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Jean-Louis Boudou

Émission du dimanche 4 mars 2012


Jean-Louis Boudou

Jean-Louis Boudou est candidat canadien à La Course Destination Monde 1980-1981. Il a alors 24 ans.

EXTRAIT DU JOURNAL DE JEAN-LOUIS BOUDOU
La Course Autour du Monde 1980 – 1981

Peshawar, 17 octobre 1980
En route pour les camps. Vers la fin du grand boulevard de University Town, au lieu de continuer sur la route de la « Kyber pass » qui mène à Kaboul, on tourne à droite. Le long d'un canal d'irrigation, des tentes semées dans le désordre défilent à la fenêtre. Des femmes battent le linge contre la pierre, frottent et rincent dans le courant. Des petits garçons et des petites filles me regardent. Ils sont habillés magnifiquement –vêtements de couleurs vives, colliers et bijoux, fichus sur la tête.
On s'arrête; je visite une tente du Save the children, fund of London, England. Serrements de mains. Nos regards portent au-delà des yeux. Hier, le 16 octobre, cent soixante et un patients ont défilé sous cette toile de tente; quatorze mille quarante-cinq depuis six mois. On m'ouvre les livres, on me fait voir, on me fait toucher du doigt la réalité transcrite sur papier : gastro-entérite, malaria des vers, bronchite, allergie, anémie, cataracte et autres... Je marche et je filme un peu.
En bordure de la plaine s'élèvent les montagnes d'Afghanistan. Chaque jour en se tournant vers la Mecque, ces réfugiés afghans se tournent vers leur pays. Leurs prières sont simples. Elles suivent les commandements du Coran : « N'acceptez pas les ordres des Kafirs (infidèles). Faites la djihad (guerre sainte) contre eux. » (Coran, sourate 752)
Assis en demi-cercle à l'ombre de grands arbres, une trentaine d'hommes sont réunis. On m'invite. « Les Russes ont attaqué notre village, on détruit nos maisons, nos récoltes, ont démoli notre mosquée et ils nous ont dit qu'il n'y avait pas de Dieu, que nous étions comme de l'herbe! ». Je filme, j'enregistre, je me sens impuissant. « Nous n'avons rien contre eux. Nous avons besoin d'aide pour répondre aux tanks et aux hélicoptères blindés contre lesquels nos mitraillettes ne peuvent rien ».
Ce peuple est beau et fier. Je me sens bien petit à côté de ces hommes, ces moujahedins qui ont choisi la liberté et qui demain peut-être donneront leur sang pour une cause qui est aussi la nôtre. Il n'y a pas d'autres choix. C'est ce que me disait le professeur Majrouh alors que je le faisais parler de sa voix posée, sensible, parfois cassée, des souffrances de son peuple. Ancien doyen de la faculté des lettres de Kaboul, docteur en philosophie de l'université de Montpellier, Majrouh me parle de liberté. Aujourd'hui, c'est la liberté ou l'extinction de quinze millions d'Afghans.
À l'hôpital Lady Reading de Peshawar, j'ai filmé ce que j'ai voulu. Deux cas en particulier : une amputation du pied et une amputation d'un bras. Deux victimes de bombardements et de « mines toys », explosifs qui ressemblent à des réveille-matin, des montres, des stylos, des jouets pour enfants. Les gens sont là sur les lits; je les regarde, ils me regardent, mais je ne trouve pas toujours le lieu de rencontre de nos regards. Ils ont l'air un peu ahuri, de grands yeux qui semblent vides et qui souffrent. Je pense à la phrase de Marguerite Duras : « Lorsque la farce finira, on verra l'homme fabriqué avec de la peur, l'homme à la tête vide, celui de Kaboul et de Prague ».
Le docteur G.G. m'a dit de tourner les images que je voulais, puis m'a invité à prendre le thé avec lui. Je le rejoins. En fait, il m'attend avec deux autres personnes. Tous les trois m'entraînent en automobile jusqu'au Park Hotel. Nous montons quatre étages en silence. Chambre 404. Je ne me sens pas très à l'aise. Ils me font asseoir sur une chaise et, eux, ils s'installent sur deux lits face à moi. Je comprends alors que c'est un interrogatoire en règle. On me demande ce que je pense des réfugiés Afghans, de l'attitude des Nations-Unies, du gouvernement du Pakistan, des Soviétiques à Kaboul. J'essaie d'être celui qui ne peut juger si rapidement une situation complexe, je répète ce que l'on m'a dit.
Ils m'écoutent, je me tais, puis le docteur G.G. me dit de manière très dogmatique que je n'ai rien compris. La vérité est tout le contraire : les Soviétiques sont venus en aide à la révolution afghane; les réfugiés sont les riches et les autres, ceux des camps, -« they are like animals », me dit-il; le gouvernement du Pakistan est non légitime; l'islam sera un jour au pouvoir avec l'aide des soviétiques...
J'ai hâte de sortir d'ici. J'étouffe. Le monologue s'est poursuivi jusqu'à la tombée de la nuit. Le docteur G.G. me raccompagnera à mon hôtel. En me quittant, il m'a demandé s'il lui était possible d'aller étudier la médecine au Canada.

Regardez le reportage de Jean-Louis Boudou sur les réfugiés afghans
tourné dans le cadre de La Course Autour du Monde.


Présentement à l'antenne de la télé

15 h 30

Terre humaine

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