Rapport accablant

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Caisse de dépôt et placement du Québec Caisse de dépôt et placement du Québec  Photo :  PC/Ryan Remiorz

« Inefficace » et en « retard par rapport aux pratiques du marché » : voilà comment un rapport de la firme PricewaterhouseCoopers a qualifié en mai 2008 la gestion du risque de la Caisse de dépôt et placement durant l'année précédente, alors qu'éclatait la crise du papier commercial.

La gestion du risque à la Caisse de dépôt était « inefficace » et accusait un « retard par rapport aux pratiques du marché » lors de la crise du papier commercial en 2007, selon un rapport tenu secret. Les retraités demandent des comptes.

Le rapport, tenu secret jusqu'à ce que la Presse canadienne l'obtienne, révèle que la complexité grandissante des instruments de placements en 2007 a placé le groupe de gestion des risques de la Caisse dans une position telle qu'il était constamment dépassé.

Les délais entre la mesure d'un risque et sa communication aux personnes concernées pouvaient atteindre sept semaines.

La trop grande autonomie des équipes de placements, l'importance de l'accent porté à l'atteinte de résultats et des méthodes d'évaluation non conformes aux pratiques du secteur financier ont « inhibé » l'implantation d'une bonne culture de gestion des risques, selon PricewaterhouseCoopers.

Au final, ce n'est qu'un « faible nombre d'opérations » qui ont été refusées en raison de « lacunes » dans le processus d'examen interne.

Des problèmes liés à la qualité des données reçues et l'importante rotation du personnel, dont plusieurs membres étaient surqualifiés, ont également nui à l'efficacité de l'unité de gestion du risque, peut-on lire dans le rapport.

Le rapport vient d'être remis à une commission parlementaire de l'Assemblée nationale, qui en avait fait la demande en mai.

Un manque d'empressement et de transparence

L'Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic voit dans le retard de la diffusion de ce rapport un manque de transparence. Elle continue de réclamer la tenue d'une commission d'enquête relativement aux pertes de la Caisse en 2008, des pertes chiffrées à 40 milliards de dollars.

Le ministre québécois des Finances, Raymond Bachand, affirme qu'il n'a pris connaissance du rapport que récemment. Selon lui, il s'agit d'un rapport interne à la Caisse et que le gouvernement n'a pas à s'y ingérer. M. Bachand a, du coup, réitéré sa confiance dans la gouvernance du bas de laine des Québécois.

« C'est clair qu'il y a eu des déficiences à la Caisse de dépôt. On ne se le cache pas. Et c'est pour ça qu'il y a un nouveau conseil d'administration, une nouvelle direction et [...] un renforcement important de la gestion de la gestion des risques. » — Raymond Bachand, ministre des Finances

Le député péquiste Jean-Martin Aussant a quant à lui déploré les retards dans l'application des recommandations du rapport de PricewaterhouseCoopers. Évaluant à 10 milliards de dollars les pertes qui ne sont pas attribuables aux pertes du marché, M. Aussant estime que le rapport « ne semble pas avoir été appliqué avec empressement ».

Un porte-parole de la Caisse, Maxime Chagnon, a affirmé que les recommandations du rapport ont été appliquées en neuf mois. La mise en place de la nouvelle politique de gestion du risque a donc été complétée avec une avance de plus de deux ans par rapport aux délais suggérés par PricewaterhouseCoopers, a expliqué M. Chagon.

Rappelons que la Caisse a perdu plus de 5 milliards de dollars à cause de ses investissements massifs dans le papier commercial adossé à des actifs (PCAA), un titre à court terme qui s'est écroulé pendant la crise hypothécaire américaine.

L'économie avec Gérald Fillion

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