ICI Radio-Canada Première

Aujourd'hui l'histoire

Aujourd'hui l'histoire

En semaine de 20 h à 20 h 30

Jacques Beauchamp

Aujourd
Logo Radio-Canada

Politique

Lesage réélu en 1962 : l'une des élections québécoises les plus significatives de l'histoire

Le mardi 13 décembre 2016

René Lévesque, Jean Lesage et Paul Gérin-Lajoie, en 1962
René Lévesque, Jean Lesage et Paul Gérin-Lajoie, en 1962     Photo : Archives La Presse / Réal Saint-Jean

Deux ans à peine après avoir été élu à la tête du Québec, le gouvernement libéral de Jean Lesage déclenchait, en 1962, de nouvelles élections pour obtenir des Québécois le mandat de nationaliser l'électricité. Une élection référendaire qui a donné le feu vert à ce qu'il a appelé la « reconquête économique » du Québec francophone, explique le politologue Jean-Charles Panneton. 
 
« Un vote pour le Parti libéral, c'est un vote pour la nationalisation. » C'est avec cette formule sans équivoque que Jean Lesage invite les Québécois à voter pour son projet d'étatisation de l'hydroélectricité en 1962. Il faut unifier le réseau hydroélectrique, pense-t-il, pour mettre fin à la domination des trusts et retrouver le contrôle de l'une de nos plus importantes ressources naturelles. Il en fait un enjeu de nationalisme quasi identitaire, y voyant une occasion de mettre le Québec francophone dans une position de force économique, à une époque où la plupart des grandes entreprises sont dirigées par des anglophones. 
 
René Lévesque, l'homme de la situation 
Derrière le projet de nationalisation, il y a, bien sûr, René Lévesque, l'ex-journaliste qui a fait de ce projet une priorité de son engagement politique dès son entrée au parti. Extrêmement bien documenté, entouré d'experts de HEC et du complice Jacques Parizeau, il se donne la mission d'expliquer de long en large en quoi cette nationalisation serait un levier économique puissant pour le Québec.  
 
En 1959, quand George-Émile Lapalme rédige le programme du parti et y inscrit l'idée de reconquête économique, mais aussi la notion de « réappropriation des ressources naturelles du Québec par les Québécois », Lévesque sait que son projet en sera la pierre angulaire. Il saura le défendre ardemment et éloquemment sur toutes les tribunes. 
 
Il le fera si bien qu'à la réunion de planification stratégique de septembre 1962, qui se tient au camp du lac à l'Épaule (c'est de là que vient l'expression, aujourd'hui consacrée, de lac-à-l'épaule pour désigner une rencontre à huis clos), le parti décide de plonger le Québec dans une élection référendaire. Et ce, malgré le fait que l'idée divise le parti et que certains ministres plus conservateurs doutent de la viabilité financière du projet et craignent l'endettement qu'il nécessitera. 
 
Une élection couronnée de succès 
L'équipe Lesage sort victorieuse de cette élection décisive. Le chef de l'Union nationale Daniel Johnson n'a pas su stopper l'enthousiasme grandissant pour le projet des libéraux, se montrant de plus en plus décontenancé au fil de la campagne électorale. Il faut dire que c'est aussi la première élection pendant laquelle les chefs se prêtent à un débat télévisé. Sur ce terrain, Lesage est mieux armé que son concurrent : plus télégénique et plus habile avec les médias. 
 
Johnson tente de traiter les libéraux de communistes pour les discréditer, mais cette stratégie ne fonctionne plus dans un Québec en pleine modernisation. « Il faut préciser, dit Jean-Charles Panneton, que les libéraux ont une équipe formidable, bien documentée, solide en matière économique et qui maîtrise les chiffres, qui sait parler d'économie et de commerce. La population le constate et a confiance. » 
 
À l'issue de cette élection, Hydro Québec devient une colossale société d'État en devenant propriétaire d'un réseau puissant et bien établi sur tout le territoire. Dans la foulée sera créée la Caisse de dépôt et placement, ainsi que de nombreux autres outils économiques étatiques qui feront entrer le Québec dans une nouvelle prospérité.


Cr�er un compte

* Radio-Canada n'est aucunement responsable du contenu des sites externes

Chroniques récentes

13 février 2017

La Conquête vue de Londres et de Paris

6 février 2017

Henry Kissinger, l'architecte de la politique américaine à la « finesse d'un tank »

24 janvier 2017

L'accord de Charlottetown rejeté par référendum

16 janvier 2017

La relation très tendue entre John F. Kennedy et John Diefenbaker

19 décembre 2016

Nelson Mandela, l'apôtre de la désobéissance civile qui a jugulé l'apartheid

15 décembre 2016

En 1989, la chute rapide et brutale du régime de Ceausescu