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Marie-Louise Arsenault

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Les meilleurs moments : Émission du jeudi 8 janvier 2015


Livres

Véronique Côté : ode à la beauté, à la poésie

La comédienne et auteure Véronique Côté
La comédienne et auteure Véronique Côté     Photo : Radio-Canada/Christian Côté

À quoi ça sert, la poésie? Véronique Côté a pris la plume (ou plutôt le clavier) pour en développer sa définition dans La vie habitable. « Ça nous sert de rempart dans cette époque de bruit, de perte de sens. La poésie, selon moi, c'est l'espace en nous qui continue à réagir par lui-même, malgré la tempête de son et de vide. » 
 
L'auteure et comédienne fait aussi référence à la beauté, en poésie ou ailleurs, qu'elle voit comme le lien qui nous unit les uns aux autres. La beauté est vue comme kétaine, déplore-t-elle. 
 
En poussant plus loin, Véronique Côté croit que la poésie, comme l'éducation, suscite le sentiment qu'il est possible d'agir.  
 
« L'éducation n'est pas mise en valeur, on croirait que ça fait peur à nos dirigeants parce qu'il y a dans cette idée une forme de pouvoir. » 
 
La carrière de comédienne de Véronique Côté a démarré sur les chapeaux de roue. Après avoir vu la pièce Incendies de Wajdi Mouawad, elle a écrit, complètement sous le choc artistique, une lettre de cinq pages à l'auteur. Le dramaturge a été convaincu. Une collaboration est ainsi née : la comédienne a été engagée sur le fait pour la tournée de la pièce Forêts du même artiste.

Livres

Jean-Jacques Pelletier : pourquoi j'écris

L'écrivain Jean-Jacques Pelletier
L'écrivain Jean-Jacques Pelletier     Photo : Radio-Canada/Christian Côté

« Autant les autobiographies sont souvent de mauvais romans, autant les romans peuvent être d'assez bonnes autobiographies, précisément parce que l'auteur n'y parle pas de lui... ou pas trop », explique Jean-Jacques Pelletier, qui vient de faire paraître le roman Dix petits hommes blancs. Le romancier et essayiste, qui était finaliste au Prix du gouverneur général 2014 pour son essai Questions d'écriture : réponses à des lecteurs a accepté de répondre au questionnaire Pourquoi j'écris. 
 
À quel âge avez-vous écrit votre premier texte? 
J'ai commencé à construire des phrases pour en faire des histoires vers 9 ans. J'ai publié mon premier texte à 39 ans. Ce que j'ai écrit avant cette première publication ne peut pas vraiment se qualifier de texte. Mon premier texte est donc L'homme trafiqué
 
Qu'est-ce qui vous a donné envie d'écrire? 
Quand j'étais enfant, l'écriture était une façon de faire exister les histoires que je me racontais, de les empêcher de disparaître. 
 
Vos parents étaient-ils fiers de vous? 
Oui, mais de façon très différente. Ma mère valorisait beaucoup la littérature et la culture; elle aurait voulu que j'écrive l'histoire de sa famille. Mon père, quant à lui, valorisait l'indépendance et la liberté. Il était heureux que je fasse quelque chose que j'aime. 
 
Les deux voyaient dans mon intérêt pour l'écriture un signe que je pourrais échapper à un destin social de travailleur sous-payé.  
 
Pourriez-vous nous lire un extrait d'un texte de jeunesse? 
Le conte Le chirurgien saignait parfois, qui se trouve dans le recueil de nouvelles L'assassiné de l'intérieur
 
Qui vous a donné votre première chance? 
Norbert Spehner, qui dirigeait la collection où a été publié L'homme trafiqué».  
 
Qui vous a donné confiance? 
Le travail. Faire l'expérience de voir un texte se développer et prendre forme.  
 
Le meilleur conseil qu'on vous a donné? 
Faire en sorte de ne jamais perdre l'urgence d'écrire. 
 
