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Jeudi 7 août 2008 12:56 MTL

Cinéma

Mise à jour le vendredi 15 février 2008 à 9 h 23
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Michel Coulombe est chroniqueur à l'émission Samedi et rien d’autre, diffusée tous les samedis matin, de 7 h à 11 h, à la Première Chaîne de Radio-Canada.

Film québécois

Tout est parfait: droit au coeur

cote du film : 4

Une critique de Michel Coulombe

Plus d'info

Les jeunes constituent la principale clientèle des salles de cinéma. Le plus souvent on leur propose de purs divertissements. De la violence pour les garçons. De la romance pour les filles. Et, bien sûr, mille variations sur l'éveil des sens. Doit-on le faire ou pas? Avec celle-ci ou celle-là? Tout de suite ou d'ici la fin de l'été?

Rares sont les films qui visent droit au coeur. Tout est parfait, un drame au titre oh combien ironique, est de ceux-là. Le film offre le portrait d'une jeunesse à la dérive. Sans faire la morale ni verser dans l'angélisme.

Pacte de suicide

L'acteur Claude Legault dans Tout est parfait

Photo: ©2008 Alliance Atlantis Communications inc.

L'acteur Claude Legault dans Tout est parfait

On pourrait affirmer que le film raconte l'histoire d'un jeune homme qui n'aurait pas eu le courage de se suicider. Il a fait un pacte de suicide avec ses amis. Or, tous s'enlèvent la vie, sauf lui. Le voilà donc enfermé dans son mutisme, aux prises avec un serment qu'il n'a pas respecté et le fantôme des disparus.

Tout cela est vrai, sauf qu'on n'évoque jamais directement ce pacte dans Tout est parfait. Jamais on ne fait référence au manque de courage de Josh. Jamais on ne parle ouvertement des raisons qui poussent des adolescents à mettre brutalement fin à leurs jours. Ainsi en va-t-il de ce film. Le plus important c'est encore ce qu'on n'y dit pas. La colère, la détresse, le chagrin.

Mystère et complexité

Le scénario de Guillaume Vigneault a la justesse des histoires que racontent les adolescents lorsqu'ils évoquent avec des mots ou des images ce qui les trouble ou les effraie. Les explications en moins. Cela contribue à faire du premier long métrage d'Yves-Christian Fournier une oeuvre véritablement cinématographique. Avec sa part de mystère. Avec sa complexité aussi, puisque s'entremêlent les trois temps du récit, le présent douloureux, le passé obsédant, le futur effrayant. Avec sa langue rude, et sa musique branchée sur la culture anglophone. Avec sa géographie déroutante, maisons interchangeables et environnement industriel.

Maxime Dumontier, l'interprète de Josh, donne au film toute sa vérité. Celle d'un jeune homme peu bavard qui n'a nullement envie de s'expliquer de long en large. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir mal et de constater la tristesse infinie des parents de ses amis. « J'aurais dû voir quelque chose, mais j'ai rien vu. » Voilà le genre de constat d'impuissance auquel en sont réduits les survivants.

L'année vient tout juste de commencer. Et déjà elle paraît très prometteuse pour le cinéma québécois. Du moins le film d'Yves-Christian Fournier est à la hauteur des attentes suscitées par celui de Lyne Charlebois, Borderline. Deux premiers films modernes, urbains, sensibles. Deux réussites. Oui, pour l'instant, tout semble parfait.

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