Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

Livres

Mise à jour le lundi 21 novembre 2005 à 6 h 42
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Rencontre-Salon du livre

Yasmina Khadra et L'attentat: Ma femme est une kamikaze

Pendant que je rencontrais Yasmina Khadra, trois kamikazes se faisaient exploser à Bagdad, entraînant des inconnus dans la mort. L'attentat, dernier roman de l'écrivain algérien, raconte précisément l'histoire de cette horreur, celle d'un grand chirurgien israélien d'origine arabe qui découvre un beau matin que sa femme est une kamikaze qui s'est fait exploser dans un restaurant de Tel-Aviv.

Voler en éclat
Le monde de stabilité, d'estime et d'amour, le microcosme parfait du docteur Amine, si chèrement acquis, implose alors. Qui était cette étrangère qui vivait à ses côtés, cette femme avec laquelle il se croyait en symbiose, flottant sur un nuage léger de bonheur, de projets? Aurait-il dû voir les signes de la catastrophe imminente? Est-il donc responsable de ce malheur? La fragile intégration du chirurgien à la société israélienne, chèrement acquise, vole en éclat comme les vitres du fast-food visé par le geste de sa femme: époux d'une kamikaze, il est ennemi par association, rejeté de la plupart de ses amis, pourchassé, passé à tabac par la police. Pour Amine, c'est le début de la descente aux enfers, une descente qu'il amorce maladroitement, nous dit l'auteur, « car il n'est pas un homme d'investigation ». Maladroitement, mais les yeux grands ouverts. Car Amine veut comprendre, tout comme le monde doit écouter, chercher à comprendre, dit Yasmina Khadra, ce qui fait qu'un être humain prend un jour les traits d'un monstre, par quel cheminement, quel déclic, l'individu bascule pour devenir l'instrument de la haine.

Extrait:
Je veux comprendre comment la femme de ma vie m'a exclu de la sienne, comment celle que j'aimais comme un fou a été plus sensible au prêche des autres plutôt qu'à mes poèmes.

L'anti-caricature
L'attentat, c'est l'anti-caricature : les personnages sont nuancés, nul n'est sans zone grise, les fanatiques eux-mêmes ont leur système de raisonnement, leurs affections. Yasmina Khadra veut ainsi dénoncer la simplification à l'extrême de la question du terrorisme par un Occident souvent trop sûr de son bon droit, d'être gardien du bien face au mal. Et là où commence l'incompréhension surgit le risque de dérive, estime-t-il. « Le problème, c'est que les gens n'écoutent pas, c'est le malentendu. Il faut saisir les signes, entendre ce que l'autre a à dire. »

Créer et douter
Yasmina Khadra est écrivain avant tout, et l'on aurait tort de ne s'attarder qu'au message d'ouverture et de compréhension entre les peuples que L'attentat recèle. Certes, conformément au sujet, ses pages sont fortes, parfois brutales, la langue y est tantôt brute, tantôt lascive, mais toujours d'une grande pudeur, et porteuse d'une poésie douce comme le miel, dont le sable du désert a la délicate couleur. L'ancien officier explique qu'il vient d'une famille où l'écriture est une tradition, et cela se sent. Celui qui a été en lice pour les plus grand prix littéraires et dont l'oeuvre est traduite en 15 langues évoque avec une fausse légèreté une peur, qui l'étreint, face au succès de L'attentat : « Et si je décevais les lecteurs avec mon prochain livre ? », se demande-t-il. On peut se permettre d'en douter.

Florence Meney

L'attentat
Yasmina Khadra
Julliard