ICI Radio-Canada Première

Médium large

Médium large rss

En semaine de 9 h à 11 h 30 
(en rediffusion à 22 h)

Catherine Perrin

Médium large
Logo Radio-Canada

Société

Radicalisation : des solutions sociales, spirituelles et non policières

Le mercredi 9 septembre 2015

Le recrutement pour le djihad se fait désormais sur les réseaux sociaux.
Le recrutement pour le djihad se fait désormais sur les réseaux sociaux.     Photo : iStock

Le repli identitaire provoqué par la charte des valeurs, le profilage policier et l'absence de voie de protestation pour la jeunesse contribuent à l'exclusion sociale qui nourrit la radicalisation. Au cours d'une heure spéciale, Catherine Perrin se penche sur des solutions avec l'analyste en affaires policières Stéphane Berthomet, Haroun Bouazzi de l'Association des Musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec, la pédopsychiatre Cécile Rousseau, Noémie Larouche du magazine pour adolescents Curium ainsi qu'Omar Koné, imam soufi. 
 
Message d'exclusion 
Nos invités sont formels : il n'y a pas un seul profil type du jeune radicalisé. Le message d'exclusion adressé aux immigrants, en revanche, est dangereusement unanime. « Si on se met à la place d'un jeune [musulman] ici qui, en 2007, avait 12 ans, eh bien, depuis 2007, dans nos médias, on parle d'accommodements raisonnables, on entend dire “on va mettre nos culottes et il va falloir que vous vous adaptiez”, etc. Cette personne-là est née ici, elle n'a pas à s'adapter. Mais tout ce qu'elle voit, ce sont ces messages énoncés en boucle par des représentants de la morale publique qui sont nos élus ou nos futurs élus, explique Haroun Bouazzi. Ce jeune-là, aujourd'hui, il a 19 ans, il a 20 ans. Il faut vraiment être très persuasif pour le convaincre qu'il est Québécois et que la société l'aime. »  
 
M. Bouazzi s'efforce de convaincre les jeunes de s'impliquer dans une cause plus constructive, telle la lutte antiraciste. Il estime qu'il ne faut pas diaboliser le besoin de vie communautaire présent chez plusieurs jeunes.  
 
 Omar Koné et Cécile Rousseau Omar Koné et Cécile Rousseau Photo : Radio-Canada/Olivier Lalande 
 
Démontrer de l'intérêt 
Stéphane Berthomet vient de publier le livre La fabrique du djihad : radicalisation et terrorisme au Canada. Il estime aussi que les débats identitaires accentuent les divisions qui peuvent, à leur tour, favoriser l'extrémisme. « L'extrémiste va toujours plus loin dans son argumentaire et a toujours plus d'arguments que celui qui prône la paix et l'équilibre des valeurs, souligne-t-il. C'est ça la difficulté, à la fois pour la religion de s'imposer – alors qu'en fait, elle a juste à être là et à exister – et, en même temps, de s'opposer quand même à ces courants ultraradicaux extrémistes. [...]Après, du point de vue de la société, on revient exactement à la même chose : à un moment donné, il va falloir démontrer de l'intérêt pour ces jeunes, leur montrer qu'ils font partie de la société et même qu'ils sont l'avenir de cette société. » 
 
 Noémie Larouche, Stéphane Berthomet et Haroun Bouazzi Noémie Larouche, Stéphane Berthomet et Haroun Bouazzi Photo : Radio-Canada/Olivier Lalande 
 
Parler plus aux jeunes 
Noémie Larouche croit qu'il faut d'abord s'adresser aux jeunes, ce que les médias font trop peu. C'est pour cela que le magazine Curium a consacré un dossier sur les jeunes radicalisés. « Notre premier objectif était d'informer ces jeunes-là qui ne le sont pas ou le sont mal, de les outiller, de leur permettre de se forger un esprit critique et de s'intéresser aux techniques utilisées par le groupe armé État islamique pour recruter à l'étranger – comment on est abordé, à quel point c'est facile de se laisser séduire – et de faire comprendre aux jeunes que c'est plutôt près de leur réalité », dit-elle.  
 
Se dresser contre la xénophobie 
« Il y a quelque chose d'extrêmement central dans la prévention : la création de discours alternatifs, affirme Cécile Rousseau. Ces discours critiques faits par les jeunes et pour les jeunes ont des répercussions certaines et concernent aussi bien le religieux que le social. Ils donnent un sens à notre société, à notre monde. Le discours qui dénonce la polarisation dont nous souffrons doit être bilatéral et ce qui se passe en ce moment en Allemagne est extrêmement intéressant à cet égard. La capacité d'une société de se dresser et de commencer à dénoncer sa propre xénophobie et la résurgence des courants néonazis est à mon avis extrêmement importante pour dire : "Nous sommes dans une mouvance dangereuse des deux côtés et nous avons chacun du chemin à faire pour nous en sortir." »  
 
Incontournable religion 
Selon Omar Koné, il faut éviter de rendre la quête spirituelle suspecte. Celle-ci fait aussi partie des besoins des jeunes. « On retrouve aujourd'hui une espèce de vide de valeurs chez les jeunes qui n'ont plus d'idéaux, qui n'ont plus d'horizons, plus la fibre traditionnelle que nous avions, avec ces grands idéaux, déclare-t-il. La religion va venir, pour un certain nombre de personnes, combler un peu ce vide, rappeler des valeurs assez fondamentales. [...] Il y a un élément de foi, un élément intangible. Pour un certain nombre de jeunes, des solutions d'ordre social ou psychologique ne donneront pas de réponses. »


Cr�er un compte

* Radio-Canada n'est aucunement responsable du contenu des sites externes

Chroniques récentes

10 avril 2017

Plaidoyer pour un meilleur diagnostic de la maladie de Lyme au Canada

10 avril 2017

La crise de l'emploi, préoccupation majeure pour les Français

10 avril 2017

Dépôt cette semaine du projet de loi fédéral sur la légalisation de la marijuana

7 avril 2017

Frappes en Syrie : l'absence de consultation avec les alliés inquiète

6 avril 2017

Pepsi : vie et mort d'une publicité catastrophique

5 avril 2017

Danielle Ouimet dévoile ce qui menace les entreprises