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par Simon Boulerice
«Antoine, donc, qui n'ouvrait jamais la télé aux postes de météo, l'a fait, ce jour-là. Pour s'informer du mauvais temps.
Et il est tombé sur moi.»
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Même si je n'ai pas encore mes 30 ans, je m'appelle Jacques, et je vis bien avec ça.

Quand j'ai terminé mes études, il y a près de six ans, j'ai décroché un emploi de présentateur météo à la télé. Mon travail était de me planter devant un écran vert et de faire surgir la magie, via la technologie. J'étais l'ange annonciateur qui décrétait s'il fallait apporter ou non un parapluie au boulot pour le lendemain. Un jour, comme plusieurs autres, j'ai été porteur de mauvaises nouvelles :

« Je vous rappelle que présentement, en Outaouais, il y a de fortes rafales de plus de 100 kilomètres/heure. Des arbres arrachés et des poteaux électriques brisés ont causé des milliers de pannes de courant dans la région. »

À Ottawa, chez Antoine, il y avait heureusement de l'électricité. Antoine, donc, qui n'ouvrait jamais la télé aux postes de météo, l'a fait, ce jour-là. Pour s'informer du mauvais temps. Et il est tombé sur moi. Antoine a vu mon nom en bas de l'écran et sans trop réfléchir, il m'a recherché sur Facebook.

Malgré sa timidité, il m'a fait une demande d'amitié. Demande que j'ai bien sûr acceptée, car à l'époque, on avait des comptes animateurs et nous étions tenus d'accepter tout le monde. En même temps, la photo de profil de ce jeune inconnu était bien inspirante. Je me disais que cet Antoine avait quelque chose d'élégant et arrogant à la fois.

Quelque chose digne d'un héritier du clan Kennedy. Mais bon... Malgré l'ajout sur Facebook, Antoine et moi, on ne s'est pas parlés. Pas tout de suite, du moins.

Environ six mois plus tard, je marche à Montréal et je croise un gars dans la rue. Je suis frappé par sa beauté avec la même violence qu'une météorite traverse l'atmosphère et s'échoue sur la Terre. Je suis alors aux prises d'un tremblement, magnitude 10 ! Pour vous donner une idée : 9 et plus, sur l'Échelle de Richter, c'est un séisme dévastateur. Ça crée d'importants dommages sur plus de 1000 kilomètres. Eh bien moi, les effets de la beauté d'Antoine étaient localisés uniquement sur ma petite personne.

Bien évidemment, je me suis retourné sur le passage de ma petite météorite. Vous savez, on a tous une idée de la personne de nos rêves, la personne parfaite, qui correspond en tous points à nos critères. On dessine ses contours dans notre tête, on image ses traits. Eh bien, pour moi, c'est lui. J'ai toujours fantasmé sur les sourires à la fois pleins d'assurance et de bienveillance. Et c'est exactement ce que j'avais croisé.

Je me suis éloigné de lui à regret, douloureusement, encore vibrant par le séisme ressenti. Et tout le long, je me disais : « Mais coudonc ! Où c'est que je l'aurais vu, cet homme-là !»

«J'ai l'impression de le connaître. Pire : j'ai l'impression que c'est le mien. Que c'est le bon. »

Tout le trajet, en rentrant chez moi, je pensais à ça. Puis, j'ai eu un flash, une épiphanie, une éclaircie dans mon esprit. Ce sourire, à la fois confiant et bienveillant... avec ce soupçon d'arrogance.

Ça a réveillé un souvenir récent... La photo d'un certain ami Facebook ! Un... Antoine... Antoine Quelque chose ! Le gars que, dans ma tête, je surnommais « Antoine Kennedy », chaque fois que je voyais sa photo dans la liste de mes amis Facebook ! Aussitôt franchi la porte de mon appart, j'ai ouvert mon ordi et j'ai retracé Antoine sur Facebook. Je lui ai écrit et il m'a répondu super vite. Ça semblait cliquer.

Alors on s'est rencontrés le soir même, voulant profiter de sa présence passagère à Montréal.

« Ça se peut pas, il correspond exactement à ce que j'ai rêvé toute ma vie :

trop beau, trop fin, trop brillant.

Un petit Kennedy d'Ottawa.

Il existe pour vrai et c'est exceptionnel.

Et ce qui serait encore plus exceptionnel,

c'est que cet élan soit réciproque.

J'ai fait mon gros possible pour le charmer. J'ai tenté d'incarner à moi seul toutes les éclaircies du monde, et on dirait que ça a marché. Deux semaines plus tard, Antoine et moi, on était officiellement en amour. On a fait très souvent l'aller-retour Montréal/Ottawa pour se voir. Beaucoup trop souvent, en fait. Deux mois plus tard, on a simplifié tout ça ; on a déménagé ensemble.

Ces jours-ci, on célèbre notre 5e anniversaire d'amoureux. On a une maison, un chien, pis on est super heureux.

Je peux vous faire un aveu ?

J'ai toujours voulu être le mari d'un Kennedy.

Je pense que... je pense que je suis sur le bord de me transformer en une nouvelle version de Jackie.

Appelez-moi

Jacques Kennedy!

Oh, une dernière chose...

Un jour, Antoine et moi, on est dans notre famille élargie. Une tante nous demande : « Comment vous vous êtes rencontrés ? ».

Évasif, mon chum invente :
« Ah... ben on avait des amis en commun sur Facebook... »

Sa mère éclate de rire : « Antoine, je pense qu'on peut raconter la vraie histoire ! » Il rougit pendant que sa mère raconte ce qui s'est réellement passé.

Et c'est là que j'apprends qu'il m'avait fait une demande d'amitié parce qu'il m'avait vu à la télé et qu'il me trouvait trop beau pour faire la météo ! Ce qu'il ne m'avait jamais dit !

Dans le fond, quand on y pense bien, on a eu un coup de foudre l'un pour l'autre...

mais à 6 mois d'intervalle !