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Politique

La relation très tendue entre John F. Kennedy et John Diefenbaker

Le lundi 16 janvier 2017

John F. Kennedy et le premier ministre John Diefenbaker lors de la visite officielle du président américain au Canada, en 1961.
John F. Kennedy et le premier ministre John Diefenbaker lors de la visite officielle du président américain au Canada, en 1961.     Photo : Presse Canadienne

Les relations américano-canadiennes n'ont jamais été aussi tendues qu'entre John Diefenbaker et John F. Kennedy. La visite officielle du président américain en sol canadien en 1961 a été un concentré de maladresses et de tensions personnelles, creusant un fossé politique inédit entre deux hommes aux origines diamétralement opposées, souligne l'historien à la TÉLUQ Éric Bédard. 
 
John Diefenbaker et John F. Kennedy étaient de générations différentes. Diefenbaker, avec ses origines familiales très modestes, dégageait une certaine austérité et une certaine froideur. John F. Kennedy, aux commandes du pays le plus puissant du monde, arrivait chez nous tel un garçon privilégié issu d'une famille ultrariche.  
 
Au plan politique, leurs visions étaient diamétralement opposées.  
 
Une suite de vexations politiques 
 
La relation a débuté très mal. Lors de l'élection de Kennedy en janvier 1961, John Diefenbaker a fait parvenir ses félicitations au nouveau président. Il a attendu les remerciements de son homologue américain, qui ne sont venus qu'après quelques jours, ce qui a vexé Diefenbaker. 
 
La situation s'est détériorée encore plus en mai de la même année, lors de la première visite officielle de du président en sol canadien. Lors d'une rencontre officielle, John F. Kennedy s'est moqué du français que parlait John Diefenbaker, qui n'a pu cacher son amertume. 
 
Puis, pendant une cérémonie protocolaire de plantation d'arbre, le président Kennedy s'est blessé au dos. Il en en a gardé un inconfort pendant de nombreux mois. 
 
Finalement, lors d'un repas officiel, le dirigeant américain a démontré beaucoup plus d'attention envers Lester B. Pearson, alors chef de l'opposition, qu'envers son vis-à-vis Diefenbaker.  
 
Une note diplomatique au ton déplacé 
 
Après le retour aux États-Unis du jeune président, John Diefenbaker a découvert une note diplomatique américaine. 
 
Sur celle-ci, on pouvait lire « What We Want from Ottawa ». La formule a indisposé Diefenbaker, qui était un autonomiste affirmé. La note se terminait avec les lettres manuscrites « SOB» (« Son of a Bitch », insulte anglaise qui se traduit par « enfant de chienne »), qui témoignaient du peu d'égard de Kennedy à l'endroit du premier ministre canadien. 
 
Échaudé, John Diefenbaker a réitéré l'indépendance du Canada au sujet des politiques américaines, réaffirmant une longue tradition autonomiste chez les dirigeants du pays.  
 
« Le dominion canadien s'est beaucoup construit contre les États-Unis, rappelle Éric Bédard. Ceux qui ont créé l'Ontario et le Canada anglais sont majoritairement des loyalistes américains qui ont déserté les États-Unis. » 
 
Le point culminant à Cuba 
 
La crise des missiles cubains, en 1962, a été le plus important point de rupture atteint entre les deux pays. Les Américains ont voulu installer des missiles à tête nucléaire sur le territoire canadien. Au Canada, la réaction de Diefenbaker a été très froide. Selon lui, cette demande équivalait symboliquement à annexer le Canada à son voisin du Sud. 
 
Dans cette escalade de la tension entre les États-Unis et l'Union soviétique, tous les pays occidentaux ont été solidaires des États-Unis devant la menace nucléaire, sauf le Canada, qui a exigé une inspection indépendante des installations cubaines.  
 
Ce fut un point tournant. Cette prise de position radicale s'invitera lors de la campagne électorale canadienne au début de 1963. Ce sera finalement Lester B. Pearson qui deviendra le nouveau premier ministre d'un gouvernement libéral minoritaire.


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