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(en rediffusion à 20 h)

Marie-Louise Arsenault

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10 jeunes auteurs à surveiller 2014
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Les meilleurs moments : Émission du jeudi 20 novembre 2014

Livres

Trois jeunes auteurs à surveiller

Jean-Philippe Baril Guérard, Audrée Wilhelmy et Guillaume Corbeil
Jean-Philippe Baril Guérard, Audrée Wilhelmy et Guillaume Corbeil     Photo : Radio-Canada/Olivier Paradis-Lemieux

Ils sont dramaturges, romanciers, nouvellistes, poètes, slameurs. Pour la deuxième année de suite, l'équipe de Plus on est de fous, plus on lit! propose une liste de 10 jeunes auteurs à surveiller, des voix originales et déjà nécessaires. Trois d'entre eux – Audrée Wilhelmy, Jean-Philippe Baril Guérard et Guillaume Corbeil – étaient présents sur notre plateau du Salon du livre du Montréal afin de lire quelques extraits de leurs textes et de nous parler de leur parcours d'auteur. 
 
Pourquoi écrivent-ils? 
 
Jean-Philippe Baril Guérard : « Quand j'étais au secondaire, écrire était une façon pour moi de continuer à faire du théâtre, même en dehors des périodes de production de ma troupe parascolaire. Mais c'est peut-être juste la faute de Tintin, aussi. » 
 
Audrée Wilhelmy : « J'ai toujours écrit. Dès le primaire, j'en ai eu besoin pour sortir les histoires de ma tête, réussir à extérioriser un univers qui n'était pas celui de mon quotidien et quitter le monde réel. » 
 
Guillaume Corbeil : « Lâcher mes études de droit et aller en littérature a été presque un geste d'autosabotage. Mais ce qui m'intéressait alors, même en histoire et en politique, c'était la narrativité, comprendre la logique des personnages. Même si à l'époque ces personnages avaient des noms de pays. »  

Livres

Dany Laferrière : Pourquoi j'écris?

L'auteur Dany Laferrière
L'auteur Dany Laferrière     Photo : Radio-Canada/Olivier Paradis-Lemieux

Lui-même auteur d'un questionnaire littéraire qui porte son nom, l'écrivain d'origine haïtienne Dany Laferrière, membre de l'Académie française depuis 2013, a accepté de répondre avec grande générosité à notre questionnaire « Pourquoi j'écris? ». 
 
À quel âge avez-vous écrit votre premier texte? 
Vers 13, ans je crois, je parle d'un premier vrai texte... Une nouvelle dont le titre était : 750, Grand-Rue. Cela racontait l'histoire de deux familles qui occupent la même maison. Les Médard et les Nelson. Je me souviens qu'il ne fallait pas franchir la frontière médardienne... Et de ma soeur qui me payait pour que je la décrive sous un meilleur jour... 
 
Qu'est-ce qui vous a donné envie d'écrire? 
Je ne sais pas. Je lisais beaucoup, et ça m'a toujours intéressé de savoir comment on faisait pour créer un monde. Les trucs m'intéressaient plus que la magie. 
 
Vos parents étaient-ils fiers de vous? 
Ma mère ne s'intéressait pas trop à mes écrits. Peut-être une de mes tantes, tante Ninine... Ma soeur était fascinée... Comme si j'avais reçu un don dans un rêve... Elle ne comprenait pas que je puisse faire ça, faire vivre quelque chose qui n'existait pas. 
 
Pourriez-vous nous lire un extrait d'un texte de jeunesse?  
Aucun n'a survécu à mon insouciance... Cela me suffisait d'écrire... Et ma mère n'est pas du genre idolâtre... « Mon fils, ce génie », ce n'est pas le genre de la maison... On me laissait faire... À part ma soeur, personne ne m'avait dit que j'étais doué... On trouvait chez moi que les écrits pâlissaient face à la vie... Et c'est ce que je crois moi aussi, sauf que je crois aussi qu'écrire c'est la vie. 
 
