Un film au goût amer, selon l'entreprise

Affiche publicitaire de Coca-Cola en Inde. Affiche publicitaire de Coca-Cola en Inde.  Photo :  AFP/ROB ELLIOTT

Coca-Cola envoie un avertissement aux promoteurs du documentaire L'affaire Coca-Cola. Dans une mise en demeure adressée au collectif Cinéma Politica, la compagnie affirme que le film contient des propos diffamatoires et qu'il viole des ententes de confidentialité.

Un film documentaire de German Gutierrez et Carmen Garcia sur Coca-Cola et le droit du travail en Amérique du Sud suscite la grogne de la multinationale.

Co-produit par Argus Films et l'Office national du film, L'Affaire Coca-Cola sort officiellement en salle le 26 février au Cinéma Parallèle à Montréal, mais il a déjà été projeté dans plusieurs universités aux États-Unis et en Amérique du Sud, ainsi que dans plusieurs festivals.

Le documentaire réalisé par Carmen Garcia et German Gutierrez suit l'action de deux avocats américains qui tentent de prouver la complicité de la compagnie Coca-Cola dans le meurtre de chefs syndicaux d'une usine d'embouteillage de Colombie.

Le Festival international du film des droits de l'homme de Paris, où le documentaire doit être présenté en ouverture le 10 mars prochain, a aussi reçu une mise en demeure.

Ezra Winton, directeur du collectif Cinema Politica, qui distribue le film dans les campus d'Amérique du Nord, a l'intention de passer outre l'avertissement de Coca-Cola et de maintenir la tournée canadienne du film lancée lundi à l'Université Concordia. Selon lui, il s'agit de tactiques d'intimidation.

Le distributeur du film pour le Québec, Louis Dussault de K-Films Amérique, estime que les auteurs ont fait un travail qui mérite d'être porté à la connaissance du public: « C'est un film qui a pris plusieurs mois de recherche... ça reste une opinion ce n'est pas une enquête journalistique, ils ne sont pas tenus à la soi-disant objectivité journalistique, c'est un film comme ceux que fait Michael Moore... si Coca-Cola conteste ça, ils n'ont qu'à faire un film eux-mêmes pour contrecarrer cette opinion-là, mais pas empêcher la diffusion du film, on n'est pas en Colombie ici, ni dans l'ex-Union soviétique, on est en démocratie... »

Coca-Cola se défend

Dans un courriel envoyé à Radio-Canada, la porte-parole de Coca-Cola indique que « les allégations non fondées du documentaire ont été étudiées par plusieurs tribunaux en Colombie et aux États-Unis, ainsi que par l'Organisation internationale du travail et des firmes d'avocats indépendantes, tous ont conclu que les employés de la compagnie d'embouteillage de Coca-Cola en Colombie jouissent de relations normales avec plusieurs syndicats et bénéficient de conditions de travail sécuritaires ».

La coréalisatrice Carmen Garcia ne s'attendait pas à la réaction de Coca-Cola. « On a l'impression d'avoir été de très bons élèves, on a fait une recherche très sérieuse, une fois que le film a été monté, on a eu des discussions avec les avocats de l'ONF, qui ont vu le film plusieurs fois... tout le monde était d'accord pour dire qu'il n'y avait pas matière à diffamation. Tout ce qui est dit dans le film était du domaine public, avait déjà été révélé d'une façon ou d'une autre. »

L'Office national du film, distributeur du film pour le Canada hors Québec et pour l'étranger, n'a pas voulu commenter.

Un texte de Colette Mersy

L'économie avec Gérald Fillion