À quel moment avez-vous compris que l'écriture deviendrait votre métier? 
Ce n'est toujours pas un métier. Enfin, pas au sens de profession. Je dirais plutôt que je commence à avoir du métier, au sens d'un certain savoir-faire. 
 
Quel autre métier avez-vous exercé? 
Enseignant. Mais ça non plus, ce n'était pas vraiment un métier. Disons que j'ai eu des occupations intéressantes et suffisamment rentables pour bien vivre. C'est là une des plus grandes chances de ma vie : j'ai toujours fait des choses qui m'intéressaient, qu'il s'agisse d'écriture, d'enseignement, de négociation ou de gestion financière de caisses de retraite. 
 
Quel sentiment avez-vous éprouvé lorsque vous avez vu votre première oeuvre publiée? 
Je ne m'en souviens pas vraiment. Sans doute le plaisir d'avoir réussi quelque chose, d'avoir mené un projet à terme. Quand j'ai publié le premier roman, l'écriture du deuxième était déjà très avancée. C'était ce deuxième livre qui occupait le plus mes pensées. 
 
C'est une chose assez étrange, ce décalage. Quand les gens me parlent d'un livre, par exemple pour les entrevues qui marquent sa sortie, moi, je suis déjà ailleurs, dans un autre livre, depuis assez longtemps. Il faut que je fasse l'effort de revenir au livre. 
 
La seule exception est Question d'écriture, qui m'accompagne toujours un peu, comme en tâche de fond. Probablement parce qu'il est encore en train de s'écrire. Ou de se réécrire. 
 
Quelle est votre motivation quotidienne? 
Le plaisir d'écrire, de construire quelque chose avec des mots, de faire exister une sorte d'univers. C'est un plaisir semblable à celui que j'avais, enfant, quand je jouais avec mes jeux de construction. Le plaisir de créer quelque chose qui se tient à partir de morceaux épars. 
 
Qu'est-ce qui vous comble le plus dans votre travail? 
Le fait d'écrire. Toutes les étapes de l'écriture sont plaisantes, mais d'un plaisir différent. La scénarisation, le plaisir de voir surgir les scènes et les personnages lors de la première écriture, le montage de la narration. Ensuite, il y a tout le travail de réécriture, pour préciser, couper, amplifier des éléments. Bref : j'aime écrire.  
 
Dans tout ce que vous avez écrit, de quoi êtes-vous le plus fier? 
Ce à quoi je suis en train de travailler. Sans cette illusion de croire que ce sera encore mieux, l'écriture serait beaucoup plus difficile. 
 
La phrase, le dialogue ou le texte dont on vous a le plus parlé? 
Sans doute le fait que j'ai mis en scène Ben Laden au printemps de 2001, six mois avant l'attentat du 11 septembre. 
 
Cela dit, je n'aime pas beaucoup ce fétichisme du petit bout de texte, du petit morceau de bravoure, de la trouvaille et de la belle phrase. Ce qui m'intéresse dans un texte, que ce soit un texte que je lis ou que j'écris, c'est sa structure globale, les modulations de son écriture, sa prise sur la réalité sans y être asservi. 
 
Écrivez-vous à voix haute? 
Oui, mais de façon silencieuse! Comme votre question le dit très bien : « j'écris » à voix haute. On pourrait dire que j'écris à l'oreille. Il faut que le rythme du texte soit agréable, que la lecture en soit fluide. Mon idéal d'écriture est probablement une sorte de style soutenu oralisé : la précision et l'économie de mots, qui sont le propre de l'écrit, jointes à la fluidité et au naturel de l'oral. 
 
Un mot ou une ponctuation que vous affectionnez, que vous aimez écrire? 
Je n'ai pas d'affection particulière. On en revient au fétichisme, que ce soit celui du mot, de la phrase ou du signe orthographique. Dans un texte, c'est l'ensemble qui donne son sens au détail, qui justifie son existence. 
 
