concurrence des autres pays partenaires du programme dont la participation au développement de l'avion de combat leur a valu un accès préférentiel à la chaîne d'approvisionnement de Lockheed Martin.

Différents avions de chasse

Le projet du F-35 est différent du mode de fonctionnement traditionnel, où l'entreprise gagnant l'appel d'offres doit dépenser l'équivalent de la valeur du contrat au Canada, soit via des filiales, ou en stimulant l'emploi dans un autre secteur de l'économie.

Le système établi pour le F-35 met plutôt les pays ayant participé au développement en compétition en leur donnant la chance de participer à l'ensemble des appels d'offres, mais ce sans garantie.

Jusqu'à maintenant, 70 entreprises canadiennes ont décroché des contrats de plus de 435 millions de dollars américains pour le développement et la production initiale du chasseur.

Selon le colonel de l'armée de l'air à la retraite Paul Maillet, obtenir seulement 9 milliards de dollars américains de retombées sur des dépenses de plus de 40 milliards en fonds publics pourrait revenir hanter le gouvernement.

« La façon dont ont été structurés les bénéfices industriels n'est pas à notre avantage », a-t-il déclaré.

« Je crois que la majorité des bénéfices reviendront aux États-Unis. Ils amasseront le magot dans cette affaire. »

Aux Communes, après des jours de fuites et de spéculations, les deux principaux partis d'opposition ont talonné les conservateurs à propos de leurs engagements passés en matière d'avantages économiques pour le Canada si Ottawa allait de l'avant avec l'achat des chasseurs.

Thomas Mulcair, le chef du Nouveau Parti démocratique, a réclamé le lancement d'un véritable appel d'offres ouvert pour le remplacement des actuels CF-18 vieillissants.

La réplique de Stephen Harper ne s'est pas fait attendre.

« Dans le développement des F-35, le Canada fait partie d'un consortium international dans lequel nous sommes en compétition pour divers contrats. Quelque 60 contrats ont été signés sur lesquels travaillent des compagnies canadiennes, la majorité la Ville de Montréal. Si le leader du NPD ne croit pas que ça rapporte des dollars aux gens de Montréal, il peut aller rencontrer ces travailleurs et leur dire. »

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L'économie avec Gérald Fillion

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