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Drame biographique

Les deux Che de Soderbergh

Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

Mise à jour le mardi 14 juillet 2009 à 16 h 04

cote du film : 3

Une critique de Michel Coulombe

Dieu ou diable? Héros ou tortionnaire? Voilà le genre de question que font ressurgir les films biographiques de Steven Soderbergh sur Ernesto Rafael Guevara de la Serna, mort il y a plus de quarante ans. Le film de Walter Salles, Carnets de voyage, dans lequel Gael Garcia Bernal interprétait le Che, n'avait pas eu pareil effet. Les vives réactions suscitées par les films de Soderbergh tiennent moins à ce qu'il a choisi de raconter qu'à ce qu'il a préféré omettre dans cet ambitieux diptyque.

Deux films donc. Deux épisodes de la vie du mythique chef révolutionnaire. Dans le premier, L'Argentin, Che Guevara participe, au côté de Fidel Castro, au renversement du régime du général Fulgencio Batista. Révolution cubaine. Dans le second, Guérilla, il s'associe à la résistance en Bolivie et y perd la vie à l'âge de 39 ans. Révolution latino-américaine.

Che

Photo: Films Séville

Le premier film accompagne une victoire, le second un échec. Effet de symétrie. L'Argentin montre le combat de Che Guevara aussi bien sur le terrain qu'aux Nations unies. Guérilla prend la forme d'un journal où chaque journée est minutieusement numérotée.

Des choix courageux

Le projet de Soderbergh comporte certains choix courageux. La production fait près de quatre heures trente minutes. Un film en cinémascope, l'autre en panoramique. De plus, loin de céder à l'habituelle logique commerciale, le rouleau compresseur du tout-à-l'anglais, le diptyque a été tourné en espagnol. Alors que Cuba est toujours considéré comme un ennemi des États-Unis, l'action du Che n'est ni condamnée ni véritablement critiquée.

En fait, les films contribueront plutôt à sa légende. La faiblesse des films se trouve justement là. Sans verser dans l'hagiographie, Soderbergh présente le Che comme une figure héroïque, un chef idéaliste qui se sacrifie pour une cause. Ce portrait aurait pu être plus nuancé. Le personnage y aurait gagné en profondeur et en complexité.

Benicio del Toro dans la peau du Che

Photo: Films Séville

Benicio del Toro dans la peau du Che

Che tient sur les solides épaules de Benicio del Toro. Il en est l'initiateur, l'un des producteurs et le principal interprète. Le jury du Festival de Cannes lui a donné raison de s'être entêté pendant des années à défendre ce projet, puisqu'on lui a décerné le prix d'interprétation. L'acteur d'origine portoricaine confère de l'humanité au personnage. L'homme s'efface néanmoins derrière ses idées.

Che est un projet extravagant, jusqu'au-boutiste et, pour le cinéphile lambda, une proposition exigeante.

Plusieurs s'y perdront parce qu'ils en savent trop peu sur le contexte historique. Certains ne résisteront pas à la lenteur hypnotique du second volet dans lequel le cinéaste, également chef opérateur, amateur de lumière naturelle, se tient à distance du personnage principal.

D'autres enfin seront, une fois de plus, impressionnés par le savoir-faire de Steven Soderbergh. L'un des cinéastes américains les plus prolifiques. L'un des moins prévisibles aussi. Qui d'autre que lui pourrait enchaîner les tournages de Ocean's Thirteen et de Che?

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