Ce que je peux repérer assez facilement, par contre (mais souvent après coup, au moment de la réécriture), ce sont les tics d'écriture dans lesquels je tombe. Par exemple, les points de suspension. C'est une façon de mettre en suspens ce qui tente de s'affirmer, parce que trop affirmatif, ou de laisser de la place à tout ce qui entoure la parole, les silences notamment, et qui peut difficilement être écrit. 
 
En ce sens, les tics d'écriture peuvent être des révélateurs, des symptômes d'une attitude. Et l'ensemble des tics peut finir par former un style, s'ils sont bien intégrés. Encore une fois, c'est l'ensemble qui donne un sens au détail. 
 
De là mon souci de la ponctuation. De l'ensemble de la ponctuation. Car c'est elle qui traduit le rythme du texte. 
 
On ne parle que de soi : commentez. 
Autant les autobiographies sont souvent de mauvais romans, autant les romans peuvent être d'assez bonnes autobiographies, précisément parce que l'auteur n'y parle pas de lui... ou pas trop. 
 
Plus généralement, il me semble qu'une oeuvre, quelle que soit la forme d'art et quelle que soit la réussite de l'oeuvre en question, n'est jamais qu'une réponse, qu'une tentative de compenser ce par quoi l'univers nous fait ou nous a fait défaut. En ce sens, cela parle de soi. Mais ce que ça dit, ce sont habituellement les autres qui sont les mieux placés pour le percevoir. Car « ça » parle davantage à travers les formes, les répétitions et les omissions. Le sens, c'est ce qui insiste à travers ce qui existe, pour paraphraser Deleuze. 
 
Avez-vous déjà été censuré? 
Non. 
 
Êtes-vous sensible aux commentaires, aux critiques, au regard des autres? 
Dans la mesure où une oeuvre est non seulement un acte de création, mais aussi de communication, il serait assez étrange que l'émetteur ne soit pas sensible à la réception de ce qu'il a créé. 
 
Il est toujours agréable de savoir que ce que l'on écrit intéresse. Les gens insensibles à ce type de reconnaissance doivent être assez rares. 
 
Cela dit, personnellement, ce sont les critiques que je recherche. Évidemment, quand je parle de critique, je ne parle pas de simples mouvements d'humeur. J'ai des amis à qui je soumets mes manuscrits, ou des livres publiés, en leur demandant de me dire tout ce qui, selon eux, ne fonctionne pas (ou fonctionne mal), ce qui les emmerde, ce qui paraît arbitraire ou mal écrit.  
 
Pourquoi ou pour qui écrivez-vous? 
La première partie de Questions d'écriture porte sur cette question, et de façon assez détaillée. Ce qui est intéressant, chez n'importe quel écrivain ou artiste, c'est le passage du « pourquoi » au « pour quoi ». Autrement dit, comment il transforme un destin, une fabrication qui pousse à écrire, en projet, en tentative de libération. Tout cela en s'exprimant à travers une création. Comment, à partir de causes, il se donne des buts pour échapper au déterminisme des causes en réinventant la réalité. Tenter de transformer un destin en liberté, c'est l'histoire de n'importe quelle vie, disait Simone de Beauvoir. 
 
Comment imaginez-vous vos lecteurs? 
Je ne les imagine pas. Je ne me fais pas une image d'eux, même si c'est aussi pour eux que j'écris. 
 
Par contre, rétrospectivement, à voir ce que j'écris, j'imagine que mes lecteurs aiment les histoires qui les tiennent en haleine et qui les aident à apprivoiser la complexité du monde. Une remarque que l'on m'a souvent faite est révélatrice de cela : « Après avoir lu vos romans, je n'écoute plus les informations de la même manière. Je fais des liens que je ne faisais pas. » Je pense que mes lecteurs aiment poser des questions et gratter les apparences pour découvrir une partie de ce qu'il y a derrière. 
 
Avez-vous été étonné par certaines perceptions qu'on avait de votre travail? 
Ce qui m'étonne le plus, c'est la difficulté qu'on semble avoir à en percevoir le côté politique ainsi que l'humour et l'ironie. Je ne parle même pas de l'optimisme fondamental qui me semble s'y exprimer malgré toutes les horreurs qui y sont mises en scène. 
 
