Les pires résultats de son histoire

Radio-Canada avec La Presse Canadienne
Gérald Fillion s'entretient avec le président de la Caisse Fernand Perreault (entrevue exclusive).

La Caisse de dépôt et placement dévoile une perte globale de 39,8 milliards de dollars en 2008, attribuable essentiellement aux fluctuations du dollar canadien et à l'importante détention de papiers commerciaux.

La Caisse de dépôt et placement du Québec dévoile une perte globale de 25 % en 2008, soit 39,8 milliards de dollars, sa pire performance en 43 ans d'existence.

L'actuel président et chef de la direction de la Caisse, Fernand Perreault, a expliqué en conférence de presse, mercredi, que la CDPQ a été victime d'une crise qui a vu le marché se disloquer, rendant inefficaces les stratégies de diversifications mises en place par les gestionnaires.

Pour M. Perreault, la contre-performance de la CDPQ, qui a eu un rendement négatif de 25 % alors que les autres fonds canadiens ont fondu en moyenne d'un peu plus de 18 %, s'explique par l'accumulation trop grande de papiers commerciaux et par la politique de protection contre le risque de change.

L'aventure des papiers commerciaux adossés à des actifs, les fameux PCAA, d'ailleurs qualifiée d'erreur par le président de la Caisse, est responsable à elle seule d'une grande partie de la perte dévoilée mercredi. Les pertes en papier commercial se sont élevées à 12,8 milliards de dollars en 2008.

M. Perreault impute aussi les malheurs de la Caisse aux coûts faramineux engendrés par sa politique de protection contre les risques de change.

Cette politique, mise en branle à la Caisse depuis des années, vise essentiellement à protéger les investissements des fluctuations des devises. Habituellement, l'effet de cette couverture sur le rendement est pratiquement nul, voire légèrement positif, mais il semblerait que la forte baisse du dollar canadien en seulement un mois, à l'automne, a fait exploser les coûts.

La CDPQ soutient que la seule chute du dollar a fait bondir de 11,3 milliards de dollars la valeur de ses investissements étrangers, une fois convertis en devise canadienne. Cette hausse a entraîné un coût de couverture record de 8,9 milliards de dollars qui explique, selon M. Perreault, une bonne partie de l'écart avec les autres grandes caisses de retraite.

Ainsi, si la CDPQ gérait un avoir net de 155,4 milliards de dollars au début de l'année 2008, il n'en restait plus, en décembre dernier, que 120,1 milliards, en incluant les dépôts nets de 4,6 milliards réalisés en cours d'exercice.

Fernand Perreault n'exclut pas que ces résultats se traduisent éventuellement par des mises à pied. Dans la foulée de la crise financière, l'institution procède à une révision de ses structures « qui va peut-être se manifester à un moment donné par des mises à pied ». Il a par ailleurs annoncé qu'aucun dirigeant ou employé ne toucherait de prime pour 2008.

Évaluer la performance de la Caisse: mise en contexte

Tableau CDPQ, rendement

Pour mesurer l'ampleur des pertes de la CDPQ, il est essentiel de mettre les résultats en perspective.

Pour la plupart des analystes, l'évaluation du rendement d'un portefeuille s'effectue notamment en vérifiant où le portefeuille en question se situe par rapport à ses pairs.

Et, à ce chapitre, avant l'année catastrophique que vient de vivre la CDPQ, il convient de préciser que les gestionnaires de la plus grande caisse de retraite du pays s'étaient très bien tirés d'affaire, la CDPQ s'étant toujours placée lors des cinq dernières années dans le quintile supérieur en termes de rendement.

De plus, les experts désireux de jauger un portefeuille vont systématiquement l'étudier par catégorie de placement, question de prendre la mesure de chacune de ses composantes par rapport à un indice composé de manière similaire.

Ainsi, une perte de 15 % dans la catégorie des placements boursiers américains pourra être considérée comme une bonne performance si la perte enregistrée par l'indice de référence se situe, par exemple, à 25 %.

Cependant, avec une perte de 26 %, alors que le rendement de l'indice de référence global se situe en 2008 à environ -18 %, il est clair que la Caisse a réalisé une performance loin d'être bonne.

Surtout en sachant qu'au cours des 15 dernières années, comme nous l'apprenait récemment une analyse faite par La Presse Affaires, la Caisse a, sauf en de rares exceptions, toujours suivi la performance de l'indice de référence global, à un dixième de point de pourcentage près.

Et les autres fonds, eux?

Selon la firme RBC Dexia, les autres régimes de retraite canadiens ont perdu en moyenne 15,9 % au cours de l'année éprouvante qu'a été 2008, ce qui place décidément la Caisse très loin du peloton de tête dans lequel se trouve, entre autres, le Régime de retraite des employés municipaux de l'Ontario (OMERS).

Les gestionnaires d'OMERS, rappelons-le, ont dévoilé lundi une perte globale de 15,3 % en 2008, soit environ 8 des quelque 52 milliards de dollars que gérait le fonds l'an dernier.