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par Florence K
« Tant de personnes, de vies, d'histoires, de possibilités, en tout temps, au bout de ses doigts, c'est presqu'une invitation à la tourmente amoureuse, non? »
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L'histoire deMarye-Josée Maher,gagnante du concours
Lydia vient de me quitter.
Comme ça.

Enfin, on dit « comme ça » et on joue les grandes surprises ou les pauvres victimes, mais un départ, même quand on ne s'y attend pas le moindrement du monde, c'est habituellement prémédité, c'est le résultat d'une tension latente qui finit par imploser.

Dix ans de vie commune,
trois enfants dont un d'à peine
quelques mois.

Je travaille fort
pour ne pas m'enfoncer.

Je n'ai jamais eu aussi mal. Lydia et moi avions mis en chantier tant de rêves. Et voilà que j'assiste désormais, impuissante, à leur dynamitage.

Heureusement que je suis entourée par des amis en or qui m'accompagnent dans ces heures difficiles…et qui, au bout de quelques semaines, insistent fortement pour que je m'inscrive sur un site de rencontres en ligne.

Plusieurs d'entre eux ont déjà connu l'amour sur Internet. Mais moi, j'ai de gros préjugés. Je n'arrive tout simplement pas à m'y aventurer.

Tant de personnes,

de vies,

d'histoires,

de possibilités,

en tout temps,

au bout de ses doigts,

c'est presqu'une invitation
à la tourmente amoureuse,
non?

Un soir, après un dîner chez des amis où le vin rouge et les larmes ont coulé à flot, la vérité me frappe de plein fouet.

Je suis là, tout entière, belle et prête. Je veux passer à autre chose.

Le sommet de la solitude, l'abysse du chagrin, j'y ai assez goûté.

Ça suffit.

Je m'empare de mon iPhone et j'appuie du bout du doigt, avec beaucoup de réticences tout de même, sur l'icône de l'appli de rencontres.

Wow.

Je mets alors les pieds dans un univers parallèle qui tout de suite me divertit, telles les pages d'un magazine people que l'on feuillette sans réellement s'impliquer. Du fast-love, coulé dans le moule de notre société de consommation rapide.

Je m'apprête à fermer l'appli et à aller me divertir ailleurs, lorsqu'à mon dernier swipe,

je la vois, elle. Karine.

De grands yeux bruns, un sourire franc, de beaux cheveux lisses, presque noirs. Une vraie Salma Hayek dont les pupilles semblent briller uniquement pour moi.

Des papillons font aller leurs petites ailes dans mon ventre.

Calme-toi, Marie,
ce n'est pas ça la vraie vie.

Un coup de foudre, ça ne se passe pas comme ça, pour qu'il y ait de la chimie, il faut une présence, un parfum, un regard, quelque chose de physique, un échange d'énergie quand même.

Mais non, vite. Je dois faire quelque chose.

Je veux rencontrer cette femme, l'embrasser, caresser son visage, la prendre dans mes bras.

Je n'ai plus peur.

Je lui écris.

Elle me répond.

Je suis constamment sur le qui-vive, dans l'attente perpétuelle d'un message de sa part. Mais je n'attends jamais longtemps. Je l'intéresse et elle ne s'en cache pas.

Sauf que plus nous nous écrivons, plus j'ai une boule dans le ventre. Parce que je sens que je m'ouvre de plus en plus à elle, parce que je veux l'inviter dans ma vie et que j'ai peur.

J'écris à Karine que finalement ça ne sera pas possible, que j'ai besoin de temps. Elle est comme un ange et elle comprend. Cela me donne encore plus envie d'être à ses côtés.

Son cœur est aussi beau
que son visage.

Je me rends compte qu'il est trop tard. Que même sans l'avoir rencontrée encore, je l'ai dans la peau.
Je dois en avoir le cœur net.

Les petits retournent chez Lydia le weekend suivant. J'en profite. Je connais le nom du restaurant où Karine travaille. Tant pis, je jouerai le tout pour le tout.

C'est elle qui est à l'accueil de l'établissement.

Le terme « coup de foudre » prend alors tout son sens. C'est un éclair qui me traverse le corps, une électricité de la même nature que celle qui m'a fait vibrer lorsque j'ai vu sa photo pour la première fois, mais mille fois plus puissante.

Je la regarde dans les yeux et je comprends, je comprends ce que je viens de vivre.

Je viens de vivre le premier instant de ma nouvelle vie.

La première nuit que nous passons ensemble sera à l'image de ce que sera notre vie commune.

Douceur, tendresse, respect, amour, partage, passion… des mots qui avaient jusqu'alors perdus toute raison d'être dans mon esprit.

Au fond, l'amour, le vrai, celui qui coule comme le courant, faisant fi des murs et des rochers,

ça donne des ailes.

Ces ailes m'ont permis de m'envoler loin loin loin de mes craintes et de mon passé. Karine donne sans compter, elle aime sans freins. Et j'ai réappris à faire de même.

Notre mariage a eu lieu tout récemment, et mon ventre s'arrondit de jour en jour, petite maison de notre premier enfant ensemble. Et les petits? Ils adorent leur belle-maman.

Après tout, un cœur, c'est élastique, ça peut en accueillir beaucoup, des gens!