Jeudi 16 janvier 2014 15 h 46 HNE

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Les filles de Riyad

L'amour en Arabie saoudite

Danielle Laurin est chroniqueuse à l'émission On fait tous du show business, diffusée le dimanche à 15h à la télévision de Radio-Canada.

cote du film : 3

Une critique de Danielle Laurin

Rajaa Alsanea

Photo: La Presse Canadienne /Nam Y. Huh

Rajaa Alsanea

« Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs..., vous avez rendez-vous ici avec les plus grands scandales du pays et les soirées les plus mouvementées de la jeunesse saoudienne. » Ainsi commence Les filles de Riyad (Éd. Plon)... juste après une citation du Coran.

Tous les vendredis, après la prière, une jeune Saoudienne envoie à ses concitoyens un courriel. Elle y décrit dans le menu détail sa vie amoureuse et celle de ses trois copines. Oh la coquine!

Les internautes réagissent en masse. La plupart sont outrés, d'autres en redemandent. Tout le monde s'interroge: qui est cette jeune fille qui ose, sous le couvert de l'anonymat, s'attaquer aux tabous de leur société hyper-conservatrice?

Voilà pour la forme que prend ce roman signé par une jeune fille nommée Rajaa Alsanea. Elle est née en 1981, a grandi en Arabie saoudite et a poursuivi ses études en orthodontie aux États-Unis. Lire Les filles de Riyad, c'est comme se retrouver sur un blogue. Où l'on suivrait, de semaine en semaine, les péripéties de l'héroïne et de ses copines. Résultat: on a l'impression de partager véritablement le quotidien de quatre jeunes Saoudiennes aujourd'hui.

Contradictions

Elles proviennent d'un milieu aisé, ont accès aux voyages, aux études à l'étranger. Mais elles doivent se débattre, dans leur pays, pour ne pas étouffer sous le poids des traditions.

On nage en pleines contradictions. Elles n'ont pas le droit de se promener seules, pas le droit de se retrouver en tête-à-tête avec un prétendant, doivent rester vierges jusqu'au mariage, évidemment. Ce qui ne les empêche pas de braver les interdits, en secret.

Et l'amour dans tout ça? Elles ont beau en rêver, elles doivent se contenter de mariages arrangés. Et attention, mieux vaut pour elles baisser les yeux et se voiler les cheveux, les gars dans leur pays n'épousent pas les filles trop délurées, indépendantes et fières. Bonjour l'hypocrisie.

Chacune à sa façon, ces jeunes filles luttent pour exister, pour s'affranchir des diktats familiaux, sociaux, religieux. Mais c'est d'abord avec elles-mêmes et leurs propres tiraillements intérieurs qu'elles doivent apprendre à vivre.

Gravité et légèreté

Il y a dans ce roman une gravité certaine. Mais pas de dramatisation à l'excès. Le ton est la plupart du temps badin, léger. Un peu à la façon de Sex and the city. Mais en moins cru, en moins osé.

N'empêche que Les filles de Riyad a fait scandale en Arabie saoudite, où il a commencé par circuler sous le manteau. C'est au Liban que l'ouvrage est paru officiellement la première fois, en 2005. Depuis, il a été traduit dans une vingtaine de langues.

On comprend que ce genre de livre suscite partout la curiosité. On savoure la façon dont l'auteure jongle avec les tabous, lève le voile sur les interdits. Et on apprécie son choix de citations, d'extraits de poèmes, de chansons, puisés dans la culture arabe et occidentale.Mais, au final, ça devient répétitif, ça tourne un peu en rond. Et, disons-le franchement, du point de vue littéraire, ça ne réinvente pas la roue.

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