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La chambre de l'oubli

Le cri de Lino

Danielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada.

Mise à jour le lundi 17 novembre 2008 à 11 h 31

cote du film : 4

Une critique de Danielle Laurin

C'est un ouvrage comme en voit peu. Un livre où textes et images se côtoient, s'appellent. Pas tout à fait un roman graphique. Pas une bédé, non plus. Inclassable,
La chambre de l'oubli (Les 400 coups).

C'est le troisième tome d'une trilogie, axée autour des thèmes du corps, de l'âme et de l'esprit. Tout a commencé en 2002 avec La saveur du vide. Suivi deux ans plus tard par L'ombre du doute. Mais les trois livres peuvent être pris comme des objets autonomes.

Des objets, oui. Bizarroïdes, hybrides. Créés par Lino. Un artiste visuel québécois de 41 ans « dont le talent fleurit au bout des doigts », comme le dit si bien Dany Laferrière dans la préface de La chambre de l'oubli.

La chambre de l'oubli

Créativité tous azimuts

Lino, de son vrai nom Alain Lebrun, a d'abord exprimé sa créativité en cuisine et gagné sa vie en exploitant un resto. Mais la peinture a toujours été sa véritable passion. Le dessin aussi.

Ses premières expositions remontent à 2002. Sa carrière comme illustrateur pour les journaux (dont le Wall Sreet Journal) et les magazines (dont L'actualité) a pris son envol quelques années auparavant.

Au fil des ans, Lino a aussi fait sa marque comme affichiste, pour le Théâtre du Quat'sous et l'Opéra de Montréal, notamment. Et il s'est impliqué dans la scénographie, entre autres pour des spectacles de la chorégraphe Estelle Clareton.

Quête de sens

Artiste polyvalent, donc. Mais inquiet, aussi. En constante remise en question. À la recherche de lui-même. À la recherche de sa place dans le monde aujourd'hui comme artiste, comme être humain. À la recherche d'un sens. Du sens de la vie.

C'est du moins ce dont témoigne sa trilogie. Et La chambre de l'oubli, en particulier.
La chambre de l'oubli, c'est-à-dire: une chambre où on pourrait tout oublier. Se mettre à l'abri. À l'abri de la peur, « peur de l'autre, celui qui est différent ». Et peur de l'autre en soi.

Mais comment échapper au monde fantôme dans lequel nous vivons... Où tout le monde est appelé à rentrer dans le rang. À perdre son âme. Et sa faculté de penser, de créer. Sous peine d'être relégué dans la marge. Ou pire, dans ce qui pourrait ressembler à un camp, un camp de prisonniers dans une ville désertée.

Noir, sombre, le regard de Lino, oui. Très, très critique face à notre société standardisée. Mais profondément humain, aussi. Inspiré, inspirant: « Imaginez maintenant que le plus important ne serait pas d'être unique mais d'être ensemble. Chacun de nous portant une réponse indispensable aux autres. »

À apprivoiser

Bien sûr, l'ensemble désarçonne. Ne se laisse pas apprivoiser au premier abord. Il y a cet amalgame, qui saisit. Amalgame de peinture, de dessin, de collage, de photo et d'écriture.

On croise des images qui rappellent parfois Jean-Michel Basquiat, ou Francis Bacon. On se croirait par bouts dans un texte de Cioran, ou de Kafka. On est devant du Lino, tout simplement. Du Lino, de l'authentique Lino.

Aucun jeu de séduction ici. Aucun compromis. Quelque chose de brut, de brutal, de dur. De balafré. De pas léché. D'inachevé. Quelque chose comme un cri. Un cri d'effroi. Un cri de l'âme.

Résultat: une oeuvre véritable, vivante, qui vibre.

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