Qui vous a donné votre première chance? Qui vous a donné confiance? 
Je ne vois pas les choses en termes de chance... J'écris finalement un premier livre que j'ai perdu... Puis un second, que j'ai proposé à Jacques Lanctôt, qui m'a dit que ça lui faisait penser à Bukowski... Ce n'était pas extraordinaire, mais c'était un livre d'un homme de 32 ans qui savait qu'il allait passer sa vie à lire, à écrire et à voyager. Lanctôt l'a publié, et on a partagé le succès. Il ne m'a pas donné ma chance. Je n'aime pas ce mot, il ne veut rien dire. Pourquoi on ne dit jamais à un éditeur quel écrivain vous a donné votre chance, vous a donné confiance en vous... Confiance en moi qui ai travaillé huit ans dans les usines et qui ai passé mon temps libre à lire et à rêver. J'étais moi, l'éditeur était lui, et nous nous sommes rencontrés pour le meilleur et le pire. On a fait 10 enfants ensemble.  
 
Le meilleur conseil qu'on vous ait donné? 
Les conseils, je les ai reçus en lisant que ce soit sur le rythme, la musique des phrases... C'est Balzac, en fait, qui a dit, essoufflé, à sa soeur : « J'ai trouvé : je vais faire de tous mes livres un seul. » Ainsi est née La comédie humaine... Je me suis dit que c'est intéressant : les bons livres pourront protéger les moins bons, s'ils sont de la maison. C'est ainsi que j'ai pris la décision de faire Une autobiographie américaine, qui ne comprend pas 10 livres (c'était 10 quand j'ai révélé le projet, mais c'est aujourd'hui 23), mais tous mes livres. C'est un long boa constrictor.  
 
À quel moment avez-vous compris que l'écriture deviendrait votre métier? 
Ce n'est jamais un métier pour moi... Il s'agit de ma vie... C'est dans cette mer d'encre que je passerai le tiers de ma vie.  
 
Quel autre métier avez-vous exercé? 
Je suis aussi chroniqueur, mais c'est une façon, je n'écris rien qui ne finit pas dans la grande chaudière... Pavese a écrit Le métier de vivre... Je dirais plutôt La passion de vivre... Je sais que ça finira mal, mais en attendant, ce sera ça de pris... 
 
Quel sentiment avez-vous éprouvé lorsque vous avez vu votre première oeuvre publiée? 
Une grande froideur, qui est le sommet d'une émotion trop forte... J'avais mérité de vivre... J'avais rejoint tous ceux que j'admirais : Diderot, Garcia Marquez, Voltaire, Roumain, Ducharme, eh oui, Ducharme parce que c'est un grand styliste, Borges, Tanizaki, Boulgakov, Baldwin, etc. Des collègues... Nous sommes tous à recréer l'univers par les mots, à déchirer le voile des apparences, à toucher le coeur des gens, à faire entendre le silence... 
 
Quelle est votre motivation quotidienne? 
J'attends. 
 
Qu'est-ce qui vous comble le plus dans votre travail? 
J'écris pour ne pas travailler... Cela demande une énorme dépense d'énergie, mais aussi il faut laisser la chose faire son chemin, se frotter à d'autres passions, créer de nouvelles émotions, s'accorder à des musiques différentes... On croit écrire un livre, alors qu'on lance une nouvelle charge d'émotions dans l'espace qui se moque du centre de gravité... 
 
Dans tout ce que vous avez écrit, de quoi êtes-vous le plus fier? 
De rester toujours plus un lecteur qu'un écrivain... Je lis encore avec tout l'intérêt requis le moins intéressant des livres, car il y a plus de passions dans un mauvais livre que parfois dans un bon... Le talent ne suffit pas pour être un écrivain, il faut du caractère... Et se rappeler que les résonnances d'un livre sont multiples. Il y a des mauvais livres qui donnent du courage à de bons écrivains découragés... Si ce livre a été publié, je peux en faire un aussi... Beaucoup d'écrivains se sont dit cela un jour. C'était le but de ce mauvais livre, faire apparaître un bon livre... Son existence se trouve ainsi justifiée...  
 
La phrase, le dialogue ou le texte dont on vous a le plus parlé? 
Peut-être la première strophe de L'énigme du retour
« La nouvelle coupe la nuit en deux. 
L'appel téléphonique fatal 
Que tout homme d'âge mûr 
Reçoit un jour. 
Mon père vient de mourir. » 
 
Mais c'est le titre de mon premier livre qui continue à hanter les esprits 30 ans plus tard, et cela dans toutes les langues dans lesquelles il a été traduit. Ç'a fait rire la planète. Il a donc une demande de ce côté pour un second tome : Comment faire l'amour avec deux Nègres sans se fatiguer... Vous voyez, même moi, je m'en mêle, je n'en reviens pas... Quelle affaire!  
 
