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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

Musique

Mise à jour le samedi 29 septembre 2007 à 17 h 03
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Marcel Khalifé

Un ambassadeur de la paix à Montréal

Un texte de Kamel Bouzeboudjen et Michèle Asso

Le musicien et chanteur libanais Marcel Khalifé

Photo: Kamel Bouzeboudjen et Michèle Asso

On dit que la musique est un langage universel. Ceux qui ont assisté au spectacle du musicien et chanteur libanais Marcel Khalifé, vendredi au Métropolis, en ont eu la preuve.

Accompagné par ses deux fils, Bachar aux percussions et Rami au piano, ainsi que par Peter Herbert à la contrebasse, Marcel Khalifé a offert à son public montréalais une soirée précieuse.

C'est dans une ambiance quasi studieuse de la salle que Marcel Khalifé a entamé sa soirée par une pièce instrumentale tirée de son dernier album, Taqassim, un hommage au poète palestinien Mahmoud Darwish.

Virtuose, Khalifé maîtrise son oud et lui fait faire des sons totalement inattendus. Faisant appel aux notes les plus graves, il fait ressortir la complexité et les nuances du rythme oriental. On ressent alors tout le mûrissement de son expérience.

Il enchaîne avec la chanson « Amourrou bi ismiki » (« Je passe par ton nom »), une autre pièce de son répertoire andalou, dans lequel il réinvente le classique familier tout en préservant l'âme de la musique arabe.

Le musicien transforme parfois son instrument en tambourin et crée durant quelques instants l'ambiance festive et populaire d'un quartier de Beyrouth, du Caire ou d'un ghetto new-yorkais. D'autres fois, l'oud devient guitare rock ou flamenco. Ainsi, par la grâce de ses notes, Marcel Khalifé emmène son public en voyage en l'espace d'une soirée.

Le chanteur engagé

Le musicien et chanteur libanais Marcel Khalifé

Photo: Kamel Bouzeboudjen et Michèle Asso

La deuxième partie du spectacle est un retour aux origines du chanteur. Il y reprend ses premiers succès qui ont fait de lui l'icône de l'engagement et de la résistance dans le monde arabe. Difficile alors de ne pas replonger dans l'esprit des années 1980, époque de l'Intifada palestinienne, des guerres au Liban et au Nicaragua, époque des revendications de paix, de justice et de liberté.

De Rabat à Bagdad et de Sanaa à Damas, Marcel Khalifé creuse depuis plus de 30 ans le même sillon, défendant les dépossédés et les exilés. Et son public lui est resté fidèle, comme lui-même est resté constant et dévoué à son engagement.

Posture droite je marche/Tête haute je marche/Dans ma main un rameau d'olivier et mon cercueil sur l'épaule/ Et je marche et je marche. — Paroles de la chanson « Wa ana amchi »

Quand Khalifé entame par ce couplet de l'une de ses anciennes chansons mythiques, « Wa ana amchi » (« Et je marche »), le public exulte. Il se transforme en chorale.

Les spectateurs réagissent avec la même ferveur quand l'artiste chante « Oummi » (« Ma mère »), « Jawaz safar » (« Passeport ») ou « Ya bahrieh » (« La marine »). Marcel Khalifé, habituellement sobre, les interpelle à son tour avec humour et les encourage à continuer.

Khalifé veut dire « successeur » en arabe, et Marcel porte bien son nom, car il perpétue cette lignée des poètes arabes qui ont construit l'imaginaire de leur peuple.

Le concert de vendredi soir à Montréal était le premier d'une tournée nord-américaine qui mènera l'artiste dans une trentaine de villes, dont Toronto, Vancouver, New York, Boston et Washington D.C.