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Société

En 1927, 78 enfants périssent dans une salle de cinéma montréalaise

Le mercredi 23 novembre 2016

Les traces laissées par l'incendie du Laurier Palace le 9 janvier 1927
Les traces laissées par l'incendie du Laurier Palace le 9 janvier 1927     Photo : Archives de la Ville de Montréal

Événement presque oublié de notre histoire, l'incendie du cinéma Laurier Palace le 9 janvier 1927 a pourtant été marquant pour la communauté d'Hochelaga-Maisonneuve, alors que 78 de ses enfants restaient bloqués dans une cage d'escalier avant de périr sous les flammes. L'historienne Magda Fahrni explique que cet événement ultra-documenté renseigne les chercheurs d'aujourd'hui sur les moeurs familiales ouvrières de l'entre-deux-guerres. 
 
Cette tragédie, prise très au sérieux par les autorités politiques, mènera notamment à la fermeture des portes des cinémas aux moins de 16 ans pendant des décennies. Ce jour de janvier, un dimanche agité à la veille du retour en classe hivernal, 250 enfants visionnent un film dans le petit cinéma de quartier, mais très peu d'adultes les accompagnent. « Voilà qui en dit long sur l'époque », commente l'historienne Magda Fahrni. « L'autonomie juvénile était fortement encouragée par les familles de ce quartier ouvrier où les mères de très grosses familles, débordées et orchestrant la vie familiale dans de petits appartements, ne vivaient pas leur parentalité selon les règles strictes d'aujourd'hui.  » 
 
Un incendie pourtant rapidement maîtrisé 
Les pompiers, arrivés vite sur les lieux, domptent les flammes rapidement et leur travail efficace permet l'évacuation de la majorité des cinéphiles. Malgré cela, un nombre important d'enfants assis au balcon se retrouvent pris en souricière  : ils descendent l'escalier menant à la porte de sortie, mais s'amoncellent devant cette porte qu'ils ne parviennent pas à ouvrir. Ce sont eux qui périront. 
 
La tragédie marque l'imaginaire à cause du jeune âge des victimes, mais aussi parce qu'elle se produit à une échelle hyperlocale, dans un quartier où tout le monde se connaît et où le deuil épargne peu de familles. L'histoire fera aussi les manchettes de certains quotidiens américains, notamment à New York et Chicago, d'autres villes où les loisirs commercialisés sont populaires et qui expérimentent un fort sentiment d'identification quant au drame d'Hochelaga. 
 
Une commission d'enquête éclairante pour les chercheurs d'aujourd'hui 
Les autorités de l'époque ne tardent pas à réagir et lancent une grande enquête. Les transcriptions des témoignages récoltés lors de cette commission publique sont un joyau pour les historiens, qui y trouvent matière à reconstituer les vies familiales des classes ouvrières de cette époque, autrement peu documentées. Contrairement aux familles bourgeoises, les familles populaires de l'est de la ville n'ont pas laissé de journaux intimes. 
 
« Il est notamment intéressant de constater, selon Magda Fahrni, la prise de conscience de ces familles qui ne s'attendaient pas à ce que le cinéma de quartier soit un lieu dangereux pour leurs enfants. Il faut comprendre que ce sont des gens habitués de se méfier du danger omniprésent dans les rues, à l'usine ou sur les chantiers. Dans leur imaginaire collectif, en comparaison, le cinéma local est un lieu sûr. » 
 
À lire aussi : un texte de notre invitée sur le portail de l'UQAM 
 
En complément  : Montréal, paradis du cinéma à la fin du 19e siècle (diffusé le 23 novembre 2016 à l'émission Le 15-18) 


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