Écrivez-vous à voix haute? 
Oui, mais à voix basse aussi et surtout en silence... Je lis volontiers à haute voix, enfin pas très haute. 
 
Un mot ou un signe de ponctuation que vous affectionnez particulièrement, que vous aimez écrire? 
Ça. Ç'a été ma grande découverte, ce petit mot tout neutre m'a permis de ne pas être toujours pompeux... Et type aussi, mais celui-là, c'est Bukowski qui me l'a refilé comme on refile une maladie... 
 
On ne parle que de soi : commentez. 
Bof, ça ne va pas bien loin de dire cela... C'est si évident que ça ne nous apprend rien... C'est comme dire qu'il fait beau quand le ciel est bleu, ou vice-versa... Il faudra bien dire ce qu'est ce soi, fait de tant d'autres... Un écrivain doit éviter de tuer la poule aux oeufs d'or pour trouver plus d'or... Il risque de découvrir que ce n'était qu'une banale poule qui, sans raison, pondait de l'or. Si les autres en sont passionnés, ça doit n'avoir aucun intérêt pour lui... Elle, elle veut un poussin. C'est plus vivant et plus précieux, un poussin, qu'un oeuf en or.  
 
Avez-vous déjà été censuré? 
Par moi, d'abord, et sans cesse... On veut provoquer et, en même temps, on veut toucher les gens qui n'ont pas l'habitude de tels extrêmes... Alors on enlève les choses qui pourraient les choquer à la surface et on les remplace par des choses qui vont se cacher en eux pour exploser des années plus tard... On a le choix... 
 
Êtes-vous sensible aux commentaires? 
Sensible, oui, bien sûr... Mais ce n'est pas très important parce que les pires critiques, je me les fais toute la nuit... Et les meilleures, je me les fais aussi pour avancer tout en sachant qu'elles vont se faire dévorer la nuit par une nuée de chimères qui peuplent mes insomnies.  
 
Pourquoi ou pour qui écrivez-vous? 
Ce sont les deux questions qui sont sur ma liste des 10 pires questions dans Journal d'un écrivain en pyjama...  
 
Comment imaginez-vous vos lecteurs? 
D'abord, ils ne sont pas mes lecteurs, je ne suis pas un amoureux si aveugle... On n'a qu'à aller dans leur bibliothèque pour voir qu'on n'est pas seul dans le coeur du lecteur... Heureusement, car j'ai peur des lecteurs d'un seul ouvrage... Une fois, quelqu'un m'a dit : « Monsieur, je ne lis que vous! » Qu'est-ce que cela peut me faire d'être aimé d'une personne si peu curieuse. Je préfère : je lis des centaines de livres, mais vous êtes mon préféré... Je dis ça comme ça, mais la lecture c'est l'affaire du lecteur, ça ne regarde pas l'écrivain...  
 
Avez-vous été étonné par certaines perceptions qu'on avait de votre travail? 
C'est Robert Lalonde qui dit qu'on est lu quand on lit... Toute lecture parle du lecteur beaucoup plus que de l'écrivain... On oublie qu'une lecture dépend aussi de son état au moment de la lecture... Des fois, on lit pour faire plaisir à un ami qui nous a passé un livre et qui insiste...  
 
Un lieu ou une ville qui vous inspirent? 
Miami, car j'aime écrire dans une ville que je n'aime pas trop. 
 
Quel serait l'honneur qui vous comblerait le plus? 
C'est déjà arrivé : un enfant de 4 ans, Jules, rencontré dans le parking du marché Jean-Talon, et qui n'a voulu rien dire quand sa mère insistait pour qu'il parle, pour finalement me crier à travers le parking les noms de tous mes personnages : « Da, la grand-mère, le chien Marquis, Vieux Os, Frantz, Rico. » Toute mon enfance a éclaté comme un fruit mûr sur le mur du parking. Et j'ai compris que la littérature était plus vivante que la vie, parfois. 
 
Comment souhaiteriez-vous que l'on se souvienne de vous? 
Pourquoi doit-on se souvenir de moi...? Je fais partie de cette foule qui, depuis l'origine, passe sur terre, l'espace d'un éclair...

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