Quel lieu ou quelle ville vous inspire? 
Je ne crois pas à l'inspiration, sauf dans sa forme la plus globale, au sens où tout ce que l'on vit, tout ce que l'on est, finit par se retrouver dans ce que l'on tente de faire. 
 
Par contre, je crois aux allergies. Je crois qu'on écrit beaucoup contre des choses, notamment contre tout ce qui contribue à rendre la vie moins vivable. Je pense que les oeuvres d'art sont souvent une protestation contre l'absence de sens de l'univers, et notamment contre toute l'activité humaine qui ajoute à ce manque de sens — ce que j'ai résumé, chez un de mes personnages, par une allergie à ce qu'il appelle la « bêtise militante ». 
 
Avez-vous expérimenté la création sous influence? 
Je ne fais que ça. L'univers est une drogue forte, à dépendance sévère. On voudrait ne plus jamais s'en passer, y demeurer pour toujours. Hélas, un jour ou l'autre, le voyage se termine. On meurt. 
 
L'écriture (l'art) est peut-être une tentative de donner de l'intensité et de l'expansion à cet univers. Une tentative de compenser le fait qu'on a beau vivre, on demeure toute sa vie en manque, et qu'à la fin, il y aura un sevrage définitif. 
 
Ce qui n'empêche pas que, pour plusieurs d'entre nous, l'expérience en valait la peine. 
 
En vous relisant à jeun, vous êtes-vous trouvé bon? 
De toute façon, sous influence ou non, me relire est une expérience désagréable. Je réécrirais toujours tout. Pas nécessairement dans le sens où je jetterais tout, mais quand je me relis, je vois toujours ce qu'il y aurait à améliorer, à préciser, à enlever, à refaire. Il n'y a pas de roman achevé, seulement des romans abandonnés. Mais certains le sont dans un meilleur état que d'autres. 
 
À bien y penser, peut-être que me relire sous influence, comme vous dites, serait une façon d'atténuer cette insatisfaction.  
 
Quel serait l'honneur qui vous comblerait le plus? 
Être lu et trouvé pertinent.  
 
Comment souhaitez-vous que l'on se souvienne de vous? 
Comme de quelqu'un qui aimait la vie, qui aimait raconter des histoires, qui aimait comprendre, qui aimait remettre en question ce qui va de soi et expliciter les non-dits, qui aimait les gens et pour qui l'écriture était un moyen de réunir toutes ces activités. 
 
 
 

Livres

Attaque au journal Charlie Hebdo : trouver l'humanité dans l'inexcusable

Les responsables du segment « le texte de la semaine » Noémi Mercier et Thomas Leblanc
Les responsables du segment « le texte de la semaine » : Noémi Mercier et Thomas Leblanc     Photo : Radio-Canada/Olivier Paradis-Lemieux

« Dans ce texte, on parvient à trouver de l'humanité. C'est à glacer le sang », explique Thomas Leblanc. Parmi les 1001 textes écrits à la suite des événements tragiques survenus au journal Charlie Hebdo, il est difficile de choisir les voix les plus éclairantes. Thomas Leblanc propose ce texte, écrit en 2005 par Patricia Tourancheau, qui trace le portrait de ces jeunes qui se sont tournés vers le djihad au début des années 2000. 
 
Un ticket pour le jihad 
 
 
Thomas Leblance parle aussi du texte suivant :  
 
"Un commando organisé" 
 
 
Noémi Mercier, quant à elle, propose un texte de John H. Richardson qui dresse un portrait de la famille de Michael Brown, ce jeune Afro-Américain abattu par un policier dans la petite ville de Ferguson aux États-Unis. L'auteur a suivi la famille Brown, plus particulièrement le père de Michael, dans leur intimité. Une famille qui, jusqu'à ce jour funeste, était sans histoire. 
 
Michael Brown Sr. and the Agony of the Black Father in America 

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