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Arts et culture

Les zazous, ces adolescents qui résistaient à l'occupation allemande

Le vendredi 23 septembre 2016

Un jeune zazou danse au son de musique jazz, vers 1943
Un jeune zazou danse au son de musique jazz, vers 1943     Photo : Getty Images/Albert Harlingue/Roger Viollet

« Avoir 20 ans, vivre à l'époque la plus grandiose de l'histoire humaine, et faire le zazou physiquement et moralement... Quelle décrépitude! » Ces mots, prononcés en 1944, illustrent le mépris que les autorités du régime de Vichy affichaient à l'égard des zazous, ces jeunes à la tenue vestimentaire excentrique, à la chevelure ondulée et à la passion immodérée pour la musique jazz. Auteur d'un roman sur ces résistants oubliés, Gérard de Cortanze explique que bien au-delà d'une mode, la culture zazou était une réaction flamboyante à la morosité ambiante de la France occupée.  
 
« Vous avez 15 ans. La guerre démarre. Que faites-vous? Vous refusez de vous faire voler votre enfance, votre adolescence », relate l'auteur, expliquant la portée politique du style vestimentaire extravagant et de la passion qu'entretiennent les zazous pour la musique jazz et le swing. « Ce qui dérange tant, c'est qu'ils veulent continuer d'exister. » À la répression, le zazou oppose sa joie de vivre.  
 
Le style vestimentaire pour se reconnaître entre eux 
Les cheveux tout frisottés/le col haut de dix-huit pieds/Ah! Ils sont zazous!  
Le doigt comme ça, en l'air/le veston qui traîne, traîne par terre/Ah! Ils sont zazous!  
- Johnny Hess, Ils sont zazous!
 
 
Tout commence par les vêtements. Alors que les tissus sont rationnés, ils arborent le pantalon trop grand, un veston ample, une chemise à col très haut et un parapluie Chamberlain, « qu'ils n'ouvrent jamais, surtout lorsqu'il pleut ». Les femmes portent de très hauts talons, boivent des bières à la grenadine. Ils lisent des romans américains interdits, d'Autant en emporte le vent à Rebecca de Daphné du Maurier. Et bien sûr, ils écoutent de la musique jazz, dansent ardemment le swing. « Boire des bières à la terrasse du café, chanter et danser, c'était une façon de se battre pour la liberté », rappelle Gérard de Cortanze.  
 
 
 
Le poil à gratter de la France occupée 
Les zazous paient cher leur résistance festive. Ils se font taxer de n'être que des irresponsables et des agités, même par Charles Trenet, qu'ils considéraient comme leur égérie et qui se dissocie d'eux. Plus grave encore, les nazis, irrités par leur fronde, feront tout ce qu'ils peuvent pour les arrêter. Plusieurs seront emprisonnés, 450 d'entre eux se retrouveront même au camp de Drancy pour avoir arboré des étoiles multicolores, en défiance à l'ordre donné aux Juifs de porter l'étoile jaune.  
 
Il ne s'agit pas d'un mouvement organisé, les zazous n'ont ni chef ni mot d'ordre. La jeunesse zazou est pourtant aux premières lignes de la contestation. « Si on disait d'eux qu'ils étaient le poil à gratter de la France occupée, on constate qu'ils provoquent de sérieuses démangeaisons. » 
 
Référence 
Zazous, de Gérard de Cortanze, Albin Michel, 2016 


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