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Pourquoi j'écris : les influences multiformes de Monique Proulx

Le mercredi 6 mai 2015

L'écrivaine Monique Proulx
L'écrivaine Monique Proulx     Photo : Radio-Canada/Christian Côté

Ce qu'il reste de moi, de l'auteure Monique Proulx, a été accueilli en grande pompe dans notre paysage littéraire. Non seulement s'agit-il de son premier roman en sept ans, mais par dessus tout, il permet au lecteur de renouer avec le talent frappant de la romancière née à Québec. Monique Proulx explique maintenant pourquoi elle écrit, ce qui constitue son occupation presque exclusive depuis qu'elle a franchi l'âge adulte. 
 
Qu'est-ce qui vous a donné envie d'écrire? 
Un sentiment de manque, très présent dès la jeune adolescence. Une profonde mélancolie, sans cause apparente, et qui se trouvait métamorphosée en jubilation lorsqu'elle prenait la forme d'un poème, d'un segment de journal intime... 
 
Vos parents étaient-ils fiers de vous? 
Oui! 
 
À quel moment avez-vous compris que ça deviendrait votre métier?  
Lorsque j'ai lu Réjean Ducharme, à 16 ans, c'est comme s'il m'ouvrait grand une porte jusque-là inconnue : on pouvait être québécois et faire de la grande littérature, on pouvait mélanger les styles, et les humeurs, et les niveaux de langue et rester complètement soi. J'ai compris que l'écriture était un territoire privilégié de liberté, et aussi un territoire de pouvoir. 
 
En lisant L'avalée des avalés, j'ai senti un alter ego très fort en la personne de Bérénice Einberg. Grâce à cette langue fulgurante, cet univers baroque, j'ai découvert comment la littérature est un territoire de liberté incroyable. 
 
Quel autre métier avez-vous exercé? 
J'ai été agent d'information à l'Université du Québec pendant trois ans, à la fin de ma vingtaine. Ça a été ma seule « job » proprement dite, le seul travail « non autonome » auquel je me suis pliée. Et j'ai souffert à chaque jour. Depuis, j'ai été – et suis encore - scénariste pour le cinéma, et conseillère en scénarisation et tuteure pour le cinéma, mais ce sont là pour moi des prolongements de la liberté de l'écriture –sans « boss », dans le plus pur acte de création. Je les vois comme des gestes complémentaires à l'écriture proprement dite. 
 
Quelle est votre motivation quotidienne? 
Ma seule motivation est d'être totalement présente à chaque moment de chaque jour, et de ne jamais faire de compromis. 
 
Qu'est-ce qui vous comble le plus dans votre travail? 
Être un transmetteur de liberté, d'espace, de tolérance, de révolution interne, jouer sur un terrain où le politique est moins fort que l'émotion, contribuer à rendre l'humanité (l'humanité qui lit, on s'entend) meilleure ou plus heureuse, ce qui revient au même.  
 
Dans tout ce que vous avez écrit, de quoi êtes-vous le plus fier? 
Du dernier livre : Ce qu'il reste de moi. Et ce n'est pas uniquement parce que je viens de l'écrire. 
 
La phrase, le dialogue ou le texte dont on vous a le plus parlé? 
Le recueil de nouvelles : Les Aurores montréales. J'ai reçu des tonnes de courrier à ce sujet. On m'a invitée pour ce livre plus que pour tout autre. On m'invite encore. Encore aujourd'hui, ça reste mon plus gros vendeur : autour de 60 000 copies. Et il vient tout juste d'être traduit en espagnol, par un éditeur mexicain. Et ça, presque 20 ans après sa publication. 
 
Écrivez-vous à voix haute? 
J'écris à voix haute dans ma tête. Personne d'autre que moi ne peut entendre si le résultat est euphonique ou non... 
 
Que pensez-vous de la phrase suivante : on ne parle que de soi 
C'est vrai. On ne parle que de soi. Mais de quel « soi » est-il question? Dans l'écriture, dans l'écriture littéraire, le petit soi s'efface et laisse l'espace vide pour être colonisé par un sujet, bien sûr, qui correspond à notre sensibilité, à nos moyens techniques et artistiques. On croit attirer à nous des sujets de livres et des personnages : erreur, ce sont eux qui nous attirent vers eux. Il n'y a pas de hasard. Je crois de plus en plus que les livres (ou les thèmes et les histoires couvant sous les livres) se servent de nous pour venir au monde. Nous sommes en quelque sorte des paratonnerres, des véhicules, plus ou moins gracieux, plus ou moins luxueux. Et rien de plus. 
 
Êtes-vous sensible aux commentaires, aux critiques, au regard des autres? 
De moins en moins.  
 
Pourquoi ou pour qui écrivez-vous? 
J'écris pour célébrer. La vie est incroyablement riche, et vibrante, et les humains portent en eux une énergie et une force qui me remplissent de joie. Mais j'écris aussi (et je paraphrase ici Christian Bobin) pour « trancher la gorge » de mes lecteurs, et les ressusciter. Il ne faut surtout pas oublier de les ressusciter.  
 
Comment imaginez-vous vos lecteurs? 
Ce sont des gens très patients, très amoureux des mots. Ils n'ont pas peur de pénétrer dans des territoires inédits, d'être bousculés. Ils n'ont pas peur des étrangers, de l'émotion, et de la peur. Ils sont forcément aussi créateurs, sans toujours le savoir. 
 
Un lieu ou une ville qui vous inspire? 
Montréal, encore et toujours. Montréal est inépuisable. Tout continue d'y être représenté, toutes les tendances du monde, ses intolérances, ses fanatismes, ses beautés. C'est une tour de Babel intime où se côtoient les hassidiques, les soufis, les matérialistes, les anarchistes, les itinérants, les immigrants riches et pauvres, les artistes, les fanatiques de hockey... Comment ne pas y trouver des sujets pour mille oeuvres? 
 
Avez-vous expérimenté la création sous influence? 
Je n'ai jamais « écrit » sous influence. J'ai cogité, oui, médité, débattu de tel ou tel obstacle qui m'empêchait d'écrire, ou ouvert des fenêtres mentales avec l'aide de ce qu'il est convenu d'appeler des substances (alcool, herbes, petites capsules magiques....) Mais écrire, non. C'est pour moi un espace qui exige une absence totale de filtre, un espace cru et nu, un cerveau complètement présent. 
 
Quel serait l'honneur qui vous comblerait le plus? 
Je ne sais pas. Les honneurs vont et viennent, distribués à certains et mesquinement dérobés à d'autres. Sommes-nous des chiens, pour avoir besoin de récompenses? Honnêtement, les honneurs m'intéressent de moins en moins. Recevoir un prix, bien entendu, restera toujours un plaisir. Un plaisir passager. Ecrire et être lue est un honneur et un privilège plus durables, pour lesquels je suis remplie de gratitude. 
 
Comment souhaiteriez-vous que l'on se souvienne de vous? 
Quand? Dans cent ans? Dans mille ans? Si les livres ont en eux ce qu'il faut pour durer, ils dureront. Sinon, mieux vaut qu'ils soient oubliés.


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