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Politique

Lionel Groulx, un penseur méconnu de la Révolution tranquille

Le chanoine Lionel Groulx à son bureau à l'hôtel Jean Bart, à Paris, le 1er mars 1922
Le chanoine Lionel Groulx à son bureau à l'hôtel Jean Bart, à Paris, le 1er mars 1922     Photo : Archives Université de Montréal

Parce qu'il valorisait un État francophone fort, apte à libérer le Québec d'un certain asservissement culturel et économique, le chanoine Lionel Groulx peut à juste titre être considéré comme un précurseur de la Révolution tranquille. Par son refus de déconfessionnaliser la province et par son antisémitisme, il est aussi souvent vu comme un antirévolutionnaire. Portrait d'un penseur contrasté avec l'historien Éric Bédard. 
 
« Soyons maîtres chez nous. » Peu de gens savent que l'expression popularisée par Jean Lesage pendant la Révolution tranquille est en fait apparue dans le discours de Lionel Groulx dès les années 30, notamment dans un dossier paru dans la revue L'action française. « Constatant que le peuple francophone ne contrôle pas son économie et ses ressources naturelles, explique Éric Bédard, il craint une conquête économique. Il s'inquiète aussi de l'urbanisation et de l'influence de la culture américaine. » 
 
Lionel Groulx, un précurseur 
Assez rapidement, au cours de sa vie publique, le chanoine s'est mis à rêver d'un État francophone qui pourrait soutenir la population dans ses volontés d'épanouissement et d'affranchissement. Sa pensée à ce sujet a tracé le chemin de Jean Lesage et de Georges-Émile Lapalme, grands architectes de la Révolution tranquille, qui ont fait entrer le Québec francophone dans la modernité en le dotant d'institutions fortes. 
 
« Il y avait aussi, précise Éric Bédard, une forte critique du libéralisme économique dans la pensée du chanoine. Il se méfiait du patronat de son époque, dont les volontés n'allaient pas nécessairement dans le sens du bien commun. » 
 
Lionel Groulx, un empêcheur de tourner en rond 
Dès le début des années 1950, pourtant, Lionel Groulx a perdu de son influence. On ne le considérait plus comme un interlocuteur contemporain, mais plutôt comme un monument du passé. C'est que sa vision de l'État, aussi moderne était-elle à certains égards, était encore ancrée dans un fort traditionalisme à d'autres égards. À ses yeux, il était impossible d'imaginer une nation francophone en dehors de son inscription dans la religion catholique. Au moment où Jean Lesage et René Lévesque finalisaient la sécularisation de la société québécoise, Groulx se sentait complètement perdu. « Tout paraît s'effondrer », écrivait-il. 
 
Il avait aussi le sentiment que ceux qu'il appelait les « mauvais maîtres », comme Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir et André Gide, avaient « répandu leurs hérésies » et semé le doute chez la jeunesse.  
 
« Au tournant des années 1990, rappelle Éric Bédard, certains ont dénoncé quelques-unes de ses interventions antisémites. Il est connu que Groulx avait une définition très traditionnelle de l'identité canadienne-française. Les Canadiens français étaient ces descendants des premiers colons, issus de la France du Grand Siècle, classique et fille aînée de l'Église. » 
 
L'œuvre entière de Lionel Groulx est en ligne sur le site de la Fondation Lionel-Groulx.

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