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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

Livres

Mise à jour le vendredi 22 février 2008 à 15 h 13
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Bandes dessinées

C'est à ton tour...

Un texte de Richard Raymond

Mira Falardeau est une spécialiste de la bande dessinée québécoise

Photo: Steve Deschesnes, Le Soleil

« Ce livre, oui, poursuit un objectif politique parce que je crois que c'est son tour. »

En entrevue avec Radio-Canada.ca, Mira Falardeau parle de la bande dessinée québécoise, thème du livre qu'elle vient de publier.

Depuis Québec où elle réside, l'auteure de l'Histoire de la bande dessinée au Québec se montre convaincue de la valeur de la bande dessinée québécoise (BDQ).

Comme le sont les bédéistes québécois.

Celle qui a fait un doctorat sur la BD souhaite rameuter tout le milieu culturel. Comme pour d'autres arts qui ont bénéficié de mesures protectionnistes, tout le milieu doit être convaincu, soutient Mira Falardeau, de l'importance de défendre la place de la bande dessinée québécoise dans les différentes institutions. Elle déplore que la BDQ n'ait pas eu ce soutien.

La BD, c'est le neuvième art, c'est le plus récent, et elle est assise entre deux chaises, entre la littérature et les arts visuels. Ce côté hybride fait qu'il n'y a jamais eu vraiment de support. — Mira Falardeau, auteure de Histoire de la bande dessinée au Québec

Faire place à la BDQ

Celle qui s'intéresse autant au cinéma et à la littérature qu'à la BDQ souligne que seuls quelques départements de littérature dans les universités québécoises se penchent sur l'aspect littéraire de cet art. Rarement les départements d'art visuel étudient-ils son aspect artistique. Elle déplore, également, le peu de visibilité des oeuvres québécoises par rapport aux BD étrangères dans les librairies, les bibliothèques scolaires et municipales ainsi que dans les quotidiens.

Si, quand vous entrez dans une librairie, vous aviez un rayon clairement identifié, comme on en a en roman québécois, vous vous diriez: « Je vais acheter une québécoise, puis je vais en acheter une française. Je vais comparer. » — Mira Falardeau

Ce manque de soutien, craint Mme Falardeau, pourrait conduire la troisième génération de bédéistes québécois à aller jouer ailleurs. « C'est ce qu'ils font beaucoup pour gagner leur vie: les jeux vidéo, l'animation, la caricature. Pendant ce temps-là, la bande dessinée comme art se dévitalise et, surtout, on manque une troisième fois le bateau », dit l'historienne de la BDQ. Car, pour elle, ce n'est pas un art qu'on fait en passant. Elle résume le parcours classique d'un enfant inspiré par la BD. Il y a, dit-elle, une période dans la vie d'un jeune lecteur où il veut en faire, il a l'impression que ça va être formidable. Après une longue période d'essais et erreurs, il déchante.

Au bout de 10 ans, quand il essaie d'en vivre, il se rend compte que c'est impossible. Il voit très bien que les albums ne se retrouvent pas dans les librairies, ne sont pas dans les bibliothèques. — Mira Falardeau

Pour soutenir et encourager les jeunes créateurs, Mira Falardeau formule trois souhaits. Elle espère que, dans 10 ans:

  • toutes les bibliothèques scolaires du Québec auront un fond de BDQ à côté des Spirou, Schtroumpfs et Tintin;
  • toutes les bibliothèques municipales auront un rayon de BDQ clairement identifié;
  • les librairies annonceront aussi un rayon de BDQ.

Un livre pour aimer la BD

Histoire de la bande dessinée au Québec est le second livre que Mira Falardeau consacre au sujet. Malgré sa taille réduite, on peut dire sans se tromper que c'est une véritable encyclopédie. Tout y est: des bois gravés des toutes dernières années du 18e siècle jusqu'au web des années 2000.

La couverture du livre de Mira Falardeau

L'auteure passe en revue la première naissance et la deuxième naissance de la BDQ qui ont, selon elle, coïncidé avec un foisonnement politique: le début du 20e siècle dans le premier cas et la Révolution tranquille, dans le second. Elle s'attarde aux quotidiens, hebdos et revues en élargissant toujours la perspective sur ce qui se fait tant aux États-Unis qu'en Europe. Un chapitre entier est consacré au vocabulaire et aux techniques de la BD, dont la lecture peut éclairer aussi bien le néophyte que l'amateur.

Quelque 80 pages d'exemples illustrés, dont 16 couleurs, réjouissent l'oeil de l'amateur de BD.

C'est un peu le vide qui m'a attirée à faire des recherches sur ce thème. — Mira Falardeau

Son livre comble, à coup sûr, un vide.

Reste l'autre vide à combler. Dans les institutions. On peut se demander si son appel sera entendu.

Mira Falardeau
Histoire de la bande dessinée au Québec
VLB éditeur
191 pages