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Clint Eastwood, encore justicier à l'âge de la retraite

Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

Mise à jour le mardi 9 juin 2009 à 13 h 34

cote du film : 3.5

Une critique de Michel Coulombe

La Gran Torino est un modèle ancien. 100 % américain. Ceux qui le chérissent savent qu'il n'y en aura, de toute évidence, plus jamais de semblable. Cette description d'une voiture Ford du début des années 70 pourrait, tout aussi bien, s'appliquer à Clint Eastwood. Sinon que le modèle est beaucoup plus ancien: 1930. Tenue de route impressionnante.

Dans ce film lancé tout juste quelques mois après Changeling, Eastwood s'intéresse à un vieil homme. Walt Kowalski vient de perdre sa femme. Ainsi, ce vétéran de la Corée habite désormais seul dans un quartier qui lui ressemble de moins en moins. Ses voisins appartiennent à la communauté Hmong. Des barbares... Mais peut-on rester les bras croisés lorsqu'on est témoin de menaces et d'agressions? Surtout si l'on sait, depuis toujours, se servir d'une arme?

Clint Eastwood

Photo: Warner

Clint Eastwood dans Gran Torino

En apparence, les deux derniers films de Clint Eastwood, Changeling et Gran Torino, sont très différents l'un de l'autre. L'action du premier se situe dans les années 20, le second est contemporain. Le personnage principal de Changeling est une jeune mère, celui de Gran Torino un vieil homme. Et pourtant...

Les deux films dénoncent des injustices. Ils rappellent l'impuissance des gens honnêtes face aux criminels. Ils épousent le combat solitaire de quelqu'un qui refuse de baisser les bras. À ses risques et périls.

Impossible d'imaginer un autre interprète qu'Eastwood dans le rôle de Walt Kowalski. Un homme âgé qui impose toujours le respect.

L'acteur donne du coffre à ce misanthrope au grand coeur. Un retraité qui joue les durs pour se protéger, ce qui ne trompe évidemment personne. Lorsque Kowalski est en colère, on a l'impression de voir une imitation de Garfield! Regard menaçant et grognements à l'appui. L'effet comique est très réussi.

Dans Gran Torino, Eastwood tire, cogne, gueule et râle. Il mord aussi à belles dents dans des dialogues incroyablement machos qui allègent le film. On ne peut s'empêcher de voir, chez ce Kowalski, un héritier du plus célèbre personnage interprété par Eastwood. Le très peu conciliant Dirty Harry.

Gran Torino

Photo: Warner

Le gang qui sème la terreur dans Gran Torino.

Gran Torino est, à sa façon, peu orthodoxe, le récit d'un deuil. Le film s'ouvre et se termine sur un enterrement. Deux événements reliés par la confession de Kowalski. Dans l'esprit de la religion catholique, cette chronique d'une rédemption exige un sacrifice. Sans lui, point de salut.

Le plus récent film d'Eastwood n'a certes pas la force de Unforgiven, Letters from Iwo Jima ou Million dollar baby. Néanmoins, avec ses imperfections et ses excès, sa violence et sa propension au mélodrame, il offre une réflexion sur la fraternité qui a tout son sens dans une société où l'élection d'un président métissé constitue toujours une forme de révolution.

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