365 Jours 365 Photos - Mario Cyr

Mario Cyr, l’explorateur madelinot des fonds polaires
Article rédigé par Antoine Aubert

Depuis ses débuts comme vidéaste sous-marin, un jour de 1984 aux Îles-de-la-Madeleine, Mario Cyr est devenu l’un des rois des eaux glaciales, d’un pôle à l’autre. Assez peu connu ici, son talent pour filmer les mammifères marins est reconnu dans le monde entier. Sa notoriété québécoise devrait progresser grâce à sa prochaine collaboration avec Julie Snyder et à un projet photo ambitieux.

On en viendrait presque à jalouser son premier petit-enfant, qui doit naître au courant du mois d’août. Avec ses milliers de plongées, caméra dans les mains, Mario Cyr est remonté à la surface avec plus d’anecdotes incroyables à raconter le soir, au bord du lit, que n’en contient n’importe quel livre d’Andersen ou de Perrault. On les imagine :

- Papy, raconte-nous la fois où tu es descendu nager avec les morses en Arctique.
- Ah oui! En 1991, personne d’autre ne l’avait fait avant. D’ailleurs, les Inuits avaient peur pour moi, ils disaient que je ne devais pas y aller, que c’était trop dangereux, mais j’y suis allé quand même pour prendre de belles images.

Cette première mondiale, réalisée à l’occasion d’une commande de National Geographic, a marqué un tournant dans sa carrière. Jusqu’alors, le père de trois enfants obtenait seulement un ou deux contrats par an, pas de quoi quitter son travail de plongeur commercial pour le natif de Grande-Entrée (dont il a été le maire de 1993 à 1997). La soudure et le découpage passaient encore avant les baleines centenaires et autres bélugas qui, raconte-t-il en entrevue, « jacassent tout le temps ».

Une meilleure interaction avec les gros animaux

Quand le téléphone s’est mis à sonner davantage et que les engagements se sont enchaînés, le Madelinot a pu se consacrer à ces « gros animaux » qui mettent des étoiles dans ses yeux bleus. Pourquoi eux? « Il y a une meilleure interaction : ils sont d’une intelligence incroyable. Je ne dirais pas qu’il y a une communication, mais on sent qu’il y a des ondes qui passent, comme s’ils voulaient nous léguer quelque chose, nous donner des informations. »

S’il leur parle, voire les flatte - «Je veux montrer comment t’es belle», leur dit-il parfois - pour tenter de faire comprendre son intention, quelques malentendus surviennent parfois. Cela lui a même valu une épaule sérieusement amochée quand « une mamie morse n’a pas aimé qu’on soit trop proche d’une maman et de son petit ». Pas étonnant qu’il considère aujourd’hui encore l’animal aux longues dents comme le plus dangereux de tous ceux qu’ils côtoient. Oui, même davantage que les requins blancs.

Pour autant, et même s’il dit faire toujours preuve de la plus grande prudence, l’homme de 57 ans ne semble guère impressionnable. Il détaille avec le sourire comment il a failli mourir intoxiqué à cause d’une valve gelée lors d’une plongée dans l’Arctique en 2008. « Tous les éléments faisaient que j’aurais dû y rester, mais ce n’était pas mon heure. Je n’ai pas eu de traumatisme, car j’avais perdu connaissance. Par contre, j’ai sûrement perdu quelques cellules grises. »

Il aime aussi raconter comme il se fait passer pour un phoque pour mieux approcher les ours polaires. Il prend le risque que ceux-ci le considèrent comme un casse-croûte délicieux, ce qui arrive dans 20 % des cas. Il lui faut alors se diriger très vite vers le fond de l’eau pour leur échapper.

Sa première plongée avec les plantigrades en 2009 constituait, là encore, une expérience jamais réalisée. Ce travail pour le film Ice Bear 3D a valu à l’équipe une nomination aux prix Emmy en 2013. Un autre documentaire animalier sur lequel il a travaillé, Walrus: Toothed Titans, a été récompensé d’une Palme d’or à Antibes, en France, en 2001.

1984: tout commence avec des Californiens trop frileux

Pourtant, cette prestigieuse carrière a tenu à peu de choses. Pour qu’il l’entreprenne, il a fallu des vidéastes californiens trop frileux, en 1984, incapables de rester plus de quelques minutes dans les eaux tout sauf chaudes du golfe du Saint-Laurent, où Mario Cyr servait de guide pour arrondir ses fins de mois.

Lui qui y plongeait depuis l’âge de 16 ans n’a eu besoin que de se faire expliquer le fonctionnement de la caméra. C’est alors qu’il a eu ce qu’il désigne comme une première « piqûre ». Ce moment ne serait demeuré qu’une simple anecdote si, un an plus tard, la même équipe n’avait pas de nouveau fait appel au jeune homme pour un voyage sous la glace en Alaska. Là, les rencontres nocturnes avec les baleines, les épaulards ou les méduses ont tout changé pour l’admirateur du commandant Cousteau, à qui certains aujourd’hui le comparent.

Voilà comment « l’homme des glaces », comme l’a surnommé le Reader’s Digest, a fait des eaux situées sous les banquises et autres glaciers son créneau. Ce choix lui a permis de se transformer en perle rare : « Des vidéastes sous-marins, je peux en trouver 400 en une semaine. Pour aller travailler dans de l’eau à zéro degré, sous la glace, pendant trois ou quatre semaines à faire du camping d’hiver, il n’y en a pas beaucoup. On est peut-être 10 ou 12. »

La routine de Mario Cyr a comporté de nombreux voyages en Arctique et en Antarctique, y compris à bord du voilier trois-mâts Sedna IV, en compagnie de Jean Lemire. Le plongeur s’est ainsi retrouvé aux premières loges pour constater les ravages des changements climatiques depuis le début des années 2000.

Là encore, les anecdotes se succèdent et frappent les esprits. Il y a ces ourses polaires qui abandonnent de plus en plus l’une de leurs progénitures, faute de nourriture. On apprend le mot « pizzlis », croisement entre ours blancs et grizzlis, une question de survie pour les premiers : 22 % de la population de la baie d’Hudson a péri ces 14 dernières années. On est surpris d’entendre parler de collaboration entre différentes espèces, telles les orques et les baleines à bosse, qui ont imaginé toute une tactique pour coincer les harengs désormais moins nombreux dans les fjords norvégiens.

Julie Snyder

Julie Snyder, sa meilleure porte-parole

Fascinants et plus didactiques que n’importe quelle étude scientifique, ces faits et histoires figurent en bonne place dans les 50 à 75 conférences que Mario Cyr donne chaque année dans les écoles ou dans son bistro, Plongée Alpha, ouvert à Grande-Entrée en 2010. Ils seront également au menu de l’émission «5@7 aux Îles avec... Julie» à ICI RADIO-CANADA PREMIÈRE, aux côtés de Julie Snyder, à partir du 2 juillet.

Rencontrée voilà quelques années, l’animatrice est devenue la meilleure porte-parole au Québec de Mario Cyr, lui qui, bien qu’employé par la BBC, Discovery ou encore la NHK, n’a jamais pensé à avoir une page Wikipédia pour faire mieux connaître son travail. Le temps de quelques semaines, Mario Cyr découvrira ainsi un nouveau métier, celui de chroniqueur, parfois aux côtés du reste de l’équipe dans ces Îles-de-la-Madeleine qu’il aime tant et où il n’a jamais cessé d’habiter, parfois en direct de l’Arctique, rendez-vous devenu régulier à cette période de l’année.

Le grand public québécois pourra également découvrir son travail grâce à la réalisation web 365 jours/365 photos, en partenariat avec ICI RADIO-CANADA. À partir du 5 juin, une photo de Mario Cyr y sera publiée chaque matin. Quelques dizaines ont déjà été présélectionnées, tandis que les autres seront prises au gré de ses pérégrinations. Cette entreprise poussera d’ailleurs le plongeur à prendre plus de photos, alors que 90 % de son temps est habituellement consacré à la vidéo.

Parmi les futurs clichés, qui sait si les internautes ne découvriront pas alors la première image de La Canadienne, premier bateau de la garde côtière canadienne qui a coulé lors d’une tempête en 1875, du côté de l’île Saint-Paul, en Nouvelle-Écosse. Mario Cyr partira à sa recherche durant cinq jours cet été. Pour l’enfant madelinot, qui a lu une dizaine de fois Tintin et le Secret de la Licorne et dont la fascination pour les épaves ne s’est jamais démentie, un rêve pourrait ainsi se réaliser. Et « grand-père Mario » aurait alors une nouvelle histoire à raconter à sa petite-fille.

Mario Cyr en chiffres

  • Plus de 12 000 plongées
  • 36 voyages en Arctique
  • 110 mètres : la profondeur maximale atteinte en Sardaigne. Il a également établi le record de la plus profonde plongée sous glace en descendant à 70 mètres avec l’apnéiste Éric Charrier en 1997, au lac Témiscouata.
  • Près de 500 conférences données
  • 1 million de dollars : le prix de la caméra la plus chère qu'il a utilisée.
Les yeux de la mer
Mario Cyr
en tournée au Québec

Pour connaître les dates de ses conférences, consultez son site Les yeux